Bas-Caraquet: le comité veut voir renaître l’église de ses cendres

Il y a deux semaines, Bas-Caraquet se réveillait dans les flammes. Son église était ravagée par le feu. Passé la stupéfaction, le comité de sauvegarde de la bâtisse religieuse, qui œuvrait pour sa rénovation, se mobilise à nouveau. Il aimerait la voir renaître de ses cendres. Sur ce point, la communauté est partagée.

«On ne pourra jamais la reconstruire à l’identique, prévient d’emblée Lucie LeBouthillier. Le sous-sol s’est effondré. Tout l’intérieur a brûlé. Les vitraux et toutes les pièces en bois travaillé sont perdus à jamais».

Ravagée par les flammes fin juin, l’église de Bas-Caraquet a perdu sa splendeur d’antan.

La présidente du comité et les autres membres veulent néanmoins croire à l’impossible. Ils passent en mode action. Avant d’annoncer quoi que ce soit, l’équipe veut savoir ce qu’il est envisageable d’entreprendre.

C’est pourquoi les bénévoles ont contacté un ingénieur civil de la Nouvelle-Écosse, spécialisé en bâtiment. Des documents lui ont été transmis. L’expert doit prochainement venir sur place pour inspecter les murs restés debout et vérifier leur solidité.

«On n’a pas encore la date de son passage. C’est sûr que si la base n’est pas assez solide, on ne pourra rien faire. En fonction des résultats de l’expertise, on dessinera plusieurs esquisses.»

Lucie LeBouthillier ne s’en cache pas, son souhait n°1 serait de rebâtir une église à partir des ruines actuelles.

«L’intérieur serait moderne et épuré, avec des poutres en acier. Ce serait une belle manière de transformer notre chagrin et notre peine en une force constructive.»

Même détruite, l’église du village ne passe pas inaperçue. Nul n’ignore ce qui est arrivé. Et si le trafic de curieux a cessé aux abords de ces empilements de pierres désormais noircies par la suie, l’avenir de la construction agite les esprits.

Chacun a son opinion. Gilles Chiasson est pour qu’on la détruise. Il y était attaché.

«Ça me fait un pincement au cœur de la voir comme ça. J’ai grandi à côté et j’habite encore pas loin. Je la voyais tous les jours.»

Le retraité se souvient qu’après l’école, lui et un camarade s’y précipitaient les midis pour faire sonner les cloches.

«J’avais 6 ans à l’époque. C’était dur, j’étais tout petit. Il fallait tirer fort.»

Pour autant, il ne voit pas l’intérêt d’en faire quelque chose maintenant.

«Elle est trop maganée. Ça ne sert plus à rien. Il vaudrait mieux reconstruire une autre église moderne, facile à chauffer et facile d’accès pour les personnes âgées, à la place», considère-t-il.

Edna Paulin, de Bas-Caraquet également, pense autrement. La dame aux cheveux poivre et sel a encore du mal à accepter ce qui s’est produit le 25 juin.

Elle n’est pas native de la région, elle y habite depuis près de 50 ans. Suffisamment longtemps pour s’être constitué des racines, ici. L’église incendiée était l’une d’elles.

«Les jours de tempête en hiver, je regardais de chez moi en direction du clocher. Si je ne le voyais pas, ça voulait dire que c’était une grosse tempête. C’était mon repère.»

Elle espère la revoir fonctionnelle un jour.

Le drame qui a touché la communauté de Bas-Caraquet affecte les résidents de la Péninsule acadienne tout entière, même au-delà. Maurice Cormier, de Grande-Anse, est convaincu qu’il y a moyen de sauver ce lieu de culte, et autrement qu’en le rayant du paysage.

Maurice Cormier, de Grande-Anse, est convaincu que l’église de Bas-Caraquet peut renaître de ses cendres comme l’a fait celle de son village (ici en arrière-plan), après le feu qui l’a ravagée en 1946. – Acadie Nouvelle: Vincent Pichard

«En 1946, notre église a, elle aussi, brûlé. Je n’étais pas né à l’époque, mais ma mère me racontait combien ça l’avait attristée. Ils l’ont reconstruite. Et dans ce temps-là, ils n’avaient pas tout l’équipement qu’on a maintenant. Alors pourquoi ne pourrait-on pas la rebâtir?»

Dans son garage, ce grand-père a retrouvé un livre édité en 1968 à l’occasion du centenaire de la paroisse de son village. L’incendie de 1946 y est évoqué et illustré.

Une photo des restes de l’église prise peu après ressemble à s’y méprendre à celles prises aujourd’hui à Bas-Caraquet. Elles présentent toutes une architecture désincarnée.

Le livre du centenaire de la paroisse de Grande-Anse, paru en 1968, évoque l’incendie de 1946, qui a détruit l’église du village. L’édifice en ruines de l’époque fait penser à celui de Bas-Caraquet, aujourd’hui. – Acadie Nouvelle: Vincent Pichard

Maurice Cormier n’est «pas plus catholique qu’un autre», déclare-t-il. Les édifices religieux lui tiennent néanmoins à cœur.

«Ça attire les touristes l’été. C’est l’identité visuelle d’une place. Ce sont de beaux monuments. Pour moi, ce sont des chefs-d’œuvre. Il faut les entretenir.»

«Nous ne voulons pas tout jeter à terre»

S’il n’est pas possible de reconstruire une église à partir des murs de celle qui a brûlé le mois dernier, les membres du comité de sauvegarde du bâtiment aimeraient malgré tout en conserver les vestiges. Et pourquoi pas, aménager l’intérieur en parc ouvert sur l’extérieur, avec des bancs pour se recueillir.

«Un peu comme ce qui a été fait à Caraquet avec le Vieux-Couvent. Ça deviendrait un lieu de mémoire. Ce qui est sûr, c’est que nous ne voulons pas tout jeter à terre», confie la présidente, Lucie LeBouthillier.

Dans l’espoir de financer un quelconque projet de reconstruction ou d’aménagement, le comité poursuit ses activités de collecte de fonds, notamment sa Chasse à l’as de trèfle. Le prochain tirage se déroulera samedi. Son gros lot est estimé à 17 500$.

La population ne reste pas de marbre au dévouement des bénévoles. Preuve en est, les ventes de billets ont bondi d’un tiers, la semaine qui a suivi l’incendie.

«Les gens m’épatent. Je sens une très forte solidarité au sein de notre communauté», souligne Mme LeBouthillier.