Le mystère entourant la disparition d’une ado hante sa famille

Quarante-huit heures avant son 16e anniversaire, Kimberly Ann Amero a disparu sans laisser de trace. C’était une nuit de septembre 1985, et l’adolescente de Saint-Jean était à une foire dans l’extrémité est de la ville.

«Kim était un papillon sociable, toujours resplendissante, toujours énergique», dit sa sœur, Tammy Cormier Raynes, qui était là la nuit où Kimberly a disparu, mais avait quitté les lieux plus tôt. «Elle a dit à ses amis ‘je serai de retour’, et nous n’avons jamais rien entendu depuis.»

Il s’est écoulé trente-deux ans depuis la disparition inexpliquée de la jeune fille aux taches de rousseur, aux cheveux blonds et aux yeux bleus. Son départ continue de hanter sa famille, la police et les habitants de cette ville tissée serrée.

Une baladodiffusion (podcast) portant sur les crimes non résolus a ravivé l’intérêt pour cette affaire et un détective amateur s’est donné pour mission de retrouver l’adolescente.

«Le mystère de ce qui est arrivé à Kimberly continue de troubler sa famille», explique Joseph Worden, qui a passé d’innombrables heures à parcourir de vieux journaux, registres de propriétés, photographies aériennes et cartes.

«Ils n’ont pas revu un être cher depuis 32 ans. Ils n’ont jamais été capables de faire leur deuil.»

Les membres de la famille disent que la disparition de la jeune fille a d’abord été traitée comme une fugue, et que l’enquête vieille de plusieurs décennies a été gâchée par des preuves mal entreposées et des ressources policières limitées.

Le responsable de la baladodiffusion, Jaymee Splude, résume: «Les Amero ne sont pas du bon côté de la ville. Ils ne sont pas les Irving ou les Oland. Personne ne se souciait d’eux.»

Alors que le sort de la jeune fille de 15 ans continue d’échapper à la police, les enquêteurs ont retracé des pistes prometteuses au fil des ans. Un tueur en série notoire a confessé sa mort, mais une fouille minutieuse de la péninsule de Kingston, située entre le fleuve Saint-Jean et la rivière Kennebecasis, où Michael Wayne McGray a dit que son corps était enterré, n’a rien donné.

Plus récemment, un homme de la région a anonymement envoyé à la famille Amero une lettre et un enregistrement audio avec des détails troublants sur son enlèvement présumé, sa captivité et son meurtre. C’est pour obtenir cet enregistrement que Joseph Worden est allé au tribunal récemment, mais en vain.

Les documents de la cour révèlent des présumés détails de l’enregistrement, y compris «son enlèvement, sa captivité horrible, tentative d’évasion, meurtre subséquent et l’emplacement de ses restes enterrés», écrit M. Worden dans une lettre au chef de la police locale déposée devant le tribunal.

«Il donne des noms de communautés et de routes spécifiques, décrit des édifices et indique des directions dans la forêt.»

Dans une tournure presque cinématographique, la famille obtenu l’identité de l’homme qui a enregistré la cassette en 2009.

Dans leur tentative de recherche des restes de l’adolescente, ils sont allés frapper aux portes à Upham, une zone rurale à environ 45 minutes de Saint-Jean, où l’informateur a dit qu’elle a été enterrée. «J’ai frappé à la porte de cet homme et il me dit simplement: «J’attends des années pour cela», raconte Cormier Raynes, la sœur de Kimberly.

L’homme s’est rendu dans son camion, a ouvert la boîte à gants et a sorti un nom griffonné sur un morceau de papier, dit-elle.

«Il me dit qu’il y a quelques années, il était dans un dépanneur Irving en train de prendre un café et de discuter avec des gars quand il a mentionné qu’il aimer chasser près de chez lui à Upham», dit Cormier Raynes.

«Tout d’un coup, ce gars est sorti de nulle part et a dit: ce n’est-ce pas là que cette fille disparue, Kim Amero, est entrée et n’est jamais sortie?» L’homme a été secoué par son commentaire et a noté son nom quand il est revenu à son camion.

La famille de Kimberly a reconnu le nom – ce qui n’est pas surprenant dans une petite ville – et connaissait la fille de l’homme. Ils lui ont demandé d’écouter la cassette, et elle a identifié sa voix, dit Mme Raynes.

La famille s’est rendu compte que Kimberly avait fait du gardiennage pour cet individu l’été avant de disparaître, et qu’il vivait près de la foire. «Vous pouvez littéralement lancer une balle de tennis de sa pelouse sur le terrain de l’exposition», explique Ed Amero, le frère de Kimberly. «Je pense vraiment qu’il a quelque chose à voir avec ça.»

Mais rien n’est certain pour l’instant. L’enquêteur amateur a également tendu la main au tueur en série et recherche d’autres pistes. «Je veux simplement m’assurer que toutes les pierres ont été retournées», affirme M. Worden. «Cet enregistrement est le premier véritable document que la famille a reçu depuis sa disparition.»

Mais le juge William T. Grant, de la Cour du Banc de la Reine du Nouveau-Brunswick, a statué dans sa décision du 13 février que, bien que Worden puisse avoir les «motifs les plus nobles», sa demande pourrait interférer avec le travail des policiers.

«Nous devons faire très attention aux informations qui sont divulguées, car cela pourrait nuire à l’enquête», affirme le sergent d’état-major Tony Hayes de la police de Saint-Jean. «Nous devons protéger l’intégrité de l’enquête.»

En effet, bien que trois décennies se soient écoulées depuis que la fille de cinq pieds six pouces et 115 livres a disparu, la police «essaie toujours de faire progresser ce dossier», dit M. Hayes. «Il y a une équipe de trois officiers en ce moment sur l’affaire. Il s’agit de traiter les informations reçues, de revenir en arrière et de voir si on peut jeter un nouvel éclairage sur ce que nous savons.»

Il ajoute: «En tant qu’agent de police et en tant que force policière, nous ne sommes pas satisfaits tant que nous ne mettons pas la main sur un criminel. Nous essayons toujours de trouver des réponses. C’est un cas très difficile et triste qui dure depuis très longtemps. »

M. Worden dit qu’il respecte la décision du juge de ne pas rendre l’enregistrement public. Mais il dit que si l’enregistrement est si précieux, la police devrait agir en conséquence.

Il aimerait que la police examine de plus près la propriété à Upham, où, selon lui, des documents et des cartes aériennes montrent une cabine incendiée un mois après la disparition de Kimberly.

«Il y a toutes sortes d’endroits pour cacher facilement un corps.»

Pendant ce temps, la famille Amero continue son combat pour obtenir des réponses.

«Cela nous a parfois détruits, dit Ed Amero. Nous nous sommes toujours relevés, mais nous avons été mis K.O. plusieurs fois.»