Pêche au sébaste: fin du moratoire

À quand la réouverture de la pêche au sébaste dans le golfe du Saint-Laurent? C’est la question que se posent des associations et des pêcheurs du Nouveau-Brunswick, du Québec, de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador.

La bonne nouvelle, c’est qu’un consensus a été atteint entre le ministère des Pêches et Océans du Canada et un groupe de représentant de pêcheurs qui inclut notamment la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (FRAPP), l’Association des capitaines propriétaires de la Gaspésie (ACPG) et la Fish & Food Allied Workers (FFAW). Un comité consultatif a eu lieu le 10 mai à Halifax à cet effet.

Le gouvernement a accepté de lever son moratoire pour permettre l’ouverture graduelle de la pêche au sébaste. L’interdiction de pêcher était en place depuis 1995 alors que le ministère jugeait que l’une des deux espèces (le sébaste mentella) était en voie de disparition, tandis que l’autre (le sébaste fasciatus) était menacée.

Toutefois, la réouverture de la pêche au sébaste n’est pas chose faite. S’il y a eu un consensus pour une ouverture dès cette année, les conditions posent toujours problème et les discussions achoppent.

Le directeur général de la FRAPP, Jean Lanteigne, suit le dossier de près et soulève plusieurs questions.

«Nous on aimerait le pêcher à raison de 4500 tonnes pour la première année (cette année) et puis 8500 tonnes la deuxième année (2019). Mais, lorsqu’on sait comment le ministère fonctionne, avant que le compte rendu de la réunion soit rendu au ministère et qu’il légifère… On va être rendu à quand?»

La quantité n’est pas le seul point en litige. La dimension du poisson pose aussi un problème. Actuellement, il est estimé qu’environ 55% de la biomasse mesure 22 cm, la taille minimale pour le pêcher. Le gouvernement de son côté aimerait que les pêcheurs attendre qu’il atteigne 25 cm, taille à laquelle il atteint la maturité sexuelle. À long terme, la FRAPP souhaiterait pouvoir pêcher entre 80 et 105 milles tonnes de sébaste d’ici cinq ans.

Le sébaste, qui pèse en moyenne une livre par poisson, se vend entre 20 et 90 cents la livre.

Les marchés d’exportation du Canada sont l’Islande, la Norvège et la Russie.

Avant l’imposition du moratoire, le sébaste était transformé (en filets) dans au moins deux usines de la Péninsule acadienne (une à Caraquet et une autre à Lamèque).

Si la FRAPP se fait insistante pour une ouverture hâtive, c’est que le sébaste est un poisson extrêmement gourmand qui se nourrit principalement de crevettes. Ce phénomène fait rager les crevettiers, indique M. Lanteigne. À ce jour, on retrouve la majorité de cette population dans la région de Sept-Îles, endroit prisé par les crevettiers. Une estimation très conservatrice chiffre la population à 2,5 millions de tonnes.

« Notre problème, c’est que le sébaste est un très grand prédateur de la crevette. Il fait des ravages dans le golfe en ce moment. On dit que le sébaste a mangé 169 mille tonnes de crevettes l’an passé. Nous, on en pêche 25 milles par année. »

La forte présence de sébaste dans cette région a fait en sorte que les crevettiers de l’endroit ont vu leur quota radicalement disparaître. Le gouvernement a coupé de 60% le quota total permis.

Finalement, les autres grandes questions qui persistent sont qui et comment? L’industrie est quasi inexistante dans la région depuis le moratoire de 1995. Si M. Lanteigne croit qu’il y a entre 100 et 120 bateaux utilisables pour ce genre de pêches dans les provinces atlantiques et au Québec, dont une vingtaine dans la région, reste à voir si les propriétaires d’usines et les pêcheurs voudront s’engager puisqu’il faut pratiquement recommencer à zéro.

«On va se croiser les doigts et espérer avoir des réponses du ministère assez rapidement, mais on n’est pas naïf de croire que ça va se faire le 1er juin. C’est un processus qui est lent, surtout qu’il s’agit de la réouverture d’une pêche qui est sous moratoire.», souligne-t-il.

Un retour «miraculeux»

Depuis l’imposition du moratoire en 1995 par le gouvernement fédéral, tous ou presque croyaient la pêche au sébaste condamnée à jamais.

Jean Lanteigne, directeur général de la FRAPP explique que pour qu’il se reproduise, le sébaste doit avoir «des conditions qui sont rares et exceptionnelles».

Conditions qui se sont «miraculeusement produites» en 2011.

«En 2011, selon les scientifiques, il y a eu des conditions idéales de reproduction. C’était presque un miracle. Tout le monde considérait que la pêche était finie pour de bon», explique-t-il.

Contrairement à des espèces plus connues comme les crustacés, le sébaste ne pond pas d’oeufs tous les ans. Par le passé, le recrutement (la ponte des oeufs) a connu deux moments forts.

D’abord, dans les années 1970 et ensuite dans les années 1990. À l’époque, les débarquements ont atteint 46 000 tonnes et 82 000 tonnes respectivement, atteignant un plateau de 136 000 tonnes en 1973.

Le moratoire de 1995 a quant à lui été instauré parce qu’entre les années 1977 et 1994, la moyenne se situait autour des 37 000 tonnes, quantité jugée insuffisante pour continuer la pêche.

Ce qu’il faut savoir du sébaste, c’est qu’il croit de 2 cm par an pour les premières 10 années, et puis d’un centimètre les années suivantes alors qu’il est adulte. Le sébaste fasciatus a une espérance de vie estimée à 40 ans, tandis que le sébaste mentella peut vivre aussi vieux que 75 ans.