À 5$ la livre, les homardiers sont «frustrés»

Les homardiers du Nord-Est dénoncent la «culture du secret» qui entoure les négociations sur les prix offerts aux pêcheurs. L’inconstance sur les quais et des prix jugés généralement trop bas causent des frustrations.

Sur la majorité des quais de la zone 23, qui s’étend de Pointe-Sapin à Dalhousie, les pêcheurs reçoivent 5,00$ la livre pour le homard de moins de 81mm (canner), et 5,50$ la livre pour le plus gros (market). Il s’agit de prix 2$ plus bas qu’à pareille date l’an dernier, et 1$ plus bas que le 18 mai 2016.

Plusieurs pêcheurs ont appris qu’ils recevront un ajustement de 65 cents la livre, à la fin de la saison.

Sur certains quais, par contre, les homardiers ne reçoivent que 4,50$ la livre pour le homard de petite taille, et 5,00$ la livre pour le gros.

Emmanuel Moyen, organisateur à l’Union des pêcheurs des Maritimes, qualifie un tel prix de «ridicule». Il affirme que selon l’information à sa disposition, les homardiers devraient recevoir au moins 5,65$ et 6,15$ la livre.

«Quand on entend parler de 4,50$ et 5$, c’est ridicule. Le marché aujourd’hui, ce n’est pas ça qu’il annonce. Il n’y a pas d’inventaire – il y a un peu de chair -, mais les marchés sont bons.»

M. Moyen dénonce la culture du secret qui s’est installé sur les quais du Nord-Est, affirmant que cette année est pire que les autres. Certains pêcheurs reçoivent peu d’information sur les prix, alors que ceux qui en obtiennent ne veulent pas la partager par peur de perdre des primes promises par leurs acheteurs.

Le résultat: «un pêcheur reçoit 65 cents la livre de moins qu’un autre qui pêche au même quai», et «un transformateur ou un acheteur a jusqu’à trois prix différents pour le même homard».

«Il n’y a plus de raison d’avoir une culture du secret comme ça. Peut-être qu’avant, on pouvait justifier en disant qu’une année à l’autre la ressource fluctuait largement. Mais les mesures prises pour améliorer la ressource, que ce soit l’ensemencement, le programme de rachat, la taille minimale, le récif artificiel et autre, ont créé une stabilité qui va être là pour plusieurs années.»

«Au niveau de la ressource, il n’y a plus d’inquiétude. Au niveau de la gestion, c’est ça qu’il manque. Et ce n’est pas aux pêcheurs de faire les frais du manque d’organisation des transformateurs. Les pêcheurs sont frustrés, et ils ont raison de l’être.»

M. Moyen encourage les pêcheurs à retourner à la table des négociations avec leurs acheteurs.

«Ce qu’on donne comme message aux pêcheurs est que s’ils sont 15 ou 20 qui vont à un acheteur, qu’ils se donnent deux représentants pour leur expliquer que c’est inacceptable la façon dont on les traite.»

«Il y a des limites à se baisser la tête et à dire qu’il n’y a rien qu’on peut faire.»

Le ministère de l’Agriculture et des Pêches de l’Île-du-Prince-Édouard a publié des données sur les prix du homard pour la semaine se terminant le 12 mai. Les pêcheurs de l’Île ont reçu 5,00$ à 5,50$ la livre pour le petit homard, et 6,00$ à 6,50$ la livre pour le gros.

Toujours selon le gouvernement prince-édouardien, les homardiers de la Nouvelle-Écosse ont reçu 5,50$ la livre pour le petit homard, et 6,50$ à 7,00$ la livre pour le gros. Les pêcheurs de Terre-Neuve-et-Labrador ont reçu 6,08$ la livre pour le homard market.

Les pêcheurs de homard de la zone 23 ont pris le large au début de la semaine dernière. La saison de pêche se poursuit jusqu’au 7 juillet.