De jeunes médecins déterminés à servir leur région

Plus tôt ce mois-ci, seize nouveaux médecins de famille formés à l’Université de Moncton ont célébré l’obtention de leur diplôme. Cette relève a bel et bien l’intention de faire carrière en Acadie.

Originaire d’Inkerman, dans la Péninsule acadienne, Alexandre Robichaud est l’un des seize nouveaux médecins formés par l’institution francophone en partenariat avec l’Université de Sherbrooke.

Après une formation en sciences de la santé au campus de Shippagan, il a rejoint le Centre de formation médicale de Moncton pendant quatre ans, avant d’effectuer sa résidence de 24 mois en médecine familiale.

Le choix de la médecine familiale semblait une évidence.

«C’est une pratique attirante et variée, tu peux vraiment moduler tes activités cliniques et ton champ de pratique clinique, il y a une diversité de choix. Ça te permet aussi de travailler partout dans la province.»

Alexandre Robichaud termine actuellement un stage au service d’urgence à l’Hôpital régional Chaleur. D’ici quelques jours, le jeune homme en sarrau blanc sera en poste au service d’urgence du Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont.

Cela restera temporaire, assure le médecin, qui envisage déjà un retour dans la région qui l’a vu grandir.

«Dans le futur, j’aimerais pouvoir retourner dans mon coin de pays et redonner aux gens de la région.»

Pour Alexandre, devenir médecin est devenu une véritable vocation sur le tard. «C’est en rentrant en médecine que j’ai réalisé à quel point on pouvait aider les gens en première ligne et faire une différence dans la vie du monde.»

Où s’installeront les nouveaux médecins?

La nouvelle cohorte de finissants a des racines bien ancrées au Nouveau-Brunswick. L’immense majorité d’entre eux (15) établiront leur pratique dans la province, au sein des réseaux de santé Vitalité et Horizon.

La classe 2018 des finissants du Centre de formation médicale du N.-B. – Gracieuseté

Le seizième, Dr Rajiv Teeluck, poursuivra une formation en médecine d’urgence au Québec, mais a l’intention de revenir travailler en Acadie par la suite.

La plupart des nouveaux médecins pratiqueront à Moncton. Cependant, trois d’entre eux ont choisi de faire leurs premiers pas dans la Péninsule acadienne.

C’est le cas de Dr Mathias Losier, de Pokemouche, de Dr Maxime Mallet, de Shippagan, et de Dre Geneviève Landry, de Caraquet.

Dre Émilie Beaulieu et Dre Jessica Martin se sont elles aussi décidées à retourner en région. La première partagera son temps entre le service d’urgence et les hospitalisations à l’Hôpital général de Grand-Sault, tandis que la seconde établira son bureau à Edmundston en plus de faire de l’urgence à l’Hôpital régional.

Seuls trois nouveaux médecins francophones travailleront au sein du réseau de santé Horizon.

Médecine familiale: les succès de la formation néo-brunswickoise

Depuis 2006, le Centre de formation médicale du N.-B. offre aux Néo-Brunswickois la possibilité d’étudier la médecine en français dans leur province. Douze ans plus tard, quel bilan doit-on tirer de cette initiative?

Chaque année, les étudiants en médecine prêtent le serment d’Hippocrate après avoir reçu leur formation à l’Université de Moncton, en collaboration avec l’Université de Sherbrooke. Après leurs quatre premières années d’étude au Centre de formation médicale du N.-B., ils peuvent choisir de quitter la province pour se spécialiser, ou de rejoindre le programme de formation en médecine de famille francophone du N.-B. basé à Dieppe.

Le directeur du centre, le Dr Michel Landry, observe que le taux de rétention des nouveaux médecins n’a fait que progresser au cours des dernières années. Il atteint désormais 91%.

Michel H. Landry, se félicite des progrès réalisés sur le plan de la formation et de la rétention. – Archives

Le programme décentralisé à Moncton a permis de recruter dans le système de santé francophone un nombre accru de nouveaux diplômés originaires du Nouveau-Brunswick.

«Le conjoint ou la conjointe a une grande influence sur le choix de la région où ils vont s’installer», insiste Dr Landry.

Chaque année, le réseau de santé francophone embauche de 20 à 30 médecins. Cependant, un bon nombre d’entre eux quittent la province pour pratiquer ailleurs. Retenir les spécialistes, souvent issus d’autres provinces ou de l’étranger, reste un défi majeur.

Le recrutement et la rétention de médecins de famille sont généralement moins problématiques. Les médecins sont beaucoup plus susceptibles de rester dans la province où ils ont fait leurs études, affirme Lise Babin, la directrice du programme de formation en médecine de famille francophone du N.-B.

«Après six ans de formation, ils sont déjà installés dans la région et ont un intérêt à y demeurer, plus qu’un médecin qui vient de l’extérieur et a peut-être moins d’attaches avec le Nouveau-Brunswick.»

Au cours de leurs deux années de résidence, les futurs médecins de famille sont tout de même amenés à visiter différentes régions, ce qui leur donne un bon aperçu de la réalité du terrain.

«Ils font des stages dans la Péninsule acadienne, à Edmundston, à Bathurst ou à Campbellton. Ça les expose à différents milieux de pratiques de médecine familiale», précise Lise Babin.

Sans surprise, l’embauche est plus difficile dans le nord de la province. Les nouveaux médecins préfèrent souvent s’installer en milieu urbain, explique Nicole Gautreau, directrice administrative du programme.

«Ce sont des jeunes adultes, ils aiment que ça bouge et qu’il y ait une diversité de cas. À Moncton, les deux hôpitaux sont bien équipés pour faire face à tout type de maladies. Dans le Nord, c’est une autre dynamique, les médecins ne sont pas nombreux mais s’entraident beaucoup pour se partager les patients.»

Pour la première fois l’an prochain, le Centre de formation médicale du N.-B. offrira un programme de spécialisation. Un programme de formation en résidence de psychiatrie sera mis sur pied à Moncton, en partenariat avec l’Université de Sherbrooke.

À compter de l’an prochain, deux étudiants par année pourront faire leur cinq ans de spécialisation en psychiatrie au Nouveau-Brunswick.

«Ceci devrait nous aider à répondre aux besoins en santé mentale qui continue d’augmenter partout dans la province», note le doyen Dr Michel H. Landry.

Un recrutement insuffisant?

Malgré l’embauche de plusieurs dizaines de nouveaux médecins depuis trois ans, des milliers de personnes sont toujours sans médecin de famille au Nouveau-Brunswick. La liste d’attente pour obtenir un médecin de famille s’est allongée depuis quatre ans, passant de 1100 personnes en 2014 pour atteindre 25 840 citoyens inscrits au registre Accès Patient NB.

Au cours de la campagne électorale, le parti de Brian Gallant s’était engagé à faire augmenter de 50 le nombre omnipraticiens en poste d’ici 2018. La cible n’est pas encore atteinte.

Depuis leur arrivée au pouvoir à l’automne 2014, les libéraux ont embauché 327 nouveaux médecins. Les départs à la retraite et les déménagements font cependant en sorte que la province ne compte que 93 médecins de plus qu’à l’époque, soit 45 généralistes et 48 spécialistes.

En date du 3 mai, 2018, il y avait 50 postes vacants au Nouveau-Brunswick, dont 34 postes au sein du réseau de santé Vitalité. La régie francophone cherche 19 médecins de famille et 15 spécialistes.

Dans son dernier budget, la province a cependant prévu un investissement de 15 millions $ destiné à l’embauche de 25 médecins de famille.

Pour attirer des candidats, le gouvernement offre des incitatifs à l’embauche. Si un médecin s’engage à pourvoir un poste vacant pour 12 mois, il recevra une bourse de 8000$. S’il compte s’établir pour une période d’au moins 2 ans, il obtiendra 20 000$.

Le ministère de la Santé et les deux réseaux font également du réseautage et s’activent dans les foires de recrutement.

«Les agents de recrutement et les autres représentants rencontrent les étudiants et les résidents inscrits à des programmes d’études en santé soit au Nouveau-Brunswick ou dans d’autres provinces, et participent à divers salons et conférences visant le recrutement des médecins et spécialistes», écrit un porte-parole du ministère, Bruce MacFarlane.