Déo Cuma tire sa révérence après 14 ans au service des démunis

L’ancien directeur de la Maison Nazareth, Déo Cuma vient de prendre sa retraite, mettant un terme à sa carrière à la tête de l’organisme offre un toit aux personnes en détresse du grand Moncton. Il a été remplacé par Philippe Fontaine, ancien des Forces armées canadiennes.

En 1997, Déo a fui la guerre qui ravageait la République du Congo pour trouver refuge en Zambie, puis au Canada. Arrivé à Moncton, c’est lui qui offrait un refuge aux gens dans le besoin.

Que retenez-vous de ces 14 années passées à la Maison Nazareth?

Je me rappelle qu’en 2010 nous avions une infestation de punaises de lits et nous avions besoin de 50 000$ pour rouvrir le refuge. Je suis passé à Radio-Canada le matin et au bout de trois jours, nous avions collecté le montant. Cette générosité du public, la spontanéité de la réponse, ça m’a frappé. Si additionne notre budget à la valeur des habits et de la nourriture que nous recevons, on atteint presque 1 million $ par année. Le gouvernement provincial ne nous donne que 80 000$, la générosité de la communauté couvre 90% des dépenses.

Est-ce qu’il y a des rencontres qui vous ont marqué particulièrement?

Quand on travaille dans un refuge, on fait face au désarroi, à l’émoi, au désespoir. Ce qui marque, ce sont les gens qui parviennent à s’en sortir. Un jour un homme est venu me voir en me demandant «Est-ce que tu me reconnais? Je suis venu t’inviter à mon mariage! Je m’en suis sorti, j’ai un bon boulot, moi et ma fiancée nous pensons à acheter une maison. Nous nous marions, j’aimerais que vous soyez là…» C’est réconfortant de voir que des gens s’en sortent. Souvent le sentiment général, c’est l’impuissance. Tu vois des gens qui souffrent, tu veux que la situation change mais tu sais que tu ne peux pas faire grand-chose.

Selon vous, quelles sont les clefs pour remonter la pente?

C’est très complexe, mais je dirais que le plus important est la détermination de l’individu. Il faut aussi qu’il trouve un bon soutien, un bon accompagnement. Il faut une main tendue, une opportunité, mais tout part de la motivation. Et ça ne veut pas dire que tous ceux qui n’y arrivent pas ne sont pas motivés…

Qu’est-ce que vous avez retiré de toute cette expérience?

J’en ai pris plus que j’en ai donné! Quand je suis arrivé à Moncton, j’étais un réfugié, j’étais dans le désarroi, dans l’inconnu. On m’a donné la responsabilité d’accueillir des personnes en difficulté, sans perspectives. C’est une marque de confiance, c’est extraordinaire. Ça montre que cette communauté est très ouverte.

Avec le recul, est-ce qu’il y a eu des progrès en matière de lutte contre l’itinérance à Moncton?

Aujourd’hui les organismes se réunissent régulièrement pour discuter de cas spécifiques et déterminer qui doit prendre en charge la personne. Les sans-abris ne savent pas toujours comment naviguer entre les services, le fait qu’on collabore mieux, qu’on travaille ensemble, ça aide beaucoup nos clients.

Pensez-vous que la Maison Nazareth aura toujours sa raison d’être?

La pauvreté sera toujours là. Le refuge offre un hébergement d’urgence, s’il y a une crise, un conflit conjugal à 2h du matin, la police intervient et peut nous confier une des deux personnes. Personne d’autre ne peut faire ça. Même si on dit que la solution à l’itinéraire, c’est le logement abordable, le refuge reste nécessaire comme lieu d’attente avant qu’une solution durable soit trouvée.

Allez-vous rester en contact avec le refuge?

Je compte bien continuer en temps que bénévole. Je pense plutôt participer aux activités de collecte de fonds. Dans un premier temps, je ne vais pas faire de bénévolat au quotidien pour me faire oublier et ne pas faire de l’ombre à la nouvelle direction.