Le projet de privatisation des services alimentaires dans les hôpitaux est abandonné

Le gouvernement provincial fait marche arrière dans le dossier de la privatisation de certains services non médicaux dans les hôpitaux.

Le ministre de la Santé, Benoît Bourque, a annoncé, mercredi, que la province renonçait à confier les services d’alimentation, d’entretien ménager et du transport des patients au privé.

Fredericton demandera plutôt aux deux réseaux de la santé de moderniser eux-mêmes ces services en collaboration avec les syndicats.

Ils devront présenter un plan au gouvernement d’ici un an afin d’uniformiser ces services entre les différents hôpitaux tout en réduisant les coûts et en améliorant la qualité.

Cette volte-face survient alors que la province était en négociation dans le cadre de ce projet depuis plus d’un an avec le géant français Sodexo qui avait été choisi à la suite d’un appel d’offres.

Ce sont des discussions sur la sous-traitance au sein d’un groupe de travail conjoint du gouvernement et des syndicats qui ont convaincu la province d’y songer à deux fois avant de conclure l’affaire avec le privé, a expliqué le ministre de la Santé.

«Le groupe de travail a travaillé très fort pour trouver des possibilités d’amélioration de ces services au sein du secteur public et nous sommes convaincus que les régies régionales de la santé seront en mesure de s’acquitter de ce mandat au fil du temps.»

En avril 2017, le prédécesseur de M. Bourque, Victor Boudreau, avait indiqué que le gouvernement était à quelques mois d’une entente avec Sodexo.

N’aurait-il pas été plus simple de consulter les réseaux de la santé et les syndicats avant d’entamer les négociations avec une entreprise privée pour éviter d’avoir à rebrousser chemin?

«Je suis content de la façon que ça s’est fait dans la mesure où nous en sommes arrivés à une entente avec les syndicats et les régies de santé», a répondu Benoît Bourque.

Le réseau de santé Vitalité, qui était opposé à cette privatisation, est ravi par la décision du gouvernement.

«C’est une bonne nouvelle parce que notre conseil d’administration avait déjà soumis au ministère un plan d’action qui atteignait les objectifs qui avaient été établis (par le gouvernement)», indique le président-directeur général du réseau, Gilles Lanteigne.

«Nous pensions avoir une meilleure proposition que celle (du privé) qui était sur la table alors dans ce sens-là nous sommes heureux.»

M. Lanteigne s’avoue cependant toujours «déçu» de la décision du gouvernement qui a enlevé l’an dernier la gestion du Programme extra-mural aux réseaux de la santé pour la confier à l’entreprise privée sans but lucratif Medavie.

En conférence de presse, le ministre de la Santé a justifié les approches différentes de son gouvernement dans les deux dossiers en rappelant que le personnel de l’extra-mural était toujours des employés de la fonction publique malgré le rôle de Medavie.

«Dans le cas (des services non médicaux), on parle de l’entièreté des services qui auraient été sous une compagnie (privée)», a dit Benoît Bourque.

Les travailleurs de l’entretien ménager, de la cuisine et du transport des patients devront toutefois faire preuve de «flexibilité» lors des prochaines négociations collectives pour assurer le succès de la modernisation, a-t-il prévenu.

La présidente de la section locale 1252 du Syndicat canadien de la fonction publique, Norma Robinson, était aux côtés du ministre lors de son annonce.

Mme Robinson a indiqué qu’il était trop tôt pour dire si cette «flexibilité» pourrait se traduire en pertes d’emplois.

«Nous devons être prêts à envisager différents systèmes et à examiner la façon dont nous faisons les choses.»

Selon Gilles Lanteigne, le plan déjà proposé par Vitalité ne prévoit pas de «pertes d’emplois massives» puisque les changements sur le plan du personnel se feraient surtout par «attrition».

L’opposition officielle se réjouit également de la décision du gouvernement même si elle survient beaucoup trop tard au goût du député progressiste-conservateur Brian Macdonald.

«On va devoir attendre une autre année avant d’avoir une solution et ça, ce n’est pas acceptable. C’est un bon exemple de l’incompétence du gouvernement Gallant.

La vice-présidente des communications et des affaires corporatives de Sodexo Canada, Katherine Power, a déclaré que l’entreprise était «déçue» de la décision de Fredericton, ajoutant que la multinationale avait investi «d’importantes ressources» dans ce projet.

Sodexo n’a cependant pas l’intention de se tourner vers les tribunaux pour tenter de récupérer une partie de ses pertes.