Maisons pour jeunes en difficulté: des citoyens de Dieppe en ont ras-le-bol

Une citoyenne de Dieppe ne veut plus laisser sa fille jouer dehors depuis qu’une résidence pour jeunes aux prises avec des troubles comportementaux et émotionnels a ouvert ses portes à deux pas de chez elle.

Impact jeunesse opère des foyers résidentiels pour jeunes en difficulté et sous la protection du ministère du Développement social depuis 1985 au Nouveau-Brunswick. La toute dernière maison de l’organisme a ouvert ses portes sur la rue Thomas à Dieppe en avril.

Le programme d’Impact jeunesse à Dieppe offre des services aux jeunes de 10 à 18 ans ayant des difficultés comportementales et émotionnelles. Un maximum de trois jeunes peuvent y être hébergés en tout temps et il y a un intervenant par enfant, assure le directeur de l’organisme, Mel Kannah.

Néanmoins, la police est régulièrement appelée sur les lieux, affirme une voisine de la résidence qui désire garder l’anonymat. Photos à l’appui, elle explique que la police est intervenue cinq fois depuis le 14 mai.

«J’ai déjà été une famille d’accueil, il y a longtemps. Mais là, ça fait six semaines qu’ils sont là et la police était là lundi soir (14 mai), mercredi, vendredi, dimanche et lundi. Ce n’est pas qu’une voiture, ce sont deux voitures et une ambulance», a confié la citoyenne de Dieppe.

Impact jeunesse reconnaît que la police peut intervenir souvent durant une certaine période de temps. Généralement, il s’agit d’une phase et ensuite, les forces de l’ordre ne seront pas appelées durant plusieurs mois.

«C’est très rare que la police soit appelée en raison d’un acte criminel. La plupart du temps, la police est appelée pour aider des employés à stabiliser une jeune personne», explique M. Kannah.

La voisine de la résidence dit aussi entendre des insultes et des menaces qui se font crier à tue-tête. Elle ne veut pas que sa jeune fille soit exposée à ce genre de langage.

«Quand ils crient des mauvais mots, je les entends. Je ferme mes vitres parce que j’ai une petite à la maison qui entend ça à la journée».

Un autre voisin de la nouvelle résidence pour jeunes en difficulté s’en fait aussi pour son enfant, surtout en raison d’un manque d’information.

«J’ai un enfant qui a 8 ans. Je le laisse un peu vagabonder dans la rue pour aller voir ses amis. Donc, pour l’instant, c’est plus une question de sécurité. On n’en sait pas trop sur cette maison. On nous a dit plusieurs choses différentes. On ne sait pas ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas», a indiqué le père de famille.

M. Kannah soutient que les voisins n’ont rien à craindre des jeunes bénéficiaires de leur programme à Dieppe. Ce ne sont que des personnes qui surmontent des épreuves et qui ont besoin d’aide.

«Souvent, les personnes qui sont avec nous vivent des moments très difficiles et ils sont plus enclins à être la victime d’intimidation que d’être l’intimidateur. Ils doivent faire face à des problèmes d’estime de soi, mais chacun d’entre eux a des occasions de les surmonter et de s’épanouir. Ils ont cependant besoin beaucoup d’appui», a précisé le directeur général de l’organisme.

Une douzaine de citoyens du secteur se sont «fortement» opposés à l’ouverture de la résidence lors d’une réunion du comité consultatif en matière d’urbanisme de la ville de Dieppe en janvier. Ils ont entre autres demandé à la Ville de Dieppe d’exiger que leur nouveau voisin érige une clôture pour les séparer, ce à quoi Impact jeunesse a acquiescé.

«Nous n’arrivons pas normalement dans une communauté en construisant des clôtures, mais nous ne nous opposerons pas à ça. Alors, nous acceptons cette condition».

Des résidents craignent aussi une diminution de la valeur de leur maison. En fait, la citoyenne interviewée par l’Acadie Nouvelle affirme que son bien a déprécié de 10 000$ depuis que la maison a été achetée pour Impact jeunesse.

«Souvent les gens ont des préoccupations quant à la valeur de leur propriété et de la sécurité du quartier et normalement, avec le temps, ces préoccupations disparaissent. Il faut simplement être patient avec nous et nous allons travailler très fort pour être de bons voisins et appuyer la communauté», insiste M. Kannah.

Le but du programme à Dieppe est d’enseigner de nouvelles compétences aux jeunes pour favoriser l’autonomie. Ces jeunes doivent s’intégrer dans la communauté. Ils vont aux mêmes écoles et utilisent les services communautaires que les autres citoyens de la région.