Baleines noires: des restrictions seront aussi imposées aux homardiers

Les crabiers ne seront donc pas les seuls à voir leur saison bouleversée par le mammifère marin. Le ministère des Pêches et des Océans confirme que les fermetures d’aires de pêche pour la protection des baleines noires toucheront aussi la pêche au homard ce printemps.

Un avis aux pêcheurs publié mardi matin annonce qu’une étendue de près de 1900 kilomètres carrés dans l’est des sous-zones de pêche 23-C et 23-D sera fermée à la pêche au homard. Cette zone s’étend de l’île Miscou jusqu’à Tabusintac, près de Néguac.

De plus, des fermetures dynamiques de 15 jours pourraient avoir lieu dans des aires de forte concentration en nourriture pour la baleine noire dans les sous-zones 23-B, 23-C et 23-D. Ces fermetures seront déclenchées par l’observation d’une baleine noire dans les eaux en question.

Les fermetures auront fort probablement des répercussions concrètes sur la pêche, particulièrement dans les régions de Pigeon Hill et de Miscou. C’est dans cette région où la zone de fermeture est la plus rapprochée des côtes.

Réjean Comeau, président du Local 1 (Péninsule acadienne) de l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), ne cache pas sa frustration. Il dénonce le fait que le ministère des Pêches et des Océans n’ait pas consulté les homardiers avant de dévoiler son plan de pêche.

«Ça nous a été imposé sans consultations, sans nous demander notre avis. On avait une opinion et des choses qu’on aurait aimé proposer, et ils n’ont même pas pris la peine de l’entendre», affirme celui qui pêche à Val Comeau.

«Est-ce qu’on doit attendre qu’il y ait des conflits (sur l’eau) pour faire quelque chose?»

M. Comeau croit qu’une trentaine de homardiers qui pêchent au large de l’île Miscou seront touchés directement. Ils pourraient être forcés de déménager leurs casiers à l’extérieur de l’aire où ils pêchent habituellement.

En déposant leur casier dans les eaux normalement pêchées par leurs voisins, ils risquent de créer des tensions.

«Il n’y a pas de territoire désigné officiellement, mais veut veut pas, chaque village a un peu son territoire propre. Là, ça se peut que certains soient forcés d’aller sur l’espace du voisin. Ça se peut qu’on ait une trop grande concentration de casiers au même endroit.»

L’UPM demande à Ottawa de mettre sur pied un comité capable d’intervenir au cas où les choses s’enveniment.

«S’il y arrive un conflit sur l’eau, qu’est-ce qui va arriver? À l’UPM, on demande qu’un comité de travail soit mis en place. On demande au ministère de rencontrer les pêcheurs avant le début de la pêche pour expliquer, si jamais il y a des conflits, c’est quoi qu’on fait? Comment règle-t-on ça? Ce sont des questions auxquelles on n’a pas de réponse.»

Comportement territorial

Bien que les homardiers aient le droit de pêcher où qu’ils veuillent à l’intérieur de leur sous-zone, la plupart ont un comportement territorial.

La coutume ne date pas d’hier. En 2005, une série de coupes illégales de casiers de pêche a provoqué des manifestations et des réunions des joueurs clés de l’industrie. Les homardiers de Tabusintac, de Val Comeau et de Néguac étaient notamment impliqués.

«Mon père a pris ses années d’expérience auprès des pêcheurs de Tabusintac. Là où tu apprends à pêcher, tu continues de pêcher. Pour moi, ce sont mes terrains traditionnels», avait affirmé à l’époque le pêcheur Philippe Breau, de Néguac.

Nouvelles mesures

En plus de respecter les zones de fermeture, les homardiers devront prendre des mesures afin de réduire la quantité de cordage flottant à la surface de la mer et signaler les casiers perdus.

Ils devront aussi déclarer toute interaction qu’ils ont avec des baleines noires de l’Atlantique Nord, ainsi que les observations qu’ils font d’elles.

Dans les deux dernières semaines, aucune baleine noire n’a été observée au nord de Rockport, près de Boston, selon une carte interactive du National Oceanic and Atmospheric Administration. En 2017, la première baleine dans le golfe du Saint-Laurent a été observée durant la semaine du 15 au 21 mai. Les baleines sont arrivées en grand nombre dans la région durant la semaine du 12 au 17 juin.

Un juste équilibre

Interpellé par un journaliste, le premier ministre Brian Gallant s’est attaqué à la question mardi matin lors d’une annonce de création d’emploi. Il assure que gouvernement tentera de trouver le juste équilibre entre l’économie et l’environnement.

«Le secteur des pêches est très important pour l’économie néo-brunswickoise et des Provinces atlantiques. On va faire tout ce qu’on peut – avec le gouvernement fédéral – pour que ce soit une industrie qui continue d’être prospère, tout en s’assurant qu’on protège l’environnement et la stabilité de l’industrie pour des générations à venir.»

  • Avec la collaboration du journaliste Patrick Lacelle

Du homard vendu à près de 20$ la livre

Le prix du homard a atteint 15$ US (19$ CA) la livre aux États-Unis, selon le quotidien Boston Globe. Une pénurie du produit et une forte demande seraient responsables de l’explosion soudaine de la valeur du crustacé.

Si la tendance des dernières années se maintient, les prix retomberont sur terre dès que les pêcheries canadiennes seront lancées. C’est alors que l’équilibre de l’offre et de la demande est habituellement rétabli.

À pareille date, l’an dernier, le prix du homard était environ 8 $US la livre. Le Boston Globe explique qu’une combinaison de facteurs a provoqué les prix élevés cette année, dont la mauvaise météo, une forte demande à l’internationale et les eaux glacées qui bloquent la pêche canadienne.

Le quotidien américain ajoute que les mets de homard dans les restaurants ont atteint des prix exorbitants. Notamment, des guédilles au homard se vendent à 49 $US.