L’intelligence artificielle pourra-t-elle bientôt remplacer le travail de l’artiste? C’est la question qu’explore Paul Bossé en présentant un algorithme capable de reproduire des poèmes… en chiac.

Paul Bot est une intelligence artificielle nourrie des écrits de l’artiste Paul Bossé et entraînée à reproduire son style.

Présenté dans le cadre du Festival Frye, ce générateur automatique de poèmes est né au département d’informatique de l’Université de Moncton

Les étudiants Léonce Lama et Axel Christian Guei ont soumis à l’IA une sélection d’œuvres du poète de Moncton qu’elle a intégré dans sa base de données pour en faire un modèle d’écriture.

Et ce modèle est très particulier, Paul Bossé a développé un style inimitable qui fait la part belle aux vers lapidaires, au chiac et aux mots inventés. L’IA a eu accès à tous ses recueils mais aussi à ses brouillons et ses inédits.

Les étudiants se sont servis de la technologie de l’apprentissage profond (deep learning), basée sur des réseaux de neurones artificiels.

La machine a assimilé et décortiqué les textes, analysé leur structure et a repéré les similarités. Elle se sert ensuite de cet apprentissage pour composer des poèmes inédits en piochant des mots contenus dans sa base de données.

La machine est devenue auteur. Paul Bossé, à l’origine de ce projet artistique, est ravi de voir que l’IA a développé une certaine créativité.

«Il a eu de belles trouvailles poétiques, il s’inspire de moi, mais moi aussi je m’en inspire», s’amuse-t-il.

Le poète s’est associé à l’artiste Jean-Denis Boudreau qui a créé un robot articulé et contrôlé à distance, pour donner un «visage» à Paul Bot. À travers cette démarche, Paul Bossé se penche sur la façon dont l’intelligence risque de bouleverser notre société.

«J’ai créé un générateur de poème pour me rendre obsolète, lance-t-il. C’est un commentaire sur les dangers de l’intelligence artificielle et les emplois qu’elle va faire disparaître.»

Voici l’un des poèmes composés par Paul Bot:

feux du spot publicitaire

comme love

qui aspire à l’abordage

versent le sang dans le delta

de ma plume

En réalité, cette IA a encore du chemin à faire avant de remplacer les humains dans le domaine artistique. L’important en poésie, c’est de transmettre une émotion, un sens. Le robot n’est pas encore capable de cela, observe Paul Bossé.

«Il copie mon style, mon vocabulaire, c’est un peu un perroquet intelligent», dit-il.

«Il a un style, mais il n’a pas vraiment de direction. Il n’a pas cette conscience de transmettre un message», renchérit Jean-Denis Boudreau.

L’intelligence artificielle pourrait être perfectionnée si davantage de poèmes étaient ajoutés à sa banque, explique le professeur en informatique, Éric Hervet.

«Les poèmes ne font pas encore de sens au niveau sémantique et de la conjugaison n’est pas au point. Ça forme quand même des phrases et on retrouve le style de Paul, c’est ça qui est impressionnant!»

Mais il n’avait pas question d’apprendre au robot à parler un français standard, souligne Paul Bossé.

«Les étudiants ont décidé de ne pas lui apprendre les règles du français, parce que ça aurait contaminé mon style. Il aurait écrit en français correct, mais aurait perdu les particularités de ma poésie qui est unique.»

Sans vouloir en dire plus, les créateurs de Paul Bot préviennent que le projet financé par le Conseil des Arts du Canada ne s’arrêtera pas là. Le robot est actuellement en mutation pleine et s’apprête à changer de forme. Affaire à suivre…

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