La belle histoire de deux immigrants belges à Moncton

Émigrer à Moncton et y travailler en français: un rêve impossible? Pas pour Nadège Durant et Andy Demaret, un jeune couple originaire de Belgique établi dans le coin depuis près de trois ans. L’Acadie Nouvelle est allée à leur rencontre.

Il vente à écorner des boeufs près de la cathédrale, sur la St. George, lundi en début d’après-midi.

– Acadie Nouvelle: Pascal Raiche-Nogue

Nadège et Andy sont assis face à face dans un petit café du coin un morceau de gâteau de fromage entamé entre eux.

C’est là que nous avons rendez-vous avec ces deux immigrants de 29 et 32 ans, qui sont derrière le blogue «Deux Belges au Nouveau-Brunswick» (un modeste projet surtout destiné à raconter leurs péripéties de ce côté de l’Atlantique à leurs proches).

C’est là qu’ils ont publié le billet intitulé «Vivre en français au NB», la semaine dernière, dans laquelle il déboulonnent l’idée relayée par certains voulant que l’on peut vivre, mais pas travailler en français à Moncton.

«Tu vas me rétorquer: “tu es l’exception qui confirme la règle.» Je te réponds non, mon chum vit et travaille en français également. Tu me dis: “Oui, mais vous avez cherché à travailler absolument en français. Vous aviez peut-être des pistons.” Je te réponds de nouveau non. On ne connaissait personne avant de venir et nous n’avions pas dans l’idée de travailler uniquement en français», peut-on y lire.

Leur histoire d’intégration réussie, qui apporte un point de vue différent de celui d’immigrants qui ont eu pas mal plus de misère à se trouver du boulot en français, a rapidement été relayée par plusieurs Acadiens dans les réseaux sociaux.

«C’était juste un sentiment qu’on avait. On se disait; ok, il faut qu’on puisse donner notre version des choses même si chacun a son expérience», explique Nadège en entrevue.

Elle ne veut rien enlever nouveaux arrivants dont l’intégration a été moins facile que la leur (pour diverses raisons). Elle et son mari souhaitaient simplement à ajouter leur grain de sel à la réflexion en partageant leur point de vue, selon elle.

Une idée née lors d’une foire à Bruxelles

Nadège et Andy n’étaient pas destinés à s’établir au Nouveau-Brunswick. Tous les deux dans la vingtaine et diplômés jusqu’aux oreilles, ils ne parvenaient pas à se trouver d’emploi dans leur secteur, soit la culture et les arts.

Nadège Durant et Andy Demaret sont établis à Moncton depuis 2015. Ils vivent et travaillent aujourd’hui en français dans cette communauté pourtant à majorité anglophone. – Acadie Nouvelle: Pascal Raiche-Nogue

«Assez rapidement, on s’est rendu compte qu’on ne trouverait pas notre place en Belgique, que les secteurs dans lesquels on voulait travailler étaient complètement bouchés», explique-t-elle.

Ils pensaient partir, mais ne savaient pas trop où. Nadège s’intéressait au Canada en général, tandis qu’Andy était plus attiré par le Québec.

Le Nouveau-Brunswick est apparu sur leur radar lors d’une foire à Bruxelles.

«À ce moment, on ne connaissait pas le Nouveau-Brunswick, à part que c’était une province. Et là, on a rencontré cette dame-là qui nous a parlé du Nouveau-Brunswick.»

Assez rapidement, ils ont choisi d’aller s’établir dans cette petite province canadienne située sur la côte est, attirés par ce qu’on leur avait présenté lors de cette foire.

«C’était un peu vague. Mais l’image qui m’a touchée beaucoup, c’est l’image d’une province avec une bonne hygiène de vie; pas de stress, les gens qui sont aimables et accueillants. C’est l’image qu’elle m’a bien représentée, que j’ai retenue et qui, je trouve, fonctionne», dit Andy.

Ils ont entamé leurs démarches afin d’émigrer en 2014. Dès le départ, ils savaient qu’ils allaient débarquer dans une province bilingue. Même si leur connaissance de l’anglais était sommaire, cela ne leur a pas fait peur.

«On s’attendait plutôt à avoir un emploi bilingue. On s’attendait au fait que l’on doive faire un effort pour essayer d’apprendre l’anglais et pour trouver un poste.

Le réseautage, l’une des clés de l’intégration

En octobre 2015, ils ont fait le saut et se sont établis à Moncton. Rapidement, ils ont commencé à suivre des cours d’anglais et à faire du bénévolat pour se monter un réseau.

«Moi, tout de suite, je me suis lancée dedans. Je voulais faire du bénévolat dans ma branche. C’est comme ça que j’ai rencontré mon employeur actuel (soit le Conseil provincial des sociétés culturelles)», explique Nadège.

Andy, qui reconnaît être un peu moins porté à aller vers les gens que son épouse, est passé par un autre chemin, optant pour une recherche d’emploi plus traditionnelle.

«J’ai fait des cours d’anglais, comme Nadège. J’ai fait un peu de bénévolat, mais c’était un peu plus compliqué parce que je suis plus réservé. Je sais bien qu’ici, tout fonctionne par réseautage et ce n’est pas vraiment mon point fort.»

De contrat en contrat (dénichés dans certains cas grâce au réseau de son épouse), de demande d’emploi en demande d’emploi, il s’est monté une vie professionnelle en français, à son propre rythme.

Il travaille aujourd’hui à l’accueil du Centre des arts et de la culture de Dieppe en plus de travailler comme moniteur de langue dans des écoles francophones de la région. Il donne aussi des cours d’art au privé.

À Moncton pour y rester

Nadège et Andy racontent que leur intégration ne s’est tout de même pas faite sans la moindre difficulté.

Ils ont notamment parfois trouvé que les organismes d’accueil n’étaient pas trop au courant des programmes disponibles. Ils se sont aussi parfois sentis laissés à eux-mêmes.

Et ils n’ont pas décroché un emploi immédiatement. Il leur a fallu un certain temps pour atteindre leur objectif de travailler dans leur domaine.

«Nous, c’était le critère numéro un. On ne resterait pas dans la province si on n’avait pas un travail – même en commençant en bas de l’échelle – qui correspond un tant soit peu à notre domaine; la culture, l’enseignement et les arts. On a trouvé, c’est bon», dit Nadège.

Maintenant qu’ils se sont placés, ils peuvent penser à la suite des choses. Une suite qui va se passer à Moncton, disent-ils. Pas question pour l’instant de se servir de Moncton comme une passerelle vers les grands centres.

«Pour nous, ils n’ont pas à s’inquiéter, je dirais, parce qu’on regarde pour s’acheter une maison dans la région», conclut Andy en souriant.

Lui et son épouse n’en sont sûrement pas à leur dernier gâteau au fromage sur la St. George.