Santé: une étude universitaire sème l’émoi dans le Nord-Ouest

Un document datant de 2015 qui suggère la conversion de l’hôpital Hôtel-Dieu-Saint-Joseph de Saint-Quentin en Centre de santé communautaire soulève de nombreuses inquiétudes auprès de la population du Restigouche-Ouest.

Conçu par des étudiants universitaires de Régina, le document brosse un portrait des services de santé dans la zone 4 (Nord-Ouest) et va jusqu’à proposer certaines solutions pour l’améliorer. Parmi celles-ci, on réveille de vieux démons: la fermeture de lits, l’amputation de services et le début d’une transition vers une conversion de l’hôpital en Centre de santé communautaire. Le tout, au profit d’une régionalisation des services.

Cette étude est tombée entre les mains de la présidente du CPSSQ, Joanne Fortin. Pour cette dernière, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une commande du gouvernement et dont l’objectif est de s’en prendre aux petits hôpitaux ruraux comme ceux de Saint-Quentin et Grand-Sault.

«On se doutait que le gouvernement avait un agenda caché, mais on ne se doutait pas qu’il voulait aller si loin que de fermer notre hôpital et le transformer en centre de santé communautaire. Là, on a la réalité en face. Le chat est sorti du sac, on sait contre quoi on se bat», croit-elle.

Le rapport date de 2015. Les choses ont donc pu évoluer et les mentalités changées depuis le temps.

Pas plus tard que vendredi, le premier ministre Brian Gallant a réitéré lors d’une rencontre éditoriale à l’Acadie Nouvelle son engagement à ne fermer aucun hôpital.

Mais au niveau du CPSSQ, on estime que les récentes décisions prises à l’encontre des hôpitaux de Grand-Sault et de Saint-Quentin parlent d’elles-mêmes. Et maintenant quoi?

«On va continuer ce que l’on faisait et même sûrement intensifier nos démarches», souligne Mme Fortin, fière de l’appui des nombreux citoyens du Restigouche-Ouest présents au point de presse.

Appui provincial

L’organisme Égalité santé en français a tenu à être de l’annonce du CPSSQ en guise d’appui. Son porte-parole, le Dr Hubert Dupuis, a d’ailleurs qualifié l’étude mise en lumière «d’explosive».

«Ça suit exactement la volonté du ministère qui est de fermer les régions, d’offrir moins de services et de tout centraliser», explique-t-il.

Selon lui, la mobilisation populaire est de mise afin de freiner l’effritement des services en milieux ruraux francophones.

«On doit forcer les preneurs de décisions – les politiciens – à s’engager envers davantage de services à l’intérieur des communautés rurales comme Saint-Quentin et Grand-Sault. D’ici là, les citoyens doivent veiller aux grains, car on a ici l’exemple d’un gouvernement qui ne prend pas les bonnes décisions», souligne-t-il.

Si l’organisme appuie les communautés rurales, ce dernier a toutefois un message pour celles-ci. «Nous ne sommes pas des sauveurs. C’est vous qui allez sauver vos hôpitaux», a-t-il lancé à la foule.

«Dérangez»

Anciennement porte-parole du comité Action H, la vice-présidente d’Égalité santé en français, Louise Blanchard, était aussi de la partie afin de démontrer son appui à la population, mais aussi pour partager son expérience.

Mme Blanchard s’est battue durant de nombreuses années après que le gouvernement eut décidé, en 2005, de convertir l’hôpital de Caraquet en Centre de santé communautaire. Cette décision impliquait la fermeture de l’urgence et des 40 lits.

Le groupe s’est battu pendant dix ans. Au final, il a réussi à récupérer l’urgence, 12 lits, ainsi que d’autres services.

Comme piste de solutions, elle a invité le CPSSQ et les citoyens à assister en grand nombre à chacune des rencontres du Réseau de santé Vitalité.

«La clé de notre succès, ce fut la persévérance. On a assisté à chacune des rencontres de conseil d’administration. Car ça ne sert à rien de tenter de convaincre le directeur général de Vitalité embauché par le ministre de la Santé – de changer sa position. Il faut plutôt convaincre les membres du conseil d’administration qui eux sont élus et ne sont pas tous du même avis que la direction générale. Allez à toutes les rencontres. Prenez la parole, posez des questions. Si vous êtes prêts à vous battre, vous allez gagner», a-t-elle lancé à la foule.

Une tempête dans un verre d’eau, dit Vitalité

Invité à commenter le document dévoilé par le CPSSQ, le directeur général du Réseau de santé Vitalité a confirmé en avoir déjà pris connaissance par le passé, mais qu’il n’est en rien une commande du réseau et encore moins un document de travail sur lequel il se base.

«On est au courant du rapport. C’est un document qu’on a vu passer il y a quelques années, mais sans plus. Il a été réalisé par un groupe d’étudiants dans le cadre d’un projet universitaire, c’est tout. Honnêtement, je ne vois vraiment pas sur quoi on se base pour en faire tout un plat», indique Gilles Lanteigne, tentant de minimiser la sortie du CPSSQ et d’Égalité santé en français.

Pour lui, se servir du document pour prêter au réseau l’intention de fermer des hôpitaux est tout simplement malhonnête.

«Car ce n’est absolument pas le cas. Je l’ai dit et je le répète, il n’y a pas de plan pour fermer les hôpitaux communautaires. Il n’y aura pas de fermeture. Au contraire, on veut développer ceux-ci. Je ne sais plus comment le dire pour qu’on le comprenne. Ce que je vois ici, c’est malheureusement une fois de plus des propos alarmistes visant à inquiéter la population», exprime M. Lanteigne.