Après Assomption Vie, Moncton largue la Croix Bleue Medavie

La Ville de Moncton laisse tomber une autre entreprise locale. Assomption Vie avait déjà perdu la gestion du fonds de pension des employés municipaux. Voilà maintenant que la Croix Bleue Medavie ne sera plus l’un des fournisseurs d’assurances pour les employés de la municipalité. Le conseil municipal a pris cette décision lors de sa réunion de mardi soir.

Pourtant, l’entreprise a pignon sur rue à un jet de pierre de l’hôtel de ville. Les deux édifices sont même liés par une passerelle.

La Croix Bleue Medavie était l’un des fournisseurs du régime d’assurance collective aux employés de la municipalité depuis 16 ans. Il n’y a donc pas eu de processus pour tester la concurrence des marchés depuis toutes ces années à la Ville de Moncton.

«J’ai un peu honte de dire que ce processus n’a pas eu lieu depuis 16 ans», a confié le conseiller Blair Lawrence.

Les fournisseurs d’assurances des employés de la municipalité étaient SSQ, la Croix Bleue Medavie et Sun Life.

Après un processus d’appel d’offres et d’évaluation, le département des ressources humaines de la Ville a proposé trois nouveaux assureurs pour différentes protections. Ils sont Green Shield Canada, Sun Life et SSQ.

Les conseillères Susan Edgett et Paullette Thériault ont voté contre cette proposition, tout comme les conseillers Greg Turner et Shawn Crossman. Sept conseillers ont voté en faveur de la proposition de l’administration municipale.

La Croix Bleue Medavie a donc été écartée. L’entreprise locale fournissait des produits d’assurance maladie complémentaire et dentaire en plus de l’assurance vie de base et d’invalidité.

Les avantages sociaux des employés de la Ville de Moncton coûtaient environ 4,52 millions $ par année. Le nouveau programme d’avantages sociaux est évalué à 3,93 millions $.

La municipalité compte donc épargner 590 000$ par année.

«Ce fait ne peut être ignoré, a avancé le conseiller Robert McKee. J’espère que dans cinq ans, lorsqu’on lancera un autre processus d’appel d’offres que la Croix Bleue Medavie, reviendra à la table.»

Ce n’est pas qu’une question d’épargne. La municipalité est aussi assujettie à la Loi sur la passation des marchés publics qui ne permet pas d’accorder un traitement préférentiel à un fournisseur de service. Les entreprises qui répondent à l’appel d’offres doivent toutes être soumises à un processus d’évaluation rigoureux.

Ç’a été l’argument qui a conclu l’affaire.

«L’obligation de permettre à nos employés d’économiser jusqu’à 3 millions $ est la seule option légale du conseil, a lancé la mairesse Dawn Arnold. Nous n’avons pas un vrai choix ici.»

Greg Turner, un homme d’affaires connu dans la région et conseiller, ne pouvait «en toute conscience» voter pour abandonner l’un des plus grands employeurs de la région.

«J’ai été un entrepreneur de Moncton toute ma vie. Les autres entreprises m’appuyaient et moi je les appuyais. C’est comme ça que les affaires sont faites. C’est comme ça que l’économie fonctionne», a-t-il déclaré.

La Croix bleue Médavie emploie 6000 personnes au pays et 40% d’entre eux sont au Nouveau-Brunswick.

Le PDG d’Assomption Vie offusqué

André Vincent se dit «offusqué» par la décision des employés de la Ville de Moncton de délaisser l’entreprise qu’il dirige, Assomption Vie, pour accorder la gestion de leur fonds de pension à deux géants américain et canadien.

Le siège social d’Assomption Vie est le plus haut édifice de Moncton. – Acadie Nouvelle: Patrick Lacelle

Le conseil des fiduciaires du régime de pension des employés de la Ville de Moncton a décidé récemment de mettre un terme à leur relation avec Placements Louisbourg, une filiale d’Assomption Vie.

Depuis 1995, l’entreprise gérait les placements à long terme du régime de pension des retraités et des employés de la municipalité. Ce fonds est évalué à plus de 80 millions $. Après une analyse de six mois, les employés de la Ville ont décidé d’octroyer la gestion de leur régime à Blackrock Asset Management, de New York, et Manuvie, de l’Ontario.

«Depuis 1995, le marché financier a changé tout comme celui des obligations. L’analyse du conseil avec l’aide de notre consultant actuaire, Mercer, a permis de trouver des gestionnaires plus efficients et avec plus de ressources qui correspondent mieux à nos besoins», a expliqué à l’Acadie Nouvelle le vice-président du conseil des employés, Christopher Jackson.

«Cela étant dit, nous respectons la relation que nous avons eue avec Placements Louisbourg au cours des dernières années. Ils ont été très bons pour nous. Ils ont été très professionnels et ils ont été invités à présenter ce qu’ils avaient à offrir», a-t-il ajouté.

Chez Assomption Vie, on digère très mal cette décision. Selon le président-directeur général, André Vincent, le rendement du régime que gérait son entreprise surpassait les indices de référence du marché.

«Nos rendements étaient très, très bons. C’est un peu là que le bât blesse. On a regardé les rendements des 10 dernières années et sur une base de cinq ou de dix ans, peu importe comment on les regarde, on était dans le premier quartile. C’est-à-dire, dans le meilleur», a confié M. Vincent.

Le siège social d’Assomption vie est situé à quelques mètres de l’hôtel de ville de Moncton. Il s’agit du plus grand édifice du centre-ville. L’entreprise acadienne a pignon sur rue à Moncton depuis 1915. M. Vincent a de la difficulté à digérer le fait qu’on choisisse de faire affaires avec des entreprises de l’extérieur de la province alors qu’une importante campagne de promotion de l’achat local est en cours.

«On nous compare à des géants. Oui, on est plus petit que le géant américain. Il n’y a pas de doute là-dessus. Qu’on évoque ça comme raison et qu’on ne tienne pas compte qu’on est un citoyen corporatif qui a joué un rôle important dans la ville en plus d’appuyer beaucoup de causes liées à l’éducation, à la santé et au social…Tout ça n’a pas été pris en compte. Les taxes foncières qu’on paie à la Ville n’ont pas été prises en considération non plus», a renchéri M. Vincent.

Le conseil qui représente les employés de la Ville affirme pourtant avoir pris en considération le rôle d’Assomption Vie dans la communauté.

«Nous avons pris en considération le fait qu’ils opèrent dans la ville de Moncton. Notre décision vise simplement à améliorer l’efficience de notre fonds et si nous croyons qu’il y a un meilleur choix pour solidifier davantage le fonds, nous avons une obligation légale d’agir et c’est ce que nous avons fait», a souligné M. Jackson.

Le conseil des fiduciaires de la Ville de Moncton est formé de six représentants, dont deux conseillers municipaux et est présidé par la mairesse Dawn Arnold. Chacun des membres a un droit de vote, mais il reste indépendant du conseil municipal.

La partie du fonds de pension que gérait Placements Louisbourg ne représentait qu’une mince portion du chiffre d’affaires de l’entreprise, soit environ 3% des actifs et 2,5% des revenus.

«C’est quelque chose dont ils (Placements Louisbourg) vont se remettre. Ils vont continuer. C’est quand même ironique de perdre le mandat de la Ville de Moncton alors que l’on va en chercher d’autres équivalents, ou même plus importants, dans le secteur des marchés des obligations à l’extérieur de l’Atlantique», précise M. Vincent.

Les placements à long terme des employés de la Ville s’élèvent à 80 millions $, mais l’ensemble du portefeuille des 1100 membres du régime, incluant les retraités, est évalué à 270 millions $.