Trou noir: la SANB invite Ottawa à faire ses devoirs

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick exhorte Ottawa d’agir afin de mettre fin au trou noir. Dans une lettre récente, le président par intérim de l’organisme demande au ministre responsable du programme de faire ses devoirs.

Dans la missive envoyée à la mi-février au ministre fédéral Jean-Yves Duclos, dont l’Acadie Nouvelle a obtenu copie, Joey Couturier ne fait pas dans la dentelle pour faire passer son message.

Il fait état de l’urgence d’agir afin de faire du trou noir (la période sans revenus qui touche de nombreux travailleurs saisonniers entre la fin des prestations d’assurance-emploi et leur retour au travail) une chose du passé.

«Il ne peut plus y avoir de statu quo, car les conditions de vies de nombreuses citoyennes et citoyens se dégradent à une vitesse vertigineuse», dit-il.

Dans la lettre, écrite dans la foulée d’une rencontre publique sur la question présentée à Inkerman, à la fin janvier, à laquelle avaient assisté quelque 300 personnes, Joey Couturier affirme qu’un «nouveau programme mieux adapté» doit être créé.

Un compte-rendu de la rencontre se trouve d’ailleurs en annexe de la lettre, qui a aussi été envoyée en copie conforme aux dix députés fédéraux du Nouveau-Brunswick, tous des libéraux.

Il avance que ce le nouveau programme devra être «adapté aux réalités locales changeantes, au chômage cyclique saisonnier, à la ruralité, bref un programme conçu pour et par les gens qui en ont besoin: les chômeurs.»

Joey Couturier demande au ministre Duclos de rouler ses manches et de «créer un comité de travail ministériel pour analyser les vrais problèmes» de l’assurance-emploi.

«Ce comité ministériel devrait être composé de gens du milieu, des intervenants communautaires et des gens spécialisés de politiques publiques, mais plus encore des gens issus des entreprises directement touchées par les cycles saisonniers.»

Le président par intérim de la SANB ajoute que la première chose que cet éventuel comité ministériel devrait faire est «une analyse des recommandations des milliers de rapports, des mémoires, etc. sur les failles du système d’assurance-emploi.»

Il argumente également qu’un nouveau programme d’aide aux chômeurs ne suffirait pas à mettre fin au trou noir et qu’Ottawa doit aussi cesser de concentrer ses investissements dans les centres urbains.

«Le Canada est vaste, et la concentration démesurée de richesse dans les régions urbaines n’est pas une stratégie gagnante pour l’avenir. De plus, les grandes tendances du gouvernement fédéral depuis des décennies sont d’investir davantage dans l’urbanisme au détriment des régions rurales», dit-il.

M. Couturier joue aussi la carte linguistique pour attirer l’attention du ministre Duclos, en argumentant que l’économie «oriente et détermine» l’avenir de la Péninsule acadienne et d’autres régions semblables. Sa santé est, selon lui, liée de près à la survie de la francophonie au Canada.

«L’exode rural, qui est largement influencé par l’économie, représente le plus grand défi des communautés francophones en situation minoritaire. L’Acadie du Nouveau-Brunswick est largement rurale. La présence de communautés acadiennes et francophones, partout sur le territoire canadien, est sérieusement remise en question si les gens ne sont pas capables de s’épanouir.»

Selon le directeur général de la SANB, Ali Chiasson, le ministre Jean-Yves Duclos n’a pas encore répondu à la lettre de Joey Couturier. Il dit que l’organisme n’a même pas encore reçu d’accusé de réception.