Pêche dans les zones fermées: jusqu’à 33 infractions potentielles

Le ministère des Pêches et des Océans mène une enquête sur 33 infractions potentielles de pêche dans des zones fermées pour la protection des baleines noires.

Jean Lanteigne, directeur général de la Fédération Régionale Acadienne des Pêcheurs Professionnels (FRAPP), admet qu’à première vue, 33 infractions «a l’air comme beaucoup». Il n’est cependant pas prêt à poser un jugement sur les infractions potentielles jusqu’à ce qu’il ait la chance de les étudier, cas par cas.

Selon lui, plusieurs facteurs pourraient être derrière les allégations. Elles pourraient être aussi banales qu’un pêcheur qui a laissé ses casiers trop près de la frontière d’une fermeture, ou qui a laissé ses casiers à l’eau quelques heures de plus que prévu, en raison de la météo.

Il pourrait aussi y avoir des cas de casiers perdus ayant fini par se retrouver accidentellement dans une zone fermée.

«Un pêcheur peut placer un casier près d’une zone fermée et un autre pêcheur l’accroche en passant et le transporte dans la zone en question. On le retrouve dans la zone fermée, puis le propriétaire est responsable.»

«On va suivre de près la nature de ces accusations-là. Il y a toutes sortes de scénarios possibles. C’est extrêmement difficile de poser un jugement pour le moment avant d’avoir vu c’est quoi, vraiment, qui est allégué.»

Le DG de la FRAPP souligne qu’il y a eu beaucoup de casiers perdus ce printemps à cause des mesures de protection des baleines noires. Les zones de fermeture ont forcé les pêcheurs à placer leurs casiers dans une superficie restreinte, haussant ainsi la densité des casiers

«C’était facile de s’accrocher dans les casiers de l’autre, particulièrement dans les déplacements de nuit. Encore ce matin, j’ai eu une liste de casiers perdus. Ils (les agents du MPO) ont pu placer des constats d’infraction avant que les données sur les casiers perdus soient compilées.»

M. Lanteigne lève d’ailleurs son chapeau aux crabiers qui ont réussi à traverser un tel scénario sans que la situation ne dégénère.

«On peut comprendre qu’à un moment c’est devenu extrêmement compliqué entre eux autres: il y avait les casiers mêlés, les pêcheurs tassés l’un par-dessus l’autre, et toutes sortes de situations délicates.»

Le ministère des Pêches et des Océans confirme que la Division de Conservation et Protection de la région du Golfe «enquête actuellement sur 33 détenteurs de permis de crabe et homard pour avoir déposé des casiers dans les zones fermées pour protéger les baleines noires».

On refuse cependant d’en dire davantage étant donné que l’enquête est en cours.

M. Lanteigne prévoit qu’un portrait complet de la situation sera seulement disponible en septembre.

Statu quo «intenable»

Si les pêcheurs ont réussi à atteindre leur quota malgré les mesures de protection.

M. Lanteigne croit que le statu quo est inacceptable.

L’absence de pêche dans la zone de fermeture statique et la pêche intensive dans le reste du sud du golfe du Saint-Laurent finira probablement par créer un déséquilibre de la biomasse à moyen et à long terme.

«Je ne croirais pas qu’une saison de pêche va changer les affaires, mais à moyen terme c’est intenable. On ne pourrait pas continuer avec un modèle de pêcherie comme ça.»

Des sessions de travail préliminaires sont prévues cet été et des réunions entre les crabiers et le gouvernement fédéral auront lieu cet automne.

Les pêcheurs s’entendent pour dire que la saison n’a pas été aussi mauvaise qu’ils l’avaient prévu au niveau de la quantité des débarquements.

Dans le plus récent rapport des contingents des crabes des neiges – publié le 3 juillet – le MPO indique que la flottille traditionnelle du sud du golfe a atteint 98,4% de son quota. L’ensemble des pêcheurs de la zone a pris 98,6% du total admissible des captures.