Les homardiers de Miscou ne mettent pas leur menace à exécution

Les pêcheurs de Miscou ont finalement décidé de ne pas avoir recours à la désobéissance civile. Les quelque 65 homardiers de la région ont enlevé leurs casiers de la zone de fermeture de protection des baleines noires, dimanche.

Certains ont déménagé leurs engins de pêche dans les eaux habituellement pêchés par les homardiers de Pigeon Hill. D’autres ont tout simplement mis fin à leur saison.

Des pêcheurs avaient pourtant affirmé à l’Acadie Nouvelle, au début de la semaine dernière, qu’après s’être communiqués à la radio, tous étaient résolus à continuer la pêche malgré la fermeture.

Afin que leur plan fonctionne, cependant, ils devaient agir en solidarité avec les 75 homardiers de la Gaspésie, aussi touchés par la mesure de protection.

De toute évidence, l’ensemble des pêcheurs des deux côtés de la baie n’ont pas réussi à faire front commun. Dimanche, les pêcheurs québécois ont terminé leur saison plus tôt que prévu.

«Ce jeu, c’est tout ou rien», affirme Carl Allen, président de l’Union des Pêcheurs des Maritimes.

Si un nombre trop peu élevé de pêcheurs avaient eu recours à la désobéissance civile, des agents du MPO auraient probablement retiré leurs casiers de l’eau eux-mêmes, explique M. Allen. Les individus coupables auraient ensuite fait face à des sanctions sévères.

«Le ministre a été très clair dès le début du processus qu’il serait très dur sur ceux qui n’obéissent pas aux fermetures. Les casiers vont sortir d’une façon ou d’une autre, que ce soit le pêcheur ou le MPO qui les enlève.»

M. Allen est heureux de constater que les pêcheurs de Miscou et ceux de Pigeon Hill cohabitent dans le respect alors qu’ils sont forcés à partager une zone de pêche restreinte. Reste à voir quel sera l’impact sur la ressource.

«On verra à mesure que la semaine avance quel est l’impact sur les débarquements. Par la fin de la saison, on aura un portrait plus clair.»

«Les pêcheurs de Pigeon Hill sont accommodants. À la fin de la journée, nous sommes tous dans le même bateau. Ce n’est pas comme si les pêcheurs de Miscou avaient décidé spontanément d’aller dans les eaux de Pigeon Hill. Ils ont été forcés à quitter leur zone. La majorité de la frustration est dirigée vers le MPO et la façon qu’ils ont géré la situation.»

Les pêcheurs touchés par les fermetures sont frustrés du fait qu’ils n’ont pas observé de baleine noire de l’Atlantique Nord dans les eaux qu’ils fréquentent.

«Je parlais à un pêcheur qui me disait qu’en 50 ans, il n’a jamais vu de baleine noire de l’Atlantique Nord là où il pêche.»

Tout récemment, le MPO a refusé la demande de l’UPM d’accorder une exemption aux fermetures dans les eaux peu profondes. Le ministre Dominic LeBlanc a expliqué que, selon des observations scientifiques dans la baie de Fundy et aux États-Unis, les mammifères marins en voie de disparition peuvent effectivement aller dans les eaux de 18 mètres ou moins.

M. Allen n’est pas convaincu. Selon lui, la situation près de la côte nord-est du Nouveau-Brunswick n’est pas la même que dans la baie de Fundy et aux États-Unis.

«C’est un différent bassin d’eau ici. Je pense qu’à la fin de la saison, nous allons avoir des données qui prouvent que nous avons raison. En mai et en juin, pendant que nous pêchons le homard, les baleines ne vont pas dans nos eaux peu profondes.»

Le président de l’UPM soupçonne que le comportement des baleines dépend de leur source de nourriture. Au printemps, les concentrations de zooplanctons seraient élevées dans les eaux profondes, ce qui garde les baleines loin des côtes.

Il espère que le MPO étudiera le lien entre les sources de nourriture et la présence des baleines afin de mieux prédire leurs déplacements.

Il s’agit d’une des nombreuses questions auxquelles l’UPM veut s’attaquer au cours des prochaines semaines alors qu’elle prépare ses propositions pour le plan de pêche de 2019.

Lundi matin, M. Allen n’était pas certain du nombre de pêcheurs de Miscou qui ont mis fin à leur saison, et combien ont déménagé leurs casiers dans les eaux des pêcheurs de Pigeon Hill.