Soins de santé: le cri du coeur d’une jeune maman de Saint-Quentin

«À Saint-Quentin, on n’a pas le droit d’être malade en dehors du lundi au vendredi de 8h à 17h», s’insurge Elaine Savoie. Admis aux urgences, son enfant en bas âge n’a pas pu bénéficier d’examens médicaux de base à l’Hôtel-Dieu Saint-Joseph de Saint-Quentin.

Inquiétée par la fièvre de son garçon âgé de 20 mois, Elaine Savoie s’est rendue au service d’urgence de l’Hôtel-Dieu Saint-Joseph de Saint-Quentin le samedi 3 mars. Sur place, le médecin lui a annoncé qu’il ne lui était pas possible de poser un diagnostic.

«Le médecin aurait voulu faire une radiographie mais sa machine était brisée, il voulait vérifier le niveau de globules blancs mais il ne pouvait pas le faire non plus parce qu’il fallait une technicienne de laboratoire et elle ne travaille pas la fin de semaine», raconte la mère du jeune Félix.

En concertation avec l’équipe médicale, la maman a finalement décidé de consulter d’urgence une pédiatre basée à l’hôpital régional d’Edmundston. Elle a conduit sur une distance plus de 200 kilomètres aller-retour dans la soirée.

Elaine Savoie dénonce le manque de services médicaux disponibles dans la région.

«Ton enfant est malade mais tu ne pas le faire soigner et il faut que tu roules de nuit en hiver, déplore-t-elle. On a été chanceux qu’il ne neigeait pas, entre les orignaux et les nids de poules, la route 17 ce n’est pas la plus belle. Pour notre sécurité ce n’était pas bon, le petit criait et on était sur les nerfs. Est-ce qu’il va falloir attendre que quelqu’un meure pour qu’on bouge?»

Le manque de moyens a également éloigné Elaine Savoie de sa mère, actuellement hospitalisée à l’Hôpital régional d’Edmundston, faute de lits disponibles à Saint-Quentin. L’hôpital ne dispose que de six lits, alors que celui de Perth-Andover en compose 26, dans une ville de plus petite taille et moins éloignée d’un hôpital régional.

La maman a partagé sa mésaventure sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont réagi en disant avoir été forcés de voyager à Edmundston eux aussi. Mère d’un garçon de deux mois, Milaine Valcourt affirme avoir dû quitter la ville pour une simple prise de sang.

Cette situation n’est qu’un exemple de l’effritement des services qui affecte l’hôpital depuis plusieurs années, estime la présidente du Comité permanent de la santé de Saint-Quentin Joanne Fortin.

«On envoie les patients à Edmundston à tout bout de champ pour des services de base qu’on devrait avoir à Saint-Quentin. C’est inacceptable avec les routes qu’on a en hiver. On ne demande pas des soins spécialisés, on demande des soins de base», lance-t-elle.

Appareils désuets, équipe toujours moins nombreuse, l’établissement de santé du Restigouche-Ouest se transforme peu à peu en coquille vide, alerte Joanne Fortin.

«C’est désolant de voir que les médecins travaillent avec le strict minimum, la table de radiologie est un vieux dinosaure.»

En décembre, le comité a appelé le ministre de la Santé à maintenir et rétablir une série de programmes jugés essentiels amputés au cours des dernières années. Parmi eux, les services d’oncologie, de laboratoire, coloscopie et gastroscopie, hémodialyse ou encore échographie.

La mairesse de Saint-Quentin, Nicole Somers, soutient ces démarches auprès du gouvernement provincial.

«Il n’y a plus d’analyse de sang après 16h, confirme l’élue. Si un test de sang doit être fait en soirée, le médecin ou l’infirmière va envoyer le spécimen par taxi à l’hôpital d’Edmundston mais ça va prendre plus de temps. Ce n’est qu’un des services qu’on avait dans le passé et qu’on a perdu. Certains postes n’ont pas été remplacés.».

Nicole Somers craint que la diminution de services médicaux ne décourage les travailleurs de venir s’installer dans le Restigouche-Ouest. «Mon souhait c’est qu’on garde des services de base dans la communauté 24h sur 24h, du fait de l’éloignement, dit-elle. On est vraiment une île au milieu de la forêt.»

Thomas Lizotte, responsable des communications au réseau de santé Vitalité, confirme qu’un bris majeur de l’appareil d’imagerie médicale a forcé la fermeture de certains services pendant plusieurs jours. Il assure que des réparations ont été effectuées et que l’appareil est désormais pleinement fonctionnel.

En revanche, il n’a pas été possible de savoir si le service de laboratoire sera rétabli en dehors des heures de bureau. Le réseau de santé a publié le mois dernier une offre d’emploi pour un poste de technologiste de laboratoire médical. Cependant, il s’agit d’un poste temporaire et l’offre d’emploi est toujours affichée sur le site internet de la régie francophone.