Le crabe vert vendu jusqu’à 40$ la livre

Un projet pilote en Nouvelle-Angleterre porte ses fruits. En utilisant une technique vénitienne de pêche, une équipe de chercheurs américains a vendu des mets du crustacé envahissant à 40$ la livre.

Des chercheurs américains ont montré que c’est possible de pratiquer les techniques italiennes du délice populaire vénitien, la moèche, en Amérique du Nord.

Marissa McMahan, biologiste de la vie marine chez Manomet et son collègue, un restaurateur de sculptures, Jonathan Taggart, ont appris la technique du pêcheur italien Paolo Tagliapietra.

La grande majorité de l’année, le crabe vert est difficile à consommer. Trop petit et pourvu d’une carapace trop dure, la valeur de ce crustacé dépasse rarement les 40 cents la livre. Il est habituellement utilisé en tant qu’appât.

Mais si l’on réussit à le mettre sur le marché juste après sa mue, alors que sa carapace est molle, il peut être vendu à environ 40$ la livre dans les restaurants. C’est ce que l’équipe de Mme McMahan a réussi à faire.

«Durant les tests dans les restaurants, les chefs et les consommateurs ont réagi positivement, comparant la saveur et la qualité du produit au crabe bleu à carapace molle. En tant qu’item spécial sur les menus, les crabes verts à carapace molle se vendaient à environ 40$ la livre et les stocks se sont épuisés rapidement.»

À Venise, la tradition de pêcher le crabe vert à carapace molle existe depuis des décennies. Les pêcheurs ont appris à reconnaître les signes indiquant qu’un crabe vert se prépare à subir sa mue. Il est alors placé dans un réservoir, où il mue en captivité. Dès qu’il montre des signes comme quoi il va changer de carapace, il est isolé des autres, qui l’attaqueraient autrement. Juste après la mue, il est frit et mangé entier.

Même si le crabe nord-américain a une empreinte génétique légèrement différente de celui de la Méditerranée, il montre les mêmes signes quand il est à deux ou trois semaines de sa mue.

Les Américains ont trouvé que la saison de pointe de la mue des crabes des neiges mâles en Nouvelle-Angleterre est du 1er juin au 15 juillet.

Des chercheurs de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, en collaboration avec le ministère des Pêches et des Océans et l’Atlantic Veterinary College, mènent des tests sur la période de mue des crabes au Canada. Leurs résultats préliminaires sont «prometteurs».

Pour une pêche à plus grande échelle: la soupe

Simon Jezequel pêche le crabe vert dans la région de Bretagne, en France, depuis une dizaine d’années. Ayant appris la pratique de son grand-père, il a acheté l’équipement d’un pêcheur qui prenait sa retraite et a lancé sa carrière dans le domaine.

Le crabier français pêche presque 30 tonnes de crabes verts par année, se servant de 80 à 100 casiers qu’il vérifie quotidiennement. Ses clients les plus importants sont les Espagnols, quoiqu’il vend aussi du crabe vert à des restaurateurs français.

Selon lui, la meilleure façon d’avoir une pêche rentable au crabe vert est de l’utiliser comme ingrédient dans des soupes.

«Ceux qui cherchent de grandes quantités, ce sont ceux qui font de la soupe. Tout ce qui est soupe de crabe, ça passe très bien. C’est super bon, le crabe vert préparé en soupe.»

Une menace à l’écosystème

Le crabe vert, surnommé la «coquerelle de la mer» et le «crabe enragé», est sur la liste des 100 espèces exotiques envahissantes les plus néfastes au monde du Global Invasive Species Database. Le ministère des Pêches et des Océans (MPO) affirme qu’il est l’une des 10 espèces les plus indésirables au monde.

Avec son appétit vorace, son agressivité et son adaptabilité à différents environnements, il colonise facilement les écosystèmes dès qu’il y est introduit. Il est particulièrement nuisible aux herbiers de zostères, et fait concurrence aux crabes indigènes et aux homards pour l’alimentation et l’habitat.

«Si on lui laisse le champ libre, cette nouvelle espèce aquatique envahissante aura des répercussions importantes sur la biodiversité et l’habitat de l’écosystème canadien», peut-on lire sur le site internet du MPO.

Le crabe vert est originaire de l’Europe. Il a fait sa première apparition en Amérique du Nord au début des années 1800. Il a lentement monté la côte, atteignant le Canada pour la première fois vers 1950, dans la baie de Fundy. Il est arrivé dans le golfe du Saint-Laurent en 1994. Il colonise la côte est du Nouveau-Brunswick depuis une dizaine d’années.

Il a été observé aussi loin dans le nord de la province qu’à Shippagan.

Une autre année forte pour le crabe vert est prévue en Acadie

Un chercheur de la région de Shediac prévoit une année forte pour le crabe vert.

Les premières données sur l’espèce envahissante indiquent qu’elle a traversé l’hiver en force et qu’elle continuera sa colonisation des eaux de la région.

Jim Weldon mène des efforts de surveillance du crabe vert dans la baie de Shediac depuis six ans. Chaque année, à partir du mois de mai, le consultant de l’Association du bassin versant de la baie de Shediac vérifie, sur une base mensuelle, une série de casiers installés de Pointe-du-Chêne à l’île de Shediac.

Il a récemment effectué sa première tournée dans la baie. Il n’a jamais vu des chiffres aussi élevés pour commencer la saison. En temps normal, en mai, ses casiers contiennent de 5 à 20 crabes. Cette année, il en a pris environ 70.

«Les chiffres sont habituellement négligeables en mai. Mais cette année, les chiffres étaient assez élevés. Je prévois qu’il y en aura vraiment beaucoup.»

M. Weldon croit qu’un plus grand nombre de crabes verts ont survécu à l’hiver qu’à l’habitude. Bien que plusieurs régions côtières du Nouveau-Brunswick aient été envahies par la glace plus longtemps que la normale ce printemps, l’habitat du crabe vert à Shediac a vraisemblablement été épargné.