Examen pour les infirmières francophones: le premier ministre pourrait intervenir

L’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick n’a toujours pas répondu au rapport d’enquête de la commissaire aux langues officielles sur l’examen d’entrée à la profession, selon Katherine d’Entremont. À son avis, le premier ministre Brian Gallant pourrait intervenir.

La commissaire d’Entremont n’a eu aucun contact officiel avec les représentantes de l’Association des infirmières depuis le dépôt de son rapport sur l’examen NCLEX-RN, il y a un peu plus d’un mois.

Mme d’Entremont a dévoilé cette information, lundi, lors de son passage devant le comité des langues officielles de la Chambre des communes.

«Malheureusement, au moment où nous nous parlons (lundi), nous n’avons reçu aucune information de la part de l’Association à la suite de la publication de notre rapport d’enquête», a-t-elle indiqué.

Katherine d’Entremont répondait aux questions des députés qu’ils voulaient connaître la réaction de l’ordre des infirmières à son constat d’infraction.

«En vertu de la Loi sur les langues officielles, les institutions doivent accuser réception de nos rapports. La date limite que nous leur avions donnée pour faire ça, c’était vendredi (le 8 juin). Nous n’avons rien reçu encore», a-t-elle dit.

Même si la commissaire avait donné 30 jours à l’Association pour confirmer la réception de son rapport, la Loi se contente de demander aux institutions d’accuser réception des rapports, sans prévoir d’échéance.

L’Association des infirmières n’a pas répondu à notre demande de renseignement, lundi, avant notre heure de tombée.

Discriminatoire envers les francophones

Mme d’Entremont a mené une enquête à la suite des plaintes de deux étudiantes en science infirmière au sujet de l’examen d’entrée à la profession d’infirmière.

lles étaient d’avis que l’examen américain NCLEX-RN adopte par l’Association en 2015 était discriminatoire envers les francophones.

La commissaire a déterminé que l’ordre professionnel avait enfreint la Loi sur les langues officielles en adoptant le nouvel examen, notamment parce que les nombreux guides et exercices disponibles sur le marché pour se préparer au test n’existent pas en français.

«La Loi prévoit qu’une personne ne peut pas être défavorisée parce qu’elle a choisi une langue officielle plutôt qu’une autre pour satisfaire à une exigence d’une association professionnelle, entre autres, pour passer un examen.»

La traduction en français de certaines questions laisse aussi à désirer, selon Katherine d’Entremont.

Brian Gallant a le pouvoir d’agir

Interrogée par un député sur la réaction du premier ministre du Nouveau-Brunswick à toute cette affaire, la commissaire s’est contentée de dire que Brian Gallant avait le pouvoir d’agir s’il le souhaitait.

«En vertu de l’article 2 de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, c’est le premier ministre qui est responsable de l’application de la Loi. Donc, il peut exiger que l’Association prenne des mesures pour se conformer à la Loi.»

Mme d’Entremont partage à ce sujet l’opinion du juriste et expert en droit linguistique Michel Doucet.

«La province est constitutionnellement responsable des ordres professionnels», écrivait dans nos pages le mois dernier le professeur à la retraite de l’Université de Moncton.

«(Le gouvernement provincial) doit immédiatement se prononcer et ordonner à l’Association qu’elle prenne immédiatement les mesures nécessaires pour corriger la situation et respecter les droits des candidats francophones.»

Notre demande de réaction de la part du Bureau du premier ministre aux propos de la commissaire a été transférée au ministère de la Santé. Selon le porte-parole du ministère, Paul Bradley, le gouvernement n’est pas du même avis que Mme d’Entremont et Me Doucet.

L’Association est l’organisme de réglementation provincial pour les infirmières immatriculées et, à ce titre, l’Association est ultimement responsable de traiter les questions ayant trait à son examen d’admission à la pratique infirmière», a indiqué M. Bradley par courriel.

Il a cependant ajouté que ce dossier était une «source de préoccupations» pour le gouvernement qui «pourraient avoir des répercussions négatives sur le nombre d’infirmières et d’infirmiers qui travaillent dans la province».

«Nous continuons de rester en étroite communication avec nos intervenants de la profession infirmière concernant cette question», a-t-il dit sans répondre à notre question concernant les mesures concrètes que compte mettre en oeuvre le gouvernement pour régler la situation.