Examen pour les infirmières francophones: des ravages partout au pays

L’épreuve d’entrée à la profession d’infirmière fait également des ravages chez les francophones à l’extérieur du Nouveau-Brunswick.

Les diplômées en soins infirmiers de l’Université de Moncton ne sont pas les seules à avoir du fil à retordre avec le NCLEX-RN.

Les étudiantes des programmes en français des autres universités canadiennes à l’extérieur du Québec éprouvent aussi d’importantes difficultés depuis que les ordres professionnels en soins infirmiers du pays ont décidé d’adopter l’examen d’entrée américain en 2015.

Plusieurs représentants de ces universités ont témoigné la semaine dernière devant le comité sur les langues officielles de la Chambre des communes à Ottawa.

Ils dénoncent eux aussi la traduction inadéquate du test informatisé et l’absence de ressources préparatoires en français qui désavantage fortement les étudiantes francophones comparativement à leurs collègues anglophones.

À l’Université d’Ottawa, le taux de réussite des francophones à l’épreuve américaine est de 57% alors que celui des anglophones est de 86%, selon la professeure Michelle Lalonde.

«Même si la langue maternelle de la majorité de nos étudiants est le français et qu’ils préféreraient passer l’examen en français, ils choisissent de le faire en anglais parce qu’il n’y a pas suffisamment de ressources de préparation et qu’ils sentent que la traduction n’est pas adéquate», avance-t-elle.

À l’Université Laurentienne de Sudbury, «plus de la moitié» des diplômées «remettent en question leur décision d’étudier en français» après avoir passé le NCLEX, d’après un sondage.

«Les nouvelles étudiantes hésitent de plus en plus à s’inscrire au programme en français», regrette la direction de l’École des sciences infirmières de l’Université Laurentienne, Sylvie Larocque.

La colère gronde chez les étudiants francophones d’un océan à l’autre, constate Ashley Pelletier-Simard de l’Association des étudiant(e)s infirmier(ère)s du Canada.

«Ils sont déçus qu’en 2018 il y a encore des problèmes de langue dans un pays qui porte fièrement le titre de bilingue. Ils sont déçus de ne pas avoir accès aux mêmes services dans leur langue maternelle», affirme l’étudiante de l’Université Dalhousie de Halifax.

Un véritable casse-tête

L’absence de ressources préparatoires en français est un casse-tête pour ceux qui ont décidé de faire leurs études dans la langue de Molière, même lorsqu’ils sont bilingues, soutient-elle.

«Vous pouvez facilement comprendre à quel point il est frustrant d’apprendre une matière en français pour la réapprendre en anglais et finalement passer l’examen en français.»

Selon la directrice générale de l’Association canadienne des écoles de sciences infirmières, Cynthia Baker, les ressources préparatoires disponibles sur le marché font partie intégrante du curriculum des écoles de sciences infirmières au Canada anglais alors que les écoles francophones doivent s’en passer.

«Plusieurs francophones qui souhaitent devenir infirmières choisissent de s’inscrire dans un programme anglophone en raison des inquiétudes concernant l’examen», souligne Mme Baker.

Elle prévient que le «faible» taux de réussite des francophones à l’examen NCLEX-RN «pose un risque pour l’accès aux soins de santé dans les communautés francophones hors du Québec».

Les intervenants du monde universitaire francophone recommandent aux ordres professionnels d’adopter une nouvelle épreuve développée en français et en anglais au Canada.

Sinon, le NCLEX-RN devrait au moins être adapté en français plutôt que simplement traduit, observe Cynthia Baker.

«L’adaptation est un processus rigoureux et plus spécialisé qui est recommandé pour les examens aux enjeux très élevés pour assurer l’équité entre les deux langues officielles.»

Toutefois, «l’adaptation coûte beaucoup plus cher», admet-elle.

Cette adaptation devrait également se faire de façon continue puisque de nouvelles questions sont constamment ajoutées à l’examen, mentionne Mme Baker.