Discrimination raciale à l’U de M: «Il faut une réponse vigoureuse»

Alors que l’Université de Moncton est une nouvelle fois confrontée à des allégations de racisme, l’Acadie Nouvelle a rencontré Ibrahim Ouattara. Le professeur de philosophie et président du Conseil des personnes d’ascendance africaine, habitué du combat contre les discriminations, espère que les choses vont enfin changer.

«Ça me surprend, d’autant plus que dans le passé, différentes personnes ont attiré l’attention sur ce problème.»

C’est avec ces mots qu’Ibrahim Ouattara, a réagi aux témoignages de discriminations raciales que subiraient des étudiants en science infirmière de l’Université de Moncton.

Mardi, l’Acadie Nouvelle révélait en exclusivité que les étudiants noirs en science infirmière feraient les frais d’une charge de travail démesurée et d’une notation injuste au cours des stages en milieu hospitalier, qui pousserait certains à l’échec, voire à l’abandon.

Une problématique dont s’est depuis saisie la Fédération des étudiantes et étudiants du campus universitaire de Moncton, notamment sur les médias sociaux.

À plusieurs reprises, au cours des dernières années, des professeurs de l’institution, dont M. Ouattara, ont interpellé le recteur sur des situations et des comportements qu’ils qualifiaient de raciste.

Ces nouvelles allégations sont-elles la goutte d’eau qui fera déborder le vase? Ce qui est sûr pour le professeur, c’est que l’Université doit rapidement prendre les choses en main pour que sa réputation ne soit pas durement entachée.

«La question raciale met les gens très mal à l’aise»

Si Ibrahim Ouattara reconnaît que certaines actions ont été menées par l’Université pour mettre un terme aux discriminations raciales, les choses ne sont pas allées suffisamment loin pour lui.

Pour le professeur, l’absence de résultats ne provient pas uniquement d’une mauvaise volonté de la part de la direction de l’Université. En cause, selon lui, une impression que le racisme n’existe pas sur le campus ainsi qu’une mauvaise gestion de la diversité.

«Parce que nous sommes persuadés d’être accueillants, ouverts, lorsque l’on nous dit qu’il y a tel problème, on a tendance à le passer sous le tapis. La question raciale met les gens très mal à l’aise», explique-t-il.

L’Université aurait pourtant toutes les clés en main pour résoudre le problème, selon le professeur.

Après la mise en place, en février, d’une commission indépendante qui aide les membres de la communauté universitaire lésés dans leur droit à porter plainte, celui-ci invite maintenant l’institution acadienne à prendre des mesures de prévention et à tuer les discriminations dans l’oeuf.

Il s’agirait par exemple, pour M. Ouattara, d’inscrire la question raciale dans la Politique pour un milieu de travail et d’études respectées, qui sanctionne notamment les cas de harcèlement.

Adoptée en 2010, cette politique ne fait aucune mention de la discrimination. Une imprécision qui joue en défaveur des étudiants noirs, mais qui pourrait également porter préjudice à d’autres minorités, sexuelles notamment.

La situation des étudiants en science infirmière est, pour le professeur, la preuve qu’un long chemin reste à faire concernant les discriminations raciales.

Ibrahim Ouattara attend de la part de l’Université de Moncton une réponse forte et transparente, pour ne pas que les étudiants internationaux tournent le dos à l’institution.