Baleines noires: de nouvelles fermetures frappent les pêcheurs

Le ministère des Pêches et des Océans annonce la fermeture de deux autres quadrilatères de pêche. Ils s’ajoutent aux quelque 20 000 kilomètres carrés dans le cœur du golfe du Saint-Laurent déjà fermés aux activités des crabiers.

Les quadrilatères en question sont situés juste à l’est des zones fermées depuis la semaine dernière en raison de l’observation de baleines noires. La fermeture est d’une durée minimale de 15 jours.

Au total, 44 quadrilatères de pêche sont interdits à la pêche de crabe des neiges. Ils comprennent 16 quadrilatères assujettis aux fermetures dynamiques – déclenchés par l’observation de baleines – et 28 de la zone statique fermée depuis le 28 avril. Certaines des zones de fermeture plus près des côtes touchent aussi les pêcheurs de homard.

Alors que les zones de fermeture se multiplient, le risque que des pêcheurs de crabe des neiges n’arrivent pas à atteindre leur quota ne cesse de grandir. Un peu moins de 60% du total admissible des captures global a été pris, mardi matin. Certains pêcheurs moins chanceux ont seulement capturé 40% de leur contingent.

«Certains pêcheurs vont atteindre leur contingent, alors que d’autres seront loin de l’avoir atteint», explique Jean Lanteigne, directeur général de La Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (la FRAPP).

Si les pêcheurs sont déçus que l’arrivée des baleines ait déclenché une série de nouvelles fermetures de zones de pêche, ils ne peuvent pas dire qu’ils sont surpris.

«Le sentiment qu’on a, c’est que ça arrive comme on pensait que ça arriverait. Les baleines ne sont pas comme des vaches dans un parc attaché avec un piquet et une corde: ils vont où ils veulent. Dès qu’ils se mettent à se promener à gauche et à droite, ça va fermer tout le territoire.»

M. Lanteigne souligne que les équipes de surveillance du ministère des Pêches et des Océans ont observé des baleines au large de Halifax et du Cap-Breton dans les jours avant qu’ils arrivent dans le golfe du Saint-Laurent. Ottawa aurait donc eu les outils nécessaires pour garder la pleine zone de pêche ouverte jusqu’à leur arrivée au large du Nouveau-Brunswick.

En procédant ainsi, les crabiers de la province auraient pu pêcher presque trois semaines dans la zone de fermeture statique.

À l’heure actuelle, «on aurait probablement presque terminé la pêche», selon M. Lanteigne.

Dans les usines de transformation, l’inquiétude continue de grandir. De plus en plus d’employés craignent qu’ils n’arrivent pas à accumuler assez d’heures pour obtenir des prestations d’assurance-emploi.

«Les heures de travail ne sont pas là comparativement aux années précédentes. Un propriétaire d’usine m’a expliqué que les débarquements ne sont tout simplement pas là», affirme Euclide Haché, représentant du Syndicat des métallos pour le nord de la province.

«La crainte est grosse chez les travailleurs. Tout le monde se croise les doigts», ajoute celui qui représente environ 450 travailleurs des usines Ichiboshi et Pêcheries Baie Chaleurs.

Les zones de fermeture dans le golfe du Saint-Laurent, mardi. Le grand carré jaune représente la zone de fermeture statique (où ont été observées la plupart des baleines noires l’année dernière). Les carrés rouges sont fermés à la pêche, tandis que les zones orange demeurent ouvertes, mais seront fermées pour au moins 15 jours si des baleines y sont observées. Capture d’écran.

Fermetures en vigueur le 31 mai

Les interdictions de pêche ont été adoptées afin de tenter d’éviter que l’hécatombe de l’année dernière se répète.

En 2017, 12 baleines noires de l’Atlantique Nord sont mortes dans le golfe Saint-Laurent. Cette espèce est menacée de disparition et il n’en reste qu’environ 450 individus dans le monde.

Des nécropsies effectuées sur quelques carcasses de baleines ont permis de faire la lumière sur cette affaire. Les résultats ont démontré que l’enchevêtrement avec les filets de pêche et les collisions avec les navires ont entraîné la mort de certains de ces énormes mammifères menacés.

Ottawa a décidé d’agir et a notamment imposé des limites réduites de vitesse pour les navires dans le golfe.

Le gouvernement a aussi choisi de fermer une grande zone de 14 000 kilomètres carrés à la pêche, là où avaient été aperçues la plupart des baleines noires l’année dernière. La zone restera fermée, peu importe si des baleines y sont aperçues cette année ou non. C’est ce que l’on appelle la «zone de fermeture statique».

En plus de cette mesure, d’énormes secteurs ont été placés sous surveillance dans la région. Si des baleines y sont observées, la pêche sera automatiquement fermée dans le quadrilatère avoisinant pour au moins 15 jours. C’est ce que l’on appelle des «fermetures dynamiques».

Les fermetures touchent les activités des pêcheurs de crabe des neiges, de crabe hyas, de crabe commun, de homard et de buccin. Les fermetures s’appliquent aussi pour la pêche aux engins fixes de la plie rouge, du flétan de l’Atlantique et du flétan du Groenland, lorsque les engins sont laissés sans surveillance.

Les plus récentes fermetures entrent en vigueur le 31 mai à 16h. Les pêcheurs ont jusqu’à cette heure à enlever leurs engins de pêche de la zone. Le ministère a allongé le délai de fermeture habituel de 72 heures de 24 heures en raison de vents forts prévus.

Les zones de fermeture dans le golfe du Saint-Laurent, mardi matin. Le grand carré jaune représente la zone de fermeture statique (où ont été observées la plupart des baleines noires l’année dernière). Les carrés rouges sont fermés à la pêche, tandis que les zones orange demeurent ouvertes mais seront fermées pour au moins 15 jours si des baleines y sont observées. Capture d’écran