Services gouvernementaux bilingues: «Encore beaucoup de chemin à faire»

Le gouvernement fédéral a encore beaucoup de chemin à faire en matière de services bilingues. C’est l’un des constats auquel en arrive le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge, dans son premier rapport annuel.

Dans le document, dévoilé mardi, Raymond Théberge explique qu’au cours des derniers mois, il a mesuré le rendement de dix institutions fédérales. Il s’est notamment intéressé à l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien et à l’Agence du revenu du Canada.

Le portrait dressé par l’ex-recteur de l’Université de Moncton – entré en poste au Commissariat le 29 janvier – n’est pas rose.

Plusieurs institutions répondent plus rapidement aux courriels adressés en anglais. Et si certaines d’entre elles font toujours de l’offre active, elles n’offrent pas toujours réellement de services en français.

«Pour ce qui est du service en personne et au téléphone, on a encore beaucoup de chemin à faire. La question d’offre active doit être travaillée encore plus. C’est clair lorsque l’on parle de l’égalité des langues officielles qu’on est loin de là», affirme le commissaire en entrevue téléphonique avec l’Acadie Nouvelle.

Il ajoute qu’il a discuté avec des représentants des institutions en question pour leur faire part de ce que son équipe a observé et qu’ils en ont pris bonne note. Il ne cache cependant pas qu’il trouve «décevant de voir qu’encore aujourd’hui, on a ces lacunes.»

La même histoire

Les statistiques sur la nature des plaintes reçues (et jugées recevables) par le Commissariat aux langues officielles racontent la même histoire. En 2017-2018, plus de la moitié d’entre elles ont porté sur les services au public.

Raymond Théberge explique qu’au cours des prochains mois, le Commissariat aux langues officielles va tenter de faire changer les choses en développant un nouvel outil pour aider les institutions fédérales à progresser en matière de langues officielles.

Il s’agira de voir «jusque quel point ils ont intégré les langues officielles dans chaque élément de l’organisation», dit-il.

Cela permettra d’avoir une meilleure vue d’ensemble et d’aller plus loin que les outils dont disposent déjà Patrimoine canadien et le Conseil du Trésor.

«Présentement, c’est un bulletin de rendement, qui dit “vous avez un B, un C+”, mais qui ne dit pas nécessairement quoi faire pour arriver à bien respecter la Loi sur les langues officielles. (…) Plusieurs institutions nous ont dit “on ne respecte pas la Loi sur les langues officielles, mais on ne sait pas exactement quel chemin prendre pour se rendre à cet objectif-là.»

Un rapport de transition

Comme l’ont remarqué certains observateurs, le premier rapport de Raymond Théberge n’est pas particulièrement musclé. L’avocat acadien Michel Doucet et le politologue québécois Martin Normand l’ont même qualifié de «terne».

On a effectivement déjà vu de documents bien plus explosifs émaner du Commissariat aux langues officielles.

Cela dit, tout ce que l’on retrouve dans ce document ne peut lui être attribué, puisqu’il n’est entré en poste qu’en janvier, deux mois à peine avant la fin de l’année 2017-2018. C’est la commissaire par intérim, Ghislaine Saikaley, qui avait été aux commandes jusqu’alors.

Lorsqu’on en parle à Raymond Théberge et qu’on lui demande si son prochain rapport annuel – qui sera le premier réellement de son cru – aura plus de chien, sa réponse est claire.

«Absolument. Le rapport qu’on a aujourd’hui – j’ai été là pour deux mois – ça reflète effectivement les activités du Commissariat dans une période de transition. Je pense que c’est important de le mentionner», dit-il.

Il reste maintenant à voir s’il réussira à faire mentir ses critiques qui, se basant sur son bilan à l’Université de Moncton, craignaient qu’il ne soit plus un chien de poche qu’un chien de garde au Commissariat.

On se rappelle que dans un éditorial publié dans l’Acadie Nouvelle, François Gravel avait dit qu’en le choisissant, le gouvernement Trudeau donnait l’impression «de miser sur un commissaire qui montrera moins les dents que ses prédécesseurs» et avait lancé «ce n’est pas ce dont les francophones de ce pays ont besoin.»

Lorsqu’on lui demande son avis à ce sujet, Raymond Théberge répond qu’il est «toujours intéressant de voir lorsque l’on fait certains commentaires à son égard.»

Il poursuit en disant qu’au cours de la prochaine année, il ne compte pas être timide. Au contraire.

«On va certainement faire en sorte que lorsqu’il y a des lacunes, qu’on va le dire. Aussi, on va pousser pour la modernisation de la Loi (sur les langues officielles). Je pense qu’on ne peut pas être timide dans ce poste. Ce n’est pas un poste où on doit négocier. C’est un poste où on doit affirmer continuellement la dualité linguistique. Et c’est mon intention de le faire.»