Les crabiers peuvent enfin préparer leur saison de pêche

Après un long hiver, les pêcheurs de crabe de la Péninsule acadienne ont enfin entamé les préparatifs en prévision de la prochaine saison de pêche.

La bonne humeur semblait régner lundi au Centre des services maritimes à Shippagan. Les pêcheurs de crabe et les hommes de pont préparaient les embarcations. Certains bateaux ont commencé à être mis à l’eau. Des aéroglisseurs de la Garde côtière canadienne étaient à l’œuvre dans la région ce week-end pour briser les glaces.

Malgré tout, l’approche privilégiée par Pêches et Océans Canada pour protéger les baleines noires, une espèce menacée d’extinction, apporte son lot de questions auprès des pêcheurs rencontrés par l’Acadie Nouvelle.

En 2017, 18 baleines noires ont été trouvées mortes sur les côtes atlantiques du Canada et des États-Unis. Des nécropsies ont permis de déterminer que plusieurs des baleines sont mortes après une collision avec un navire. D’autres ont été trouvées mortes empêtrés dans de l’équipement de pêche.

À la fin mars, Ottawa a ainsi modifié le calendrier de la saison de pêche. Tout l’équipement de pêche devra être ainsi retiré de l’eau au plus tard le 30 juin, soit deux semaines plus tôt que d’habitude, et une vaste zone de 14 000 km carrés dans le sud du golfe du Saint-Laurent, où ont été vues plusieurs baleines noires, sera fermée à compter du 28 avril.

Gaetan Godin, capitaine du M.A.S, est en faveur de la protection des baleines, mais le pêcheur avec plus de 30 ans d’expérience craint que certaines des mesures mises en place par Pêches et Océans Canada aient des conséquences pour lui et ses homologues.

La fermeture de la zone de 14 000 kilomètres carrés dans le golfe du Saint-Laurent à compter du 28 avril est particulièrement montrée du doigt.

«C’est une grande zone et c’est là où le crabe est concentré au printemps. C’est un dilemme pour nous.»

Selon lui, cette situation pourrait inciter plusieurs pêcheurs à pêcher ailleurs dans la zone 12, dont au large des Îles-de-la-Madeleine, où il y a déjà une concentration élevée de crabiers.

Un autre pêcheur rencontré par l’Acadie Nouvelle, mais qui ne souhaitait pas dévoiler son nom, offre une analyse semblable. Il craint même qu’il ait des conflits entre pêcheurs des différentes provinces.

«À cause de la fermeture d’une région de 14 000 kilomètres carrés, il risque d’avoir un surplus de bateaux ailleurs comme aux Îles-de-la-Madeleine. Est-ce que les pêcheurs de là-bas vont accepter plus de bateaux là où ils sont habitués de travailler? (…) Il y a déjà 30-40 bateaux là bas et d’un coup, il va en avoir un autre 40-50 de Shippagan. Est-ce que ça va créer un conflit?»

Puisque les crabiers risquent de s’éloigner des côtes du Nouveau-Brunswick pour atteindre leur quota, il est également possible d’envisager un scénario où ils vendront aux usines des Îles-de-la-Madeleine et de Chéticamp, croit le pêcheur.

«Je pense aux travailleurs d’usine. Est-ce qu’ils seront capables de gagner leurs semaines? Il y a des possibilités que le crabe des neiges soit vendu ailleurs. Ça pourrait créer un plus grand problème du trou noir.»

Aucune date fixée

Le gouvernement fédéral a commandé des opérations pour briser la banquise au large de la Péninsule acadienne dès la fin mars en espérant que cela permette aux pêcheurs de prendre la mer plus tôt que d’habitude, mais aucune date n’a encore été fixée pour l’ouverture de la pêche au crabe des neiges, dit Danielle Savoie, porte-parole au ministère des Pêches et des Océans.

Le brise-glace «Sir William Alexander» est venu dans la région au début du mois.

En fin de semaine, l’aéroglisseur Sipu Muin a effectué des travaux dans la baie de Shippagan, autour des quais de la région.

Le temps maussade prévu au cours des prochains jours pourraient être à l’avantage des pêcheurs.

«Des vents forts de l’est sont prévus demain. Ces vents devraient aider à disperser la banquise.»