Interdiction du lait au chocolat dans les écoles: va-t-on trop loin?

Chaque jour, au coût de seulement 5,50$, les élèves du Carrefour Beausoleil à Miramichi ont droit à un délicieux repas avec dessert, préparé par le chef cuisinier de l’établissement, Pat Mills, ainsi qu’à un petit berlingot de lait blanc ou de lait au chocolat. La vaste majorité des jeunes préfèrent la deuxième option.

La récente mise à jour de la politique 711 du gouvernement provincial en matière de nutrition dans les écoles publiques en fait sourciller plus d’un. Pat Mills fait partie de ce groupe.

L’objectif étant de favoriser l’accès à des aliments plus sains, le gouvernement a notamment interdit le lait aromatisé en général (comme le lait au chocolat) et l’eau aromatisée ou vitaminée.

Loin de s’opposer à l’objectif de base de la politique 711, soit de mieux alimenter les jeunes, Pat Mills n’est pas persuadé que l’interdiction du lait au chocolat apportera les résultats désirés.

Il voit dans le lait au chocolat offert à la cafétéria un incitatif pour que les jeunes choisissent de dîner à l’école plutôt que d’opter pour les restos rapides.

«Pour plusieurs des jeunes, dîner à la cafétéria, c’est leur repas principal du jour. On travaille fort à développer des menus variés avec beaucoup d’ingrédients locaux. Quand l’école est finie, c’est hors de notre contrôle. Les jeunes ont souvent des activités après l’école et souvent, ils mangent quelque chose de rapide. Ils vont au McDonald’s, au Burger King, etc. S’ils ont eu au moins un bon repas équilibré dans leur journée, j’ai fait mon travail.»

Il voit aussi certaines contradictions. Alors qu’il n’a plus le droit de vendre du lait au chocolat ou des jus, il peut toujours vendre du pudding fait avec des mélanges en poudre.

«Il y a beaucoup de sucre dans le pudding», s’exclame-t-il!

Le lait au chocolat étant aussi l’un des breuvages les plus populaires dans la cafétéria du Carrefour Beausoleil, M. Mills craint aussi une perte de revenus.

«Je peux te garantir que je vais probablement réduire mes commandes de lait, parce que les ventes ne seront simplement pas là. C’est drôle parfois la manière que ça marche les jeunes, mais ils vont prendre de l’eau avant de prendre du lait blanc.»

Paul Gaunce, président des Producteurs laitiers du NB, est aussi tiraillé par cette question.

«C’est vrai, les enfants consomment beaucoup de sucre, mais beaucoup de ce sucre provient des boissons gazeuses et des boissons énergisantes. Je comprends que le gouvernement veuille s’attaquer à l’obésité chez les jeunes, mais je pense qu’ils doivent être plus actifs en général.»

Une tasse de lait au chocolat 2% de la marque Northumberland contient 28 grammes de sucre, 9 grammes de protéine et demeure une bonne source de calcium, de vitamine D et de vitamine A. Le même lait blanc contient seulement 12 grammes de sucre.

Bien que le lait blanc demeure une meilleure option, le lait au chocolat représente environ 75% des ventes de lait dans les écoles de la province, rappelle M. Gaunce, un producteur de lait de Passekeag, dans le sud de la province.

«Selon moi, il faut tenir compte du fait que le lait au chocolat a quand même une importante valeur nutritive. J’ai peur que les jeunes cessent tout simplement de boire du lait pendant le dîner.»

«Faire des choix santé»

Dans le cadre de sa démarche, le gouvernement provincial s’est associé au Bureau du médecin-hygiéniste en chef, à des diététistes de la santé publique et d’autres intervenants. Christy Roherty, responsable de la promotion de la santé chez la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC du Nouveau-Brunswick, a été consultée lors du processus.

Elle appuie les changements.

«Tout ce qui compte, c’est de faire des choix santé. Ce n’est pas une question d’enlever des choix aux enfants, parce que les parents peuvent toujours prendre d’autres choix à l’extérieur de l’école. Mais en tant qu’établissement public, les écoles devraient favoriser les meilleures options pour la santé.»

Elle rappelle que 36% des enfants du Nouveau-Brunswick souffrent d’embonpoint ou d’obésité.

«C’est l’un des taux les plus élevés au Canada. À long terme, l’obésité peut mener à des maladies chroniques comme les maladies du cœur ou le diabète.»

Selon Mme Roherty, cette dynamique souligne l’importance de complètement changer la culture alimentaire de la province. Les écoles demeurent un bon endroit où mener de bonnes actions, dit-elle.

«Le meilleur moyen d’y arriver c’est de s’assurer que le choix le plus sain est le plus accessible et pratique.»