Code vestimentaire de Mathieu-Martin: le directeur donne sa version des faits

Le directeur de l’école Mathieu-Martin brise le silence sur le nouveau code vestimentaire en vigueur dans son établissement. La politique n’est pas sexiste, se défend-il.

L’école secondaire francophone de Dieppe a récemment présenté son code vestimentaire mis à jour aux élèves et aux parents. Il n’est pas passé inaperçu, certaines personnes estimant qu’il cible injustement les jeunes filles.

C’est que la majorité des vêtements qui sont proscrits sont portés la plupart du temps par les adolescentes. C’est le cas des chandails qui ne couvrent pas les épaules et qui sont dépourvus de bretelles. C’est aussi le cas des robes moulantes, des culottes courtes qui ne couvrent pas au moins une partie de la cuisse et des vêtements transparents.

L’Acadie Nouvelle a approché la direction de l’école, mardi, pour tenter d’obtenir une entrevue à ce sujet. Le directeur, Michel Power a refusé nos demandes. Il s’est cependant ravisé, mercredi.

En entrevue téléphonique, il explique tout d’abord son silence lorsque nous l’avons contacté la première fois.

«Je me suis dit que le code vestimentaire, il y en a dans toutes les écoles. Pourquoi notre école serait ciblée tout d’un coup? Ça fait que j’ai décidé de ne pas répondre à vos questions, hier.»

Il raconte que le code vestimentaire de l’école Mathieu-Martin a été mis à jour au cours des derniers mois avec la collaboration du personnel enseignant et du conseil des élèves. Ce dernier a même offert la chance à ses membres de se prononcer, dit-il.

«Lorsqu’ils ont invité les élèves à donner leur opinion sur ce qui était acceptable ou pas acceptable, très peu d’élèves sont allés. On parle de cinq ou six élèves sur une population de 1000 élèves.»

Le conseil des élèves a par la suite présenté des recommandations, qui ont été évaluées en considération par la direction.Certaines d’entre elles ont été acceptées, d’autres non, dit-il.

Michel Power ajoute que le code vestimentaire a été mis à jour en tenant compte des conseils de la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick (FJFNB), qui a récemment publié un guide afin d’aiguiller les écoles.

Ce guide conseille entre autres aux écoles de ne pas cibler les filles plus que les garçons.

Michel Power explique que par souci d’inclusivité, la direction a choisi de ne pas publier de photos avec le code vestimentaire, comme le font d’autres écoles (et comme l’a fait Mathieu-Martin pas plus tard qu’en 2016 sur son site web).

Elle a aussi préféré établir des lignes directrices et identifier des vêtements sans les associer à un genre. Il est simplement question, par exemple, de robes moulantes et de débardeurs.

«Un garçon qui porterait une jupe trop courte, il aurait le même traitement qu’une fille qui porte une jupe trop courte. (…) Notre code n’est pas sexiste du tout», se défend Michel Power.

Il argumente que l’existence d’un code vestimentaire demeure importante pour cette école. Les membres du personnel doivent aussi le respecter, au même titre que les élèves, précise-t-il.

«Ce n’est pas un garage, ce n’est pas une salle de quilles, ce n’est pas un aréna, ce n’est pas un bar. Il y a une certaine rigueur. Les enseignants et les élèves s’attendent à ce que les gens se comportent et s’habillent de façon convenable.»

Une dizaine d’interventions

M. Power rapporte qu’aucun élève n’a été formellement suspendu pendant l’année scolaire en cours. Une dizaine d’entre eux ont cependant été rencontrés par la direction et on reçu la consigne de changer de vêtements dit-il.

Dans tous les cas, un parent est venu leur apporter du linge ou les élèves ont pu retourner à la maison se changer (dans le cas des élèves plus âgés qui disposent d’une voiture). Environ sept ou huit des élèves en question étaient des filles, selon Michel Power.

Il raconte d’ailleurs qu’il est intervenu pas plus tard que mercredi matin pour faire respecter le code vestimentaire, lorsqu’un jeune garçon était vêtu d’un débardeur doté de très grandes ouvertures pour les bras.

«J’ai rencontré le jeune et je lui ai dit “regarde, tu sais que tu ne peux pas avoir un chandail qui t’expose le côté de la bedaine”. Il a dit “je vais en mettre un autre”. Je lui ai dit “ok, qu’est-ce que t’as dans ton sac?” Il m’a montré, il en a mis un autre et c’étaitfini.»

Selon Michel Power, cela démontre que le code vestimentaire est tout à fait adéquat.

«Ça s’est arrêté là, je n’ai pas eu de chicane avec le jeune, je n’ai pas eu à le suspendre, je n’ai pas eu à me battre avec. Il a compris que ce n’est pas acceptable. On ne se promène pas la bedaine, le dos et le dessous des bras complètement dénudés.»