Protection des baleines: la colère gronde dans la Péninsule acadienne

Environ 120 pêcheurs de la Péninsule acadienne et de la Gaspésie ont été avisés lundi de lever leurs casiers afin de ne pas nuire aux baleines noires. Plusieurs estiment que les mesures vont trop loin et affirment qu’ils n’obéiront pas.

Le ministère des Pêches et des Océans (MPO) a ordonné la fermeture de dix quadrilatères de pêche entre la Péninsule acadienne et la Gaspésie, lundi soir.

D’ici 16h, vendredi, environ 65 homardiers de Pigeon-Hill, Miscou et des environs, ainsi que presque 75 pêcheurs du Québec, doivent enlever leurs engins de pêche du secteur.

Lundi soir, une vingtaine de représentants de pêcheurs et l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM) se sont réunis afin de s’attaquer au problème.

Lors d’une entrevue téléphonique, mardi matin, l’Acadie Nouvelle a demandé à Emmanuel Moyen, organisateur syndical à l’UPM, si des pêcheurs refuseront de lever les casiers.

«Tout est sur la table», a-t-il répondu.

«Hier (lundi), certains ont dit carrément “non, on refuse catégoriquement”. Ce problème, il n’est pas dans notre cour. Il n’y a pas de baleine dans notre territoire de pêche. La façon que ç’a été calculé, de fermer d’aussi grands territoires de pêche, il y a quelqu’un qui ne connaît pas la pêche à quelque part.»

M. Moyen explique que l’UPM a travaillé d’arrache-pied dans les coulisses afin d’éviter que la situation actuelle se produise.

Quand le MPO a refusé vendredi la demande soumise par l’organisme d’exemption de fermetures  dans les eaux de 10 brasses (18 mètres) de profondeur et moins, le regroupement a demandé à Ottawa d’au moins lui accorder un droit de pêche dans les eaux de huit brasses et moins. Le gouvernement fédéral n’a pas bougé.

«On a suivi toutes les procédures légales possibles et on a fait des offres au printemps et jusqu’à cette semaine. Tout ce qui a été demandé, par l’UPM et toutes les associations, a été refusé.»

«Maintenant, la parole et l’action appartiennent aux pêcheurs. Et la seule personne qui peut régler la situation, c’est le ministre des Pêches et des Océans (Dominic LeBlanc) lui-même.»

Une réunion publique sur le sujet aura lieu à 16h, mardi, au centre communautaire de Sainte-Marie-Saint-Raphaël.

Les répercussions de la fermeture seront désastreuses, selon M. Moyen. Il explique qu’elles ont lieu au summum de la saison de pêche au homard. Plusieurs pêcheurs dans la région affectée prennent 1000 livres de homard par jour. Chaque pêcheur envisage ainsi des pertes de 50 000$ et plus.

Pour la plupart, cela représente la quasi-totalité des revenus pour la saison 2018. Les gains réalisés depuis le début de la saison permettraient à peine de payer les dépenses.

«La rentabilité d’une entreprise de pêche se joue habituellement dans les 15 prochains jours. C’est là le profit des pêcheurs.»

Il croit que les fermetures auront des répercussions à long terme sur les pêcheurs et les communautés côtières. Il explique que l’UPM reçoit plusieurs appels d’homardiers désespérés et stressés.

«Depuis l’ouverture de la pêche, ces gens-là se lèvent chaque jour et se demandent s’ils vont pouvoir travailler le lendemain. On n’a pas besoin d’être psychologue pour imaginer quel est leur état d’esprit.»

Il rappellent que les homardiers veulent protéger les baleines. Ils ont cependant de la difficulté à accepter et à comprendre pourquoi les interdictions de pêche s’appliquent aux eaux peu profondes. Ils affirment que les mammifères marins ne se retrouvent pratiquement jamais dans ces eaux.

«J’ai rarement vu des pêcheurs dans un tel état. On a eu de gros défis depuis 41 ans. Mais de dire qu’on ferme la pêche alors que la ressource est bonne et qu’il n’y a aucun risque pour les baleines…»

La baleine noire de l’Atlantique Nord est une espèce en voie de disparition, ayant une population d’environ 450 en 2016. L’an dernier, une douzaine de baleines ont été trouvées mortes dans le golfe du Saint-Laurent. Certaines d’elles ont été tuées par l’empêtrement avec des engins de pêche et d’autres par une collision avec un navire.

Les pêcheurs forcés à lever les engins de pêche cette semaine s’ajoutent à quelque 25 pêcheurs de homard néo-brunswickois forcés à déménager leurs casiers la semaine dernière.