Langues officielles: la commissaire recommande la création d’un secrétariat

Le gouvernement doit créer un secrétariat chargé d’assurer le respect la Loi sur les langues officielles. C’est ce que recommande la commissaire Katherine d’Entremont dans un rapport déposé mercredi.

La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick s’est pointée devant un comité de députés pour présenter son rapport annuel, mercredi matin à l’Assemblée législative.

Il s’agissait de la cinquième et dernière fois qu’elle se prêtait à cet exercice, puisqu’elle partira à la retraite le 22 juillet, deux ans avant la fin de son mandat.

Dans son rapport 2017-2018, elle explique qu’après avoir mené une enquête sur le plan d’application de la loi, elle en est arrivée à la conclusion que sa mise en oeuvre «ne respecte pas plusieurs dispositions de la LLO et ne permet pas d’atteindre plusieurs objectifs fixés par la loi.»

La commissaire dit avoir mis le doigt sur ce qui explique cette lacune: «l’absence d’une structure et de ressources adéquates pour assurer l’application de la LLO et appuyer le premier ministre dans sa responsabilité première: être le ministre responsable de la Loi sur les langues officielles».

Le temps presse aux yeux de la commissaire Katherine d’Entremont. – Acadie Nouvelle: Pascal Raiche-Nogue

C’est qu’en ce moment, il n’existe aucun ministère ou secrétariat des langues officielles. De plus, aucun sous-ministre n’est chargé principalement de ce dossier et les fonctionnaires responsables des langues officielles sont éparpillés dans trois ministères, fait-elle remarquer.

«Pourtant, des postes de sous-ministre ou de sous-ministre adjoint ont été créés pour des domaines spécifiques tels que les communications gouvernementales, les initiatives spéciales ou l’égalité des femmes», peut-on lire dans le rapport.

Katherine d’Entremont recommande donc la création d’un secrétariat aux langues officielles.

Selon elle, cette nouvelle entité devrait être dirigée par une personne ayant le statut de sous-ministre et être dotée des moyens nécessaires.

David Coon d’accord

Le porte-parole dépêché par le gouvernement libéral afin de réagir au rapport de la commissaire, Brian Kenny, n’a pas souhaité se prononcer sur la création éventuelle d’un secrétariat.

Lors d’un conférence téléphonique avec quelques journalistes, mercredi après-midi – plus de quatre heures après le dépôt du rapport – il a dit ne pas l’avoir lu et vouloir l’évaluer avant de prendre position.

Le chef du Parti vert, David Coon. – Acadie Nouvelle: Pascal Raiche-Nogue

«Pour moi, c’est nécessaire de regarder les commentaires et la revue de ce document. Comme gouvernement, ça va prendre du temps pour lire ça.»

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il n’avait pas encore lu le rapport, il a répondu qu’il n’avait tout simplement pas eu le temps de le faire puisqu’il venait tout juste de sortir d’une réunion du cabinet.

À savoir quand il aura terminé la lecture du document et quand il sera prêt à le commenter en bonne et due forme, il n’a pas voulu donner de date.

En mêlée de presse peu après le dépôt du rapport, le député progressiste-conservateur envoyé au bâton afin de répondre aux questions des journalistes, Brian Keirstead, n’a pas souhaité dire ce qu’il pense de la recommandation de créer un secrétariat aux langues officielles.

«C’est nouveau. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de vraiment regarder clairement. C’est une recommandation. Et comme pour n’importe quoi, il faut regarder les pour et les contre», a-t-il dit.

Le chef du Parti vert, David Coon, a été le seul à se prononcer sur la recommandation principale du rapport 2017-2018 de la commissaire.

«C’est très important d’avoir un seul organisme dans notre gouvernement avec la responsabilité des langues officielles. Je crois que c’est une bonne recommandation. Je suis en accord», a-t-il dit en mêlée de presse.

Un appui inconditionnel de la SANB

Par voie de communiqué de presse, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick a fait savoir qu’elle «appuie inconditionnellement» la création d’un secrétariat aux langues officielles.

Le président de l’organisme, Robert Melanson, s’est dit attristé de constater qu’après presque 50 ans de bilinguisme officiel, «personne n’ait été capable de conceptualiser une structure de gestion pour la mise en œuvre du bilinguisme officiel».

Selon lui, cela démontre que l’aménagement linguistique au N.-B. «est ancré dans la partisanerie et dans un clientélisme malsain.»

Dans le communiqué, il a aussi avancé qu’il est de plus en plus clair «que le bilinguisme officiel dans sa forme actuelle ne protège pas l’avenir du français au Nouveau-Brunswick et que notre destin linguistique ne passera que par une grande volonté politique».

Il a écorché le gouvernement de Brian Gallant au passage en affirmant que sa «volonté politique en matière de langues officielles est de plus en plus précaire.»

Peu d’intérêt chez les élus

Le dernier passage de Katherine d’Entremont devant le Comité permanent de la procédure, des privilèges et des hauts fonctionnaires, mercredi matin, a été particulièrement court.
C’est qu’après avoir lu une déclaration aux députés, dans laquelle elle a présenté les grandes lignes de ce document, un seul des membres du comité a posé des questions, soit David Coon.

Contrairement à ce que l’on voit habituellement lors du dépôt de tels rapports, aucun élu du Parti libéral ou du Parti progressiste-conservateur n’a souhaité poser une question.

Cela a surpris Katherine d’Entremont.

«Je ne m’explique pas pourquoi. Est-ce c’est parce qu’il fait beau dehors? Je ne le sais pas, vous leur poserez la question», a-t-elle dit en point de presse.

Lorsque l’on a posé la question à David Coon, il a dit trouver le «silence assourdissant» de ses collègues «bizarre» et «un peu embarrassant».

«Je pense que plusieurs des collègues avaient un peu peur parce que c’est une année d’élections. Mais pas moi, pas du tout. C’est important d’avoir une bonne conversation avec la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick.»

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