Bleuet sauvage: collusion pour réduire les prix versés aux producteurs?

Le Bureau de la concurrence du Canada, une agence fédérale, mène une enquête pour déterminer si des grands joueurs de l’industrie du bleuet sauvage ont comploté pour fixer les prix.

«Je peux confirmer que le Bureau de la concurrence enquête sur des allégations de comportements anticoncurrentiels contraires à la Loi sur la concurrence dans l’industrie des bleuets sauvages», indique Véronique Aupry, une porte-parole au Bureau de la concurrence du Canada.

Selon Mme Aupry, le Bureau recueille actuellement des preuves pour établir les faits, aucune conclusion n’a été encore été tirée et aucune accusation n’a été portée.

« S’il y a preuve de comportement contraire à la Loi, le Bureau n’hésitera pas à prendre les mesures qui s’imposent.»

Une conférence de presse organisé par l’Association des producteurs de bleuets sauvages du nord-est du Nouveau-Brunswick vendredi matin pour dévoiler certains détails sur l’enquête. Louis-Philippe McGraw, président de l’organisme, espère qu’une sortie publique incitera certains à partager de l’information avec le Bureau de la concurrence du Canada, soit pour supporter ou réfuter les allégations.

«Souvent, on pense que ce sont les producteurs qui ont l’information, mais ça peut-être plus large que ça. Par exemple, il pourrait avoir des camionneurs ayant de l’information pouvant supporter une version des faits ou une autre.»

Selon M. McGraw, s’il y a un complot, ce serait les producteurs du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard qui en seraient les victimes.

Cependant, l’Association demande à ses membres et à la population de ne pas tirer de conclusions hâtives avant que les résultats de l’enquête soit connus et précise qu’elle n’est pas à l’origine de la plainte.

D’ailleurs, ce ne sont pas les postes d’achat local qui sont visées par l’enquête, mais plutôt les grands transformateurs, ajoute M. McGraw.

Ces transformateurs n’ont pas été nommés par Louis-Philippe McGraw, mais seulement quelques entreprises sont en activité dans les Maritimes, dont Oxford Frozen Foods et Jasper Wyman & Sons.

Au cours des dernières années, le prix accordé aux producteurs de la Péninsule acadienne n’a pas dépassé 0,30$ la livre. L’an dernier, il a tourné autour de 0,20$ la livre. Il faut environ 0,35$ à 0,40$ la livre pour atteindre le seuil de la rentabilité.

Selon M. McGraw, plusieurs agriculteurs sont persuadés que les transformateurs ont fait preuve de tractations douteuses.

«Il y a un pourcentage important de producteurs qui sont de cet avis-là. Souvent les gens n’osaient pas en parler par peur de représailles. Il faut comprendre que lorsqu’on est producteur de bleuets, on a un accès limité à des clients. Il faut que ce soit un transformateur qui achète nos bleuets.»

D’autres facteurs pourraient aussi être à l’origine des faibles prix accordés aux producteurs. Depuis quelques années, l’industrie fait face à une hausse des inventaires, une baisse de la demande sur les marchés mondiaux et la popularité des bleuets en corymbe (highbush) a monté en flèche.

«L’Association est d’avis que cela est une possibilité. Les transformateurs des Maritimes ont souvent rappelé que le prix offert aux producteurs dépendait grandement du marché international du bleuet sauvage transformé.»

Il existe cependant des antécédents pour appuyer la théorie du complot allégué. En 2003, des producteurs de bleuets du Maine ont poursuivi avec succès trois transformateurs qui ont été reconnus coupables d’avoir fixé les prix. Un jury a ordonné aux transformateurs de remettre 56 millions $ aux plaintifs.

Peu importe les résultats de l’enquête, Louis-Philippe McGraw croit qu’elle pourra faire avancer les choses à long terme.

«Elle va soit réfuter les allégations et nous permettre de bâtir une relation équilibrée avec les transformateurs ou encore, elle va démontrer que le complot allégué est en œuvre et ça ferait en sorte que le Bureau de la concurrence pourrait intervenir pour aider les producteurs.»