Des délais d’attente toujours plus longs pour certaines chirurgies

Les patients qui doivent subir un remplacement de la hanche, du genou, ou une opération de la cataracte devront s’armer de patience. Selon les données de l’Institut canadien d’information sur la santé, rendue publiques jeudi, les Néo-Brunswickois sont de plus en plus nombreux à avoir besoin de telles interventions, et les temps d’attente ne cessent de s’allonger depuis 2013.

Au Nouveau-Brunswick, le temps d’attente pour une arthroplastie de la hanche, du genou, ou une chirurgie de la cataracte a augmenté depuis cinq ans.

En 2013, 69% des patients recevaient leurs chirurgies dans un délai de référence de 26 semaines. Ils n’étaient plus que 61% en 2017. Les chiffres sont passés de 60% à 52% pour un remplacement du genou. Pour les chirurgies de la cataracte, 78% des patients subissaient leur opération en l’espace de 16 semaines, contre 68% en 2017.

Une situation alarmante qui trouve son explication en partie dans le vieillissement de la population, selon le directeur général du Conseil de santé du Nouveau-Brunswick, Stéphane Robichaud.

«Lorsque l’on regarde le portrait démographique du Nouveau-Brunswick, qui a une population relativement stagnante depuis une quinzaine d’années, la proportion des personnes âgées de plus de 65 ans ne cesse d’augmenter. Avec le vieillissement, on sait que la demande pour ce genre de chirurgies a tendance à s’accroître», explique-t-il.

La demande pour un remplacement d’articulation ou une opération de la cataracte n’a en effet pas cessé d’augmenter en cinq années.

Le nombre de patients qui ont subi une arthroplastie du genou a augmenté de 32% (de 682 en 2013 à 903 en 2017). L’augmentation est de 31% concernant les arthroplasties de la hanche (de 389 à 508) et de 9% pour les chirurgies de la cataracte (de 5214 à 5671).

Un bon élève pour les interventions d’urgence

Cependant, tous les patients ne sont pas logés à la même enseigne. Si remplacer une hanche, un genou, ou opérer une cataracte requiert de s’armer de patience, les patients atteints d’un cancer qui doivent recevoir une radiothérapie sont rapidement pris en charge.

Selon les données de l’Institut canadien d’information sur la santé, 97% des 973 patients en attente de radiothérapie dans la province ont eu accès à leur intervention dans le délai de référence de 28 jours. Un taux identique à celui de 2013.

«Quand il est question de risque pour la vie ou pour des parties du corps, les temps d’attentes ont tendance à être relativement bons au Nouveau-Brunswick. On a tendance à bien performer quand c’est urgent», explique le directeur général du Conseil de la santé du Nouveau-Brunswick, Stéphane Robichaud.

Même constat concernant les opérations de réparation des fractures de la hanche, pour lesquelles le temps d’attente au Nouveau-Brunswick a même diminué. En 2013, 84% des patients recevaient leur chirurgie dans le délai de référence de 48 heures. Ils étaient 90% en 2017.

Des progrès à faire

Le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Benoît Bourque, a indiqué avoir conscience de l’importance de l’enjeu des délais d’attente pour l’accès aux chirurgies au Nouveau-Brunswick.

«Votre gouvernement (…) reconnaît que l’accessibilité et la prestation des services de soins de santé ont une incidence importante sur la qualité de vie des résidents de la province», a-t-il écrit dans un courriel adressé à l’Acadie Nouvelle.

Au vu de l’importance du dossier, le ministre de la Santé s’est dit «fier» d’avoir pu collaborer avec les régies régionales de santé pour faire diminuer le nombre de patients en attente d’une chirurgie de remplacement de la hanche ou du genou, notamment dans la région du grand Moncton. Par ailleurs, le gouvernement a annoncé en février un investissement de 3 millions $ pour aider à réduire les temps d’attente des patients de la province.

Un engagement qui reste toutefois insuffisant aux yeux de l’opposition.

«Pendant le mandat du gouvernement Gallant, les temps d’attentes ont augmenté énormément. Par exemple dans la dernière année, les délais ont augmenté de plus de trois semaines. Ce n’est pas acceptable», s’alarme le député progressiste-conservateur, Brian Macdonald.

Pour l’élu, du fait de sa politique fiscale jugée agressive, le gouvernement a échoué à retenir les médecins dans la province. Conséquence selon M. Macdonald: un manque de spécialiste qui pénaliserait les patients en attente d’une intervention chirurgicale.

Pour le directeur général du Conseil de santé du Nouveau-Brunswick, Stéphane Robichaud, plus que le nombre de spécialistes, c’est la coordination et l’intégration des services de santé qu’il faut repenser pour s’attaquer au problème.

«La distribution des services tels qu’on les connaît aujourd’hui a évolué d’une manière qui n’a rien à voir avec les besoins de la population. Il est primordial que l’on fasse un virage vers une meilleure compréhension des besoins de la population.»

M. Robichaud explique par exemple que réduire le nombre de points de santé qui dispensent les opérations pour lesquelles les délais d’attente ont augmenté pourrait être bénéfique. Un plus petit nombre d’équipes médicales, mais plus habituées à pratiquer les chirurgies et plus qualifiées, permettrait de dispenser les soins en temps opportun. Une solution qui nécessite toutefois de remanier le système de santé au niveau provincial.