Trou noir: une formation populaire et appréciée

En réponse à la menace du «trou noir», le gouvernement provincial a mis en place un programme. Il vient en aide aux travailleurs saisonniers qui, entre la fin de leurs droits à l’assurance-emploi et la reprise de leur activité, se retrouvent sans revenus. Au début contesté, il est de plus en plus utilisé.

«Il m’est difficile de vous donner des chiffres. Tous les jours, je reçois de nouvelles références», révèle Régine Lanteigne, intervenante pour le programme des travailleurs saisonniers dans les régions Péninsule acadienne, Chaleur et Restigouche.

La semaine dernière, ils étaient une vingtaine à suivre une formation et une dizaine à être placés en milieu professionnel au sein d’une municipalité ou d’un organisme à but non lucratif.

«C’est en constante évolution. Les chiffres fluctuent. Ce qui est vrai pour une semaine ne l’est plus pour la suivante.»

L’initiative est proposée jusqu’au 30 juin. D’ici là, toutes celles et ceux qui ne sont plus couverts par l’assurance-emploi peuvent en bénéficier. Norma Marie Frenette, de Caraquet, a fait le choix d’étudier.

«J’ai toujours aimé apprendre.»

Elle sait désormais comment se servir d’un ordinateur, affiner ses recherches sur internet, etc.

«Je n’y connaissais rien dans les nouvelles technologies. J’utilisais mon ordi juste pour des jeux», avoue cette travailleuse d’usine.

Elle en est persuadée, ses nouvelles compétences l’aideront dans le futur.

«Je serais prête à me réinscrire. Surtout, ça m’a enlevé un gros fardeau. Sinon, j’aurais été dans le trou noir. Ça m’angoissait. Je me demandais comment j’allais payer mes factures. J’ai changé d’auto l’an passé.»

Maria LeBouthillier, de Notre-Dame-des-Érables, enrichit, elle aussi, ses connaissances.

«Ce n’est pas de l’alphabétisation. On apprend à résoudre des problèmes dans un contexte professionnel. Ça nous profite et je n’ai pas le sentiment de perdre mon temps. C’est mieux que de rester chez moi, à ne rien faire.»

Pendant les beaux jours, elle joue les interprètes au Village historique acadien, à Bertrand. Le mois prochain, elle entamera sa 19e saison. Les mesures du gouvernement provincial sont, selon elle, «une bonne idée».

«Mais c’est un baume sur la plaie. C’est mettre beaucoup d’argent pour quelque chose qui a une fin. Il faudrait mieux investir dans des projets de création d’emplois.»

Carole LeBouthillier est également interprète au VHA. Elle a préféré s’engager dans une expérience professionnelle. Présentement, elle fait le tri des marchandises à la banque alimentaire de Bertrand, AmiSoleil.

En travaillant temporairement à la banque alimentaire de Bertrand, AmiSoleil, Carole LeBouthillier réalise combien les gens ont la mauvaise habitude de trop acheter. – Acadie Nouvelle: Vincent Pichard

«Les journées passent vite et sont plaisantes. J’adore! Je me sens utile, c’est valorisant de travailler», s’enthousiasme-t-elle, sur un ton chantant.

Oui, elle et les autres travailleurs saisonniers traversent des périodes de chômage, «mais nous sommes des gens qui aiment et qui veulent travailler».

En acceptant de se mettre ainsi à disposition de l’association, elle accumule des semaines assurables. Ce n’est pas le cas pour les participants aux formations. Carole LeBouthillier tire un autre avantage de son passage à AmiSoleil, inattendu celui-là.

«Je suis impressionnée par la quantité de linge que les gens donnent. On achète trop», prend-elle conscience.

Le programme du gouvernement ne contente pas pleinement le Comité d’action de l’assurance-emploi des travailleuses et des travailleurs saisonniers de la Péninsule acadienne.

«Ça ne nous fait pas dévier de notre objectif. Nous voulons que le problème du trou noir soit réglé», martèle Fernand Thibodeau.

Le porte-parole se réjouit des discussions engagées avec Fredericton. Une rencontre entre des représentants du mouvement et des élus, dont le ministre du Travail, s’est tenue fin avril.

«Une table de concertation, c’est ce que nous voulions depuis le début. On a besoin d’une solution durable, pas de réponses précipitées. On aurait gagné du temps s’ils nous avaient écoutés d’emblée. Ça augure un dialogue constructif, mais il manque le fédéral. Il doit s’asseoir avec nous.»

Le comité attend une réponse d’Ottawa en vue d’une deuxième rencontre qu’il espère organiser au plus vite.

«Si on n’a pas de nouvelles d’ici la fin du mois, on reprendra nos actions et nos manifestations. On reste déterminé», prévient Fernand Thibodeau.

À quand une solution à long terme?

La question du «trou noir» préoccupe les saisonniers, et aussi Fredericton. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Croissance démographique, Gilles LePage, affirme que ses collaborateurs et lui sont toujours mobilisés. Il souhaite trouver «une solution sur le long terme».

Acadie Nouvelle: Fin mars, vous annonciez vos mesures en faveur des personnes concernées par le «trou noir». Les mécontents grognent toujours. Comment percevez-vous leur mouvement?

Gilles LePage: Les manifestations visent à dénoncer le système de l’assurance-emploi. Son admissibilité, sa législation… Tout ça relève du gouvernement fédéral. J’entends la colère des manifestants. Notre rôle, en tant que gouvernement provincial, est de mettre la pression sur Ottawa pour que nos citoyens obtiennent un salaire décent. Et c’est ce que nous faisons.

A. N.: Vos solutions sont soumises à condition (suivre une formation ou s’engager dans un processus d’expérience professionnelle temporaire), pourquoi?

G. L.: Nous ne pouvons pas nous substituer à l’assurance-emploi et signer des chèques en blanc. Au sujet des formations, nous parlons de solutions temporaires. Le but n’est pas de former les travailleurs saisonniers pour les déloger de leur emploi. Il s’agit de leur offrir des compétences essentielles qui les aideront dans leurs fonctions. Ce sont eux qui décident lesquelles ils veulent acquérir. Nous avons une liste de plus de 80 cours à leur proposer.

A. N.: Que répondez-vous à celles et ceux qui ne sont pas intéressés par les solutions que vous avez apportées?

G. L.: C’est leur droit de ne pas être d’accord. Nous donnons des options. Les personnes concernées ont aussi celle de ne rien faire. La décision leur revient, c’est leur responsabilité. Ce qui est certain, c’est qu’en tant que ministre, cette problématique du trou noir est l’une de mes principales priorités parce qu’elle touche directement les gens, et plus particulièrement les gens vulnérables.

Propos recueillis par Vincent Pichard