Jardinage: quelques erreurs à éviter

Alors que les derniers gels du printemps approchent, l’Acadie Nouvelle a interviewé le Dr Jean-Pierre Privé, physiologiste végétal, afin de s’attaquer aux erreurs communes de jardinage en Acadie.

Son premier conseil? Éviter de trop labourer sa terre.

L’ancien directeur la ferme de recherche H. J. Michaud de Bouctouche est souvent abordé par des gens qui tentent de comprendre pourquoi leur potager est de moins en moins productif. Dans bien des cas, il s’agit d’individus qui font un usage excessif du rotoculteur.

«S’il y a une chose que je veux que les Acadiens et Acadiennes gardent en tête, c’est qu’il faut arrêter de passer le rotoculteur pour embellir son jardin. Ça détruit la structure du sol.»

Celui qui détient un doctorat de Guelph University mentionne que certains passent le rotoculteur deux ou trois fois avant la semence. Ils le passent encore une fois à l’automne, après la dernière récolte.

C’est trop, selon lui. Bien que le rotoculteur donne une allure légère et moelleuse à la terre, il a plutôt l’effet de «changer le sol en béton».

«On homogénéise tellement les particules du sol qu’il va y avoir de la compaction, et on se retrouve avec des problèmes d’aération.»

Le seul temps où il faut passer le rotoculteur, selon M. Privé, est quand on veut incorporer de la matière organique au sol, que ce soit «du compostage, des vieilles feuilles, du fumier, de la tourbe, etc.»

«Et quand on le fait, il ne faut pas traiter le rotoculteur comme un blender (mélangeur). On n’a pas besoin de le faire tourner à 1000 répétitions la minute. On veut juste l’incorporer doucement dans le séant avant de planter.»

Il ajoute que tourner sa terre à la main peut être suffisant pour incorporer la matière organique à la terre si son jardin n’est pas trop grand. Il mentionne aussi que le rotoculteur peut être utile dans le cas d’un tout nouveau jardin, où l’on brise la pelouse.

Bien planifier son jardin

Avant de mettre la main à la pâte, les gens ont intérêt à se poser quelques questions de base: on plante quoi, pour qui, où et quand?

Ces questions permettront entre autres de découvrir quelles plantes on doit semer à l’intérieur avant le dernier gel. Par exemple, si on a l’intention de planter des tomates, explique M. Privé, on ne peut pas planter la graine directement dans le sol au Nouveau-Brunswick, car le climat de la région ne le permet pas. On doit donc acheter des plants ou planter ses graines à l’intérieur vers le début mars.

Une bonne planification permet aussi d’avoir plus de succès d’une année à l’autre, surtout chez les jardiniers apprennent à maîtriser les principes de la rotation des cultures.

«On ne peut pas planter la même espèce à la même place chaque année. Les gens ont besoin de faire leurs études pour savoir quoi planter après qu’on ait planté telle ou telle plante.»

Par exemple, on ne doit pas planter des tomates dans un espace où l’on avait planté des patates l’année précédente. Les deux espèces font partie d’une seule famille, celle des solanacées (qui comprend aussi les aubergines et les piments).

«On ne peut pas planter des patates, et l’année suivante des tomates à la même place, parce qu’on va encourager la maladie.»

Les magasins de jardinage vendent habituellement des livrets contenant de l’information sur la planification de jardins.

Commencer petit, et jardiner avec ses petits

Une autre erreur commune, selon le Dr Jean-Pierre Privé, physiologiste végétal, est de cultiver une trop grande superficie de terre, particulièrement quand on est encore débutant. Les jardiniers ont intérêt à peaufiner leur technique sur un plus petit lot avant de planter un gros jardin.

«Je dis aux gens: commencez petit. Faites que ça soit un vrai plaisir à être dehors à travailler. Si vous allez trop grand, trop vite, avec trop de différentes cultures, vous allez vous frustrer et vous décourager.»

M. Privé souligne les qualités thérapeutiques de «travailler avec le sol et les plantes». Il encourage les parents à introduire la pratique à leurs petits.

«On devrait éduquer nos jeunes enfants. Il n’y a presque plus d’enfants qui sont exposés à ça.»

M. Privé reconnaît que les gens ont de moins en moins de temps pour planter leur propre jardin. Il rappelle cependant qu’on n’a pas besoin de planter un grand jardin «pour faire de belles choses».