Quand les mangeoires pour oiseaux font plus de tort que de bien

Plusieurs groupes de protection des oiseaux appellent à ne plus suspendre de mangeoires lorsque viennent les beaux jours. Ces plateformes favoriseraient la transmission de la trichomonase aviaire, une infection particulièrement contagieuse.

Depuis la fin mai, le Réseau canadien pour la santé de la faune (RCSF) a reçu dix signalements d’oiseaux potentiellement infectés par la trichomonase aviaire au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. L’organisme évoque des cas suspectés rapportés par des observateurs d’oiseaux, mais qui n’ont pas été vérifiés en laboratoire.

Parasite microscopique, la trichomonase s’attaque généralement à l’appareil digestif supérieur ou aux organes internes. Il cause des lésions principalement au niveau de la cavité buccale des oiseaux, ce qui les empêche de se nourrir normalement.

Les petits oiseaux, comme le chardonneret jaune et le roselin pourpré, y sont particulièrement vulnérables. En 2011, l’infection a fait chuter la population d’oiseaux de 33% en Grande-Bretagne. Au Nouveau-Brunswick, les premiers signalements remontent à 2007.

Environnement Canada recommande de nettoyer et de désinfecter régulièrement les sources de nourriture et d’eau comme les mangeoires et les bains d’oiseaux, qui facilitent la transmission.

«Les oiseaux ont tendance à se rassembler en plus grand nombre, attirés par la nourriture, puis laissent le parasite derrière eux», explique David Currie, président de la Nova Scotia Bird Society.

Selon lui, il n’est pas nécessaire d’accrocher de mangeoires pendant la saison estivale. «Il y a beaucoup de nourriture à l’état sauvage, les arbres et les herbes produisant suffisamment de graines que les oiseaux peuvent manger. Il n’y a aucun avantage biologique à les nourrir l’été, c’est quelque chose que je fais juste en hiver, quand ils en ont besoin.»

David Currie suggère de laisser les bains d’oiseaux vides et d’enlever les mangeoires pendant de deux à quatre semaines en cas de contamination.

Les oiseaux infectés peuvent avoir de la difficulté à avaler, à se nourrir et à respirer et présentent des symptômes tels que la léthargie, la perte d’équilibre, de poids ou de la capacité à se tenir debout. Parmi les autres symptômes possibles figurent un plumage ébouriffé ou gonflé, un plumage aplati et humide autour du visage et du bec, et une salivation excessive. Leur salive contribue à la propagation de la maladie en infectant les sources de nourriture.

Megan Jones, une pathologiste du RCSF, note que les oiseaux infectés sont généralement réticents à s’envoler, et peuvent avoir de l’humidité sur les plumes et de la nourriture croûtée autour de leur bec. «On les voit le bec ouvert ou semblant avoir de la difficulté à respirer, parfois ils régurgitent de la nourriture», décrit-elle.

Le fait de remplacer quotidiennement l’eau par de l’eau propre et fraîche, de même que de remplacer périodiquement la nourriture, peut également aider à limiter la propagation de la maladie.

Les modèles de mangeoire qui exposent les graines à la pluie ou qui retiennent l’humidité sont à éviter. Certaines associations d’ornithologie proposent plutôt de créer des habitats naturels pour les oiseaux, par exemple creuser un étang ou planter des arbustes.

LE RCSF invite les citoyens à lui rapporter toute observation d’oiseau malade ou infecté. L’an dernier, plus d’une centaine de cas de trichonomase aviaire lui ont été signalés, dont 18 ont pu être confirmés en laboratoire. À noter que la maladie n’est aucunement transmissible aux humains ni aux animaux de compagnie.

  • Avec des extraits de Canadian Press