Cannabis au N.-B.: une industrie d’une centaine de millions $

Le cannabis au Nouveau-Brunswick est une industrie d’une centaine de millions de dollars. En 2017, seulement, les foyers néo-brunswickois ont consommé pour plus de 106 millions $ de marijuana.

C’est ce que démontrent des chiffres de Statistique Canada obtenus par l’Acadie Nouvelle.

Les citoyens du Nouveau-Brunswick, consomment en moyenne 20,5 grammes de cannabis par année, c’est-à-dire bien moins que les habitants de la province voisine. En Nouvelle-Écosse, on fume environ 27 grammes par habitant annuellement. Il s’agit du plus haut taux de consommation au pays alors que la moyenne nationale se situe à 21,1 grammes par Canadien.

Depuis le début du processus de légalisation au pays, le prix moyen du cannabis a chuté. En 2015, il était de 7,71$ le gramme. En 2017, il était 6,85$ selon une enquête de Statistique Canada. Il existe d’ailleurs encore une disparité entre les prix du marché noir et du secteur médical. Le pot non médical était vendu en moyenne 6,88$ le gramme en 2017 alors que la marijuana médicale se vendait 7,05$.

La consommation de cannabis non médical, c’est-à-dire illégal, est par ailleurs très répandue au Nouveau-Brunswick. Les ménages de la province ont fumé ou ingéré pour plus de 88,6 millions $ de marijuana non prescrite par un médecin. Par opposition, les ménages ont acheté pour 17,7 millions $ de cannabis à des fins médicales.

Au Nouveau-Brunswick, il s’est produit pour plus de 18 millions $ de cannabis à usage médical et 74,9 millions $ de cannabis pour utilisation non médicale ou illégale. La consommation de cannabis non médical est plus élevée que sa production en raison de plusieurs facteurs, dont le trafic de marijuana.

Abandonner le marché noir

Orgnigram est un des grands producteurs de cannabis médical au pays. L’entreprise se prépare à la légalisation à un rythme effréné. En un an, l’entreprise est passée de 70 à 264 employés, sans compter les 150 travailleurs qui s’affairent à agrandir les installations de la compagnie.

Le vice-président aux affaires internationales d’Organigram, Larry Rogers, estime que les produits légaux mèneront une compétition féroce au marché noir, mais qu’il ne sera pas possible d’attirer tous les consommateurs de produits illégaux dès le premier jour.

«Est-ce qu’on sera capable de convaincre toutes les personnes qui achètent du marché noir actuellement de venir acheter quelque chose de légal? Probablement pas. Ça va prendre du temps. Je pense aux États de Washington et du Colorado où il y a un certain pourcentage de gens qui achète du cannabis illégal après quatre ans de légalisation là-bas. Ça commence à diminuer. Ce sera probablement la même chose ici», analyse M. Rogers.

Le haut dirigeant de l’entreprise de Moncton reste optimiste. Il serait possible, selon lui, de convertir près de 50% des clients du marché noir au commerce légal.
«En espérant qu’entre nous et le gouvernement, qu’on ne décide pas de trop charger, surtout pour commencer», a-t-il ajouté.

Des chiffres plus précis

La plupart de ces données de Statistique Canada sont encore préliminaires. L’agence prépare le terrain afin de bien comprendre le marché noir avant la légalisation du cannabis prévue cet été. Pour l’instant, il est encore difficile de mesurer une activité illégale. L’agence fédérale se base donc sur une méthode de sondage à base volontaire sur le web et sur des données des forces de l’ordre.

Dans quelques mois, l’agence espère avoir des données encore plus précises sur la consommation de cannabis. L’agence a commencé à tester la concentration de marijuana dans les eaux usées des municipalités canadienne. En d’autres mots, l’urine de millions de Canadiens sera testée.

«Avec ça on espère de faire le calcul de la consommation totale du cannabis. Si, éventuellement, avec la légalisation, on était capable de faire une estimation des ventes légales dans une municipalité, en soustrayant les ventes légales de la consommation totale qu’on mesurait à partir des eaux usées, on aurait une idée approximative de la taille du marché noir du cannabis», a expliqué Anthony Peluso, analyste chez Statistique Canada.

L’agence scrute aussi les coins un peu plus sombres du web où les fournisseurs de marijuana affichent parfois leurs prix.