Foyers de soins: une coopérative acadienne ne peut plus rivaliser avec le privé

La Villa Providence a été fondée par des Acadiens il y a 50 ans à Shediac. Aujourd’hui, l’organisme à but non lucratif gère plus de 400 lits en foyer de soins répartis dans plusieurs communautés du N.-B. L’organisation est menacée en raison de «l’approche du gouvernement provincial».

Fredericton a récemment annoncé son intention de lancer un processus d’appel d’offres pour remplacer la Villa Providence de Shediac. Le foyer de soins de 190 lits est vieillissant. Le bâtiment est mal en point, même si ça ne paraît pas à première vue.

L’édifice ne correspond plus aux normes et le système de gicleurs montre les signes de son âge, mais ce n’est que la pointe de l’iceberg.

«Comme directeur général, j’ai peur que quelque chose arrive et que je doive trouver un autre emplacement pour mes 190 résidents. J’avais surtout peur l’hiver – l’été ce n’est pas si pire – parce qu’on ne peut plus avoir de pièces pour notre système de bouilloire (chauffage)», a expliqué Ronald LeBlanc.

L’administration de la Villa Providence a des plans et les fonds nécessaires pour construire un immeuble flambant neuf dont la première phase est évaluée à 50 millions $ et la deuxième, de 18 à 20 millions $.

«Ça fait six ans qu’on se bat pour avoir un nouveau foyer ici. On a déjà les fonds. On n’a pas besoin du gouvernement», a lancé le directeur général.

La construction pourrait commencer dès 2019. Tout est prêt, mais ce n’est pas entre les mains de l’administration de la villa.

Perte de permis

Le processus d’appel d’offres qui sera bientôt lancé par le gouvernement provincial déterminera quelle entreprise ou quel organisme sera retenu pour construire et opérer un nouveau foyer de soins de 190 lits à Shediac.

La Villa Providence craint de ne pas pouvoir se mesurer aux grandes entreprises, comme la Néo-Écossaise Shannex. Si l’organisme perd le processus d’appel d’offres, il perd aussi son permis. L’entreprise acadienne perdrait ainsi la moitié de ses lits et possiblement ses revenus. Des pertes d’emplois en résulteraient également.

«Tous les cadres n’ont pas de garantie. Tous nos gérants ici n’ont pas d’emploi de promis. Parce que nous avons tout centralisé notre gestion, on parle de 10 à 15 personnes qui pourraient perdre leur emploi. Puisqu’on a centralisé, on perdrait 50% de nos opérations, si le gouvernement nous coupe», a expliqué Yvon Belliveau, président du conseil d’administration de la villa.

Le conseil d’administration demande donc au gouvernement de ne pas lancer le processus d’appel d’offres et de donner l’occasion à la Villa Providence de réaliser son projet. Une lettre formelle a été envoyée au bureau du premier ministre à ce sujet mercredi.

«Un chauffeur de taxi, quand son auto est finie, il ne perd pas son permis. Il va s’acheter une nouvelle auto et il continue de livrer ses services. Pour nous, c’est un peu la même chose. Ça fait plus de 48 ans que nous avons un permis, pourquoi devrions-nous la perdre? Pourquoi perdrions-nous le droit de servir notre communauté?», a indiqué M. LeBlanc.

«Traités de manière égale»

Au ministère du Développement social on affirme donner une chance égale à chacun des coureurs. Tous, organismes à but lucratif ou non peuvent participer au processus.

«Tous les promoteurs seront traités de manière égale. Nous leur demanderons de démontrer qu’ils sont bien en mesure de mettre sur pied une offre concurrentielle pour exploiter un nouveau foyer de soins selon les normes établies par le gouvernement», a répondu par courriel une porte-parole du gouvernement.

Néanmoins, la villa croit être désavantagé puisqu’il ne s’agit pas d’une entreprise à proprement dit. Il s’agit plutôt d’un organisme qui gère plusieurs foyers au Nouveau-Brunswick selon des partenariats.

D’après le modèle de l’appel d’offres, le promoteur doit conceptualiser et construire le foyer de soins en plus de l’opérer.

Selon M. Belliveau, c’est impossible à faire pour une entreprise comme celle qu’il préside. Il doit faire appel à des firmes d’architectes et de construction pour réaliser le projet. Ils ne peuvent pas faire ça à l’interne.

«C’est toujours Shannex qui gagne», confie-t-il.

L’administration de la Villa Providence, qui administre aussi des foyers à Moncton et Néguac entre autres, espère maintenant que le gouvernement changera son fusil d’épaule sans quoi elle craint le pire pour l’organisme.

«Des Acadiens on réussi à bâtir ce réseau ici, le plus gros de la province. On a 406 lits de soins longue durée au total. C’est beaucoup. C’est ce qui est le plus obérant pour nous, c’est la possibilité de perdre ça. On perdrait la moitié de nos acquis», a conclu M. LeBlanc.