Nouveau code vestimentaire: une école de Dieppe s’attire des critiques

L’école Mathieu-Martin de Dieppe prend les grands moyens pour contrôler le linge porté par ses élèves et plus particulièrement par les jeunes filles. Certains trouvent que la direction y va trop fort et qu’elle cible les adolescentes.

Dans un courriel aux parents envoyé lundi, la direction leur présente les grandes lignes du code vestimentaire de l’établissement et leur dit qu’il entrera en vigueur le lendemain.

En gros, tout vêtement qui permet de voir les épaules, le dos, l’abdomen, le haut des cuisses et les fesses est strictement interdit. Quelques vêtements sont ciblés sans détour

C’est le cas des chandails «tube top» et «off the shoulder», des vêtements transparents, des robes moulantes ainsi que des culottes courtes ou des robes ne couvrant pas les fesses et «une partie de la cuisse.» Et finalement, il est indiqué que «les débardeurs doivent couvrir le corps.»

Le code vestimentaire prévoit que lorsqu’un élève est pincé vêtu d’un article se trouvant sur la liste noire, un «membre de la direction rencontre l’élève le plus rapidement possible et lui demande de se couvrir».

Si l’élève refuse de se plier à cet ordre, «il sera suspendu à l’externe et une communication avec les parents aura lieu avant la réintégration de l’élève», lit-on dans la présentation PowerPoint envoyée aux parents.

«Ça va un peu trop loin»

Johanne Blanchard, mère de deux élèves à l’école Mathieu-Martin, a fait le saut en ouvrant ce courriel de la direction.

«On parlait même des choses que mes filles portaient parfois. Donc j’en ai parlé avec elles pour avoir leur opinion là-dessus. Et puis les deux ont trouvé que c’était beaucoup trop poussé, que c’était injuste et que ça ciblait les filles», explique-t-elle en entrevue avec l’Acadie Nouvelle.

Elle explique que ce n’est pas la première fois que l’école envoie de tels rappels. Chaque année, à l’approche de l’été, on rappelle aux élèves et aux parents qu’un code vestimentaire est en vigueur et qu’il faut se couvrir certaines parties du corps.

Cette fois, Johanne Blanchard trouve que la direction a fait preuve de zèle. «D’habitude on ne dit rien, parce que mes filles suivent le code et c’est correct. Mais là, je me rends compte que ça va un peu trop loin.»

Johanne Blanchard comprend mal comment des vêtements qui sont tout à fait acceptables dans un contexte familial et dans d’autres milieux pourraient ne pas l’être en classe.

«Je suis allée jouer aux quilles avec ma fille qui portait un petit blouson et qui permettait de voir ses épaules. Et moi, je trouvais ça totalement acceptable pour faire une sortie en famille. Donc de voir qu’elle ne pourrait pas porter ça à l’école et risquer de se faire expulser (si elle se fait pincer et qu’elle refuse de se couvrir), c’est fort!»

Elle remarque que la direction a clairement ciblé les vêtements qui sont particulièrement populaires chez les adolescentes cette année. Ce n’est pas par hasard s’il est question de «vêtements transparents» et de chandails «off the shoulder».

Elle note que la grande majorité des vêtements interdits sont particulièrement prisés des jeunes filles. Une décision qu’elle remet en question, puisqu’elle ne va pas du tout aider les jeunes adolescentes de l’école à être bien dans leur peau.

«Il y a de l’anorexie, il y a de la boulimie, il y a tellement de choses qui sont axées vers leur corps et qui leur disent qu’elles devraient faire telle chose. Je me dis que ce n’est pas à l’école de leur imposer encore d’autres restrictions ou d’autres façons d’être. Surtout que c’est extrêmement ciblé aux filles et que ce n’est pas caché. C’est assez évident.»

Johanne Blanchard ajoute qu’elle croit qu’au lieu de jeter le blâme sur les filles et de les punir parce que leurs vêtements sont perçus par certains comme étant distrayants, il serait grand temps que l’on «responsabilise les garçons.»

La direction se drape dans le silence

L’Acadie Nouvelle a contacté les membres de la direction de l’école, mardi matin, pour tenter de les interviewer à ce sujet. Le directeur, Michel Power, a décliné notre demande.

Nous l’avons relancé pour au moins savoir comment le code a été élaboré, si les élèves de l’école ont été consultés et ce qui a changé par rapport aux versions précédentes du code vestimentaire. Bref, pour comprendre le contexte.

Il a refusé de nous donner quelque information que ce soit. «Non, je ne commenterai pas sur le sujet. Je ne répondrai pas à vos courriels sur le sujet. Désolé», nous a-t-il répondu.

Nous avons également tenté d’obtenir une entrevue avec le conseil des élèves. Notre demande a été refusée par l’enseignant responsable, qui a dit suivre la consigne de la direction.

Un code qui cible les jeunes filles

Johanne Blanchard n’est pas la seule à avoir remarqué que la majeure partie du code de l’école Mathieu-Martin cible des vêtements qui sont la plupart du temps portés par les filles.

La directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, Nelly Dennene, a aussi relevé cette particularité, qui ne lui plait pas particulièrement.

«Nous, le problème qu’on voit, c’est que plusieurs de ces phrases-là visent particulièrement les jeunes filles. (…) En visant spécifiquement les jeunes filles, on octroie un caractère sexuel à des vêtements qui n’en ont pas», explique-t-elle en entrevue.

Mme Dennene rapporte que des parents ont contacté le regroupement dans la foulée de l’envoi du code vestimentaire révisé afin de discuter de cette problématique.

Ils voulaient notamment savoir comment faire en sorte que les jeunes filles ne soient pas ciblées plus que les jeunes garçons et de comment discuter de façon productive avec la direction de l’école.

«Au final, les parents autant que la direction de l’école veulent créer un environnement inclusif. Donc les parents, c’est vraiment ça qu’ils nous demandaient: “qu’est-ce que je fais avec ça?”»