Inondations: mieux vaut prévenir que guérir

Élévation du niveau de la mer, tempêtes, changements brusques de température, les inondations se multiplieront sous l’effet des changements climatiques. Comment les communautés peuvent-elles se préparer à une telle réalité?

À la suite de la crise qui a touché le sud de la province, le gouvernement a annoncé que les personnes souhaitant construire à moins de 30 mètres des cours d’eau devront désormais prendre de nouvelles mesures de protection.

L’initiative est bien reçue par plusieurs spécialistes impliqués dans l’adaptation aux changements climatiques.

«Les inondations nous coûtent de plus en plus d’argent, souligne Sébastien Doiron. Directeur de l’urbanisme à la Commission de services régionaux du Sud-Est (CSRSE).

«La province doit faire preuve de vigilance et éviter que n’importe quel développement se fasse dans des zones vulnérables.»

Or, la réglementation reste beaucoup moins stricte dans les régions côtières. Actuellement il n’existe aucune loi provinciale empêchant le développement dans les zones inondables en bord de mer.

Le gouvernement a développé une Politique sur la protection des zones côtières qui prévoit une zone tampon de 30 mètres, mais celle-ci n’a pas force de loi.

«Dans les DSL qui n’ont pas de réglementation locale, il n’y a rien qui existe pour empêcher les constructions qui ne prévoient pas l’élévation du niveau de la mer. Si les constructions ne changent pas, il va y avoir chaque année des frais à payer pour les inondations», avertit Benjamin Kocyla, directeur de la planification à la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne (CSRPA).

«La province pourrait aller plus loin, mais ne le souhaite pas. Le ministère de l’Environnement nous a clairement dit qu’il n’y a pas de volonté politique pour créer un nouveau cadre réglementaire au Nouveau-Brunswick.»

Le Sud-Est prend de l’avance

Face à la menace, les municipalités peuvent tenter d’éloigner le développement des zones inondables, opter pour des mesures de protection (digues, recharges des plages, restauration des terres humides) ou imposer certaines normes de construction.

En 2011, la communauté rurale de Beaubassin-Est était la première à imposer une hauteur minimale pour les bâtiments. Le règlement exige que la partie habitable de toute nouvelle construction se trouve à au moins 1,43 mètre au-dessus de la ligne d’inondation se produisant une fois tous les 100 ans.

Depuis, des règlements similaires ont été adoptés par presque toutes les municipalités du Sud-Est présentes sur le territoire de la CSRSE.

La commission s’est également associée avec l’Université d’Ottawa pour modéliser les risques d’inondations à l’intérieur des terres. Évaluer le risque d’inondation près des cours d’eau est plus difficile que dans les zones côtières, reconnaît Sébastien Doiron.

«Le relief, la fonte des neiges… Il y a une tonne de paramètres à prendre en compte, c’est très compliqué», dit-il.

Ces prévisions permettront aux urbanistes de mieux cibler les règlements à l’avenir.

«On ne veut pas créer un fardeau pour les promoteurs et empêcher le développement, on veut s’assurer que le développement se fasse au bon endroit pour éviter les pertes financières», insiste Sébastien Doiron.

De multiples initiatives dans la Péninsule

Dans la Péninsule acadienne, l’Institut de recherche sur les zones côtières (IRZC) a réalisé des projections d’inondation en cas de tempête dans chacune des communautés côtières.

Le travail des chercheurs consistait à identifier les zones à risque avant de proposer des mesures pour minimiser les risques.

«Chaque municipalité avance à son rythme en fonction de ses peurs et des volontés du conseil municipal», explique Benjamin Kocyla.

En 2016, la Ville de Shippagan a modifié son arrêté de zonage pour imposer une zone de retrait inconstructible délimitée par la position projetée du trait de côte en 2100. Aucune nouvelle construction n’est permise dans les zones touchées par l’érosion.

Dans les quartiers risquant d’être inondés en cas de tempête du siècle, la municipalité impose un premier plancher habitable ou commercial situé à une hauteur supérieure à 3,1 m.

Particulièrement menacé par l’érosion et les inondations côtières, le village de Le Goulet mène depuis plusieurs années un projet de restauration des dunes.

«Ils ont récupéré du sable lors de travaux dans les ports pour le déposer sur la dune et éviter que cette protection naturelle ne disparaisse. Pour consolider la butte, ils ont transplanté de la végétation qui colonise cet habitat», détaille Mélanie Aubé, chercheuse à l’IRZC et coordonnatrice du Projet Adaptation PA.

Les résidents de la Péninsule n’ont pas tous attendu de nouveaux règlements pour se prémunir du risque, fait remarquer Mélanie Aubé.

«Certains ont déjà construit des chalets sur pilotis, d’autres ont installé des batardeaux, des barrières qui permettent d’imperméabiliser temporairement une entrée», dit-elle.