Paul LeBlanc, le médecin qui tente une «grande séduction»

Soucieux du sort de ses patients après son départ à la retraite, un médecin de famille de la baie des Chaleurs offre sa pratique en forfait tout inclus à celui ou celle qui prendra sa relève.

L’heure de la retraite a sonné pour le docteur Paul LeBlanc de Matapédia en Gaspésie. À 82 ans, difficile de le blâmer de vouloir prendre une pause, bien que ce dernier dit être encore en excellente forme.

«J’aurais pu continuer, mais un moment donné il faut arrêter. Il faut passer le flambeau», raconte-t-il.

Patients, bureau, maison… Tout est sur la table. Une annonce mise par une amie sur les web sociaux il y a une dizaine de jours a enflammé les médias sociaux.

Qualifiée de «Petite séduction gaspésienne» – pour sa ressemblance avec le film La grande séduction du réalisateur Ken Scott (originaire ironiquement de Dalhousie, aussi dans la baie) –, l’initiative a fait le tour du Québec à la vitesse grand V.

Le sympathique docteur gaspésien s’est vite retrouvé sous les projecteurs des grandes chaînes, enchaînant entrevue après entrevue, une attention médiatique qui l’a fait sourire plus que dérangé.

Les arguments de ventes dans l’annonce? Une clientèle bien établie dans un petit coin de paradis surplombant deux rivières à saumons de réputations mondiales (Restigouche et Matapédia).

Un endroit parfait pour les amateurs de sport et de plein air, avec notamment forêt et rivières à proximité, mais aussi trois terrains de golf et autant de centres de ski dans un rayon d’à peine 100 km.

Et surtout, un lieu enchanteur, idéal pour ceux qui désirent élever une famille loin du stress des grandes villes.

«Ma clinique est dans ma maison, alors je suis ouvert à tout vendre si ça peut attirer un médecin. C’est en quelque sorte une pratique clé en main», dit-il en riant.

1000 patients

Médecin depuis 52 ans, M. LeBlanc a travaillé durant de nombreuses années à l’Hôpital régional de Campbellton, notamment comme généraliste, urgentologue, hospitaliste et anesthésiste.

Aujourd’hui médecin de famille de l’autre côté de la Restigouche, une petite partie de sa clientèle provient toujours du côté néo-brunswickois.

Après un bref décompte de ses fichiers, il lui reste environ 1000 patients dont 450 classés comme étant vulnérables (problèmes jugés plus chroniques). Donc en somme, une pratique plus que raisonnable pour un médecin, surtout si l’on tient compte que ce chiffre peut atteindre les 1500 et plus dans les centres urbains.

Publication sur Facebook

Depuis maintenant six mois, il a commencé à transférer des patients à des confrères en vue de sa retraite en décembre. Mais cette passation se fait à coup de quelques patients ici et là, donc beaucoup trop lente. Le constat est évident, il faut au minimum un médecin installé sur place.

«Les médecins dans ce coin-ci viennent en visite quelques jours par semaine. Ils ne sont donc pas en mesure d’absorber autant de patients, ça en prend un autre. Je n’aime pas l’idée de partir en laissant un paquet de monde derrière sans ressources, des gens que je connais bien et que j’aide depuis des années. Et eux n’aiment pas l’idée de me voir partir non plus, ça les inquiète. Car c’est difficile de mettre la main sur un médecin de famille», exprime docteur LeBlanc.

Voyant la situation, une amie à lui – Sylvie Gallant – a pris les choses en main.

«Elle est venue me voir et m’a dit: ‘‘Ça n’a pas de bon sens de laisser toutes ces personnes sans médecin de famille du jour au lendemain, il faut faire quelque chose.’’ Et c’est là qu’elle a rédigé ce petit mot pour mettre sur Facebook», dit-il.

La publication a fait fureur. Hautement médiatisée, l’offre du docteur a-t-elle toutefois atteint son objectif?

«J’ai eu une personne qui s’est montrée intéressée, une jeune médecin qui termine sa résidence cet été, mais rien n’est encore concret. Sinon j’ai lu plusieurs commentaires et messages de médecins disant trouver l’idée très bonne et l’offre très tentante. On cherche encore, on verra bien», souligne-t-il avec optimisme.