La pêche au crabe est lancée

Ils sont désormais en mer. Les pêcheurs de crabes ont levé l’ancre et pris le large à 0h01, dans la nuit de samedi à dimanche. C’est parti pour plusieurs semaines de pêche. Le gouvernement fédéral la permet jusqu’à la fin juin.

Cette saison n’a cependant rien d’ordinaire. Pour protéger les baleines noires, le ministre des Pêches et des Océans a pris deux mesures exceptionnelles.

Dominique LeBlanc a écourté la période autorisée de quelques semaines; il a maintenu la fermeture d’une importante zone de pêche. Des contraintes qui, aux dires de certains, «gâchent» la fête.

Simon Gionet, de Bas-Caraquet, le pense. Il est directement touché. Bien qu’il soit un pêcheur à la retraite, il est encore propriétaire d’un bateau, le Carlo G. Celui-ci a quitté le port cette fin de semaine.

«On a dû changer notre trajectoire. L’équipage va aller plus loin que d’habitude. Le capitaine et les hommes de pont ne rentreront pas de la saison. Ils iront livrer les prises aux Îles-de-la-Madeleine avec qui on fait affaire.»

Jean-Guy Gionet, de Bas-Caraquet, sait que les décisions gouvernementales auront une incidence sur son activité.

«On a dû changer nos cordages. Les bateaux vont être plus proches les uns des autres. C’est une importante zone qu’ils ont fermée.»

Cet homme de pont depuis bientôt 50 ans affirme comprendre les directives d’Ottawa. Il aurait néanmoins préféré que le secteur interdit de pêche dans le golfe du Saint-Laurent le soit uniquement en présence de cétacés, et non continuellement à titre préventif.

Malgré cela, l’excitation était au rendez-vous.

«Il est temps qu’on s’en aille. Ça fait trois semaines qu’on est prêt», s’impatientait Gaétan Lanteigne, collègue de Jean-Guy Gionet.

André Poirier, de Caraquet, avant de partir, déclarait: «Ça fait une trentaine d’années que je suis homme de pont, c’est mon métier. J’ai beau être habitué, le début de la saison me fait toujours quelque chose.»

Sur une mer calme et dans l’obscurité nocturne, les pêcheurs se sont éloignés du rivage, avec l’estomac qui les titillait déjà.

«Demain (lundi, NDLR) au souper, on mangera du crabe», annonçait Jean-Guy Gionet.

Il en salivait d’avance.

Un moment tout aussi important pour les proches

Le départ des pêcheurs en mer au début de la saison est un moment important pour eux. Il l’est tout autant pour leur entourage. Quel que soit le jour, quelle que soit l’heure, Elva Lanteigne, de Bas-Caraquet, se déplace tous les ans.

Elle vient accompagner son mari, Gaétan Lanteigne, homme de pont «depuis 33 ans», précise-t-elle dans un sourire et visiblement fière de lui. Cette fin de semaine, elle était présente au port de Caraquet.

«C’est toujours un spectacle pour moi de voir les bateaux partir.»

Le spectacle revêt une dimension particulière quand son compagnon vient l’embrasser une dernière fois avant de monter à bord de son embarcation.

«Il y a toujours une incertitude, toujours une angoisse. Je me demande comment ça va se passer. J’espère qu’il ne va rien lui arriver. C’est le lot d’une compagne de pêcheur. Je le savais dès le début, je l’ai accepté», confie-t-elle.

Les personnes qui se rassemblent sur les quais ne sont pas toutes concernées par la pêche. L’ouverture de la saison attire les curieux. Francine Gravel, de Saint-Isidore, avait amené ses deux petites-filles de 16 et 19 ans.

«C’est la première fois que je viens voir ça et je trouve ça beau. J’aime aussi ce que le début de la pêche suppose: la fin de l’hiver et le retour des beaux jours.»

La grand-mère salue également «le courage de ces marins qui mettent leur vie en danger chaque année».

«Ils sont braves», considère-t-elle.