Jusqu’à 100 000$ d’amende pour ceux qui s’approchent trop des baleines

Pêches et Océans Canada interdit aux gens de s’approcher de trop près des mammifères marins. L’industrie touristique de la baie de Fundy devra s’adapter.

Dorénavant, il est interdit d’approcher des mammifères marins à moins de 100 mètres de distance, et ce, partout au Canada. Le règlement touche tous les types d’embarcations – kayak, chaloupe, zodiac, voilier, etc. –, conduites par des professionnels comme par des plaisanciers.

Cette distance minimum s’étend à 400 mètres pour les espèces menacées ou en voie de disparition de baleines, de dauphins et de marsouins, qui vivent dans l’estuaire du Saint-Laurent. La limite est établie à 200 mètres pour un cétacé en repos ou avec un baleineau.

La nouvelle réglementation proscrit toute perturbation d’un mammifère marin, ce qui comprend le nourrir, nager ou interagir avec lui, le déplacer ou l’obliger à se déplacer, le séparer de son groupe ou se placer entre une femelle et son petit, piéger des mammifères marins entre un navire et le rivage, ou entre des bateaux, l’étiqueter ou le marquer.

«Observer les baleines et les autres mammifères marins dans leur habitat naturel offre aux Canadiens une occasion d’apprécier davantage ces magnifiques animaux. Mais en nous approchant trop de la faune dans son habitat, nous risquons de perturber et même de blesser la faune marine», avertit l’agence fédérale dans un communiqué.

«Pêches et Océans Canada s’évertue à trouver le juste équilibre entre la nécessité de protéger les mammifères marins et la contribution économique que les activités d’observation des baleines et les industries connexes apportent aux collectivités côtières.»

Des amendes pouvant atteindre 100 000$ pourront être données aux personnes contrevenantes. Le ministère appelle à signaler les cas de perturbation ou de harcèlement de ses animaux.

«Avant, il y avait déjà des directives volontaires, mais elles n’étaient pas exécutoires. Maintenant, ce n’est plus le cas», a indiqué Adam Burns, directeur général de la gestion des ressources halieutiques chez Pêches et Océans Canada. Selon lui, la majorité des représentants de l’industrie touristique consultés appuyaient la démarche.

Comportements nocifs dans la baie de Fundy

La nouvelle réjouit la propriétaire de Quoddy Link Marine, qui organise des excursions d’observation de rorquals, de baleines à bosse, de phoques et de marsouins au large de Saint-Andrews.

«Nous sommes satisfait de voir de ce changement de règlement parce qu’on voit beaucoup de propriétaires de bateaux de plaisance ou d’autres entreprises privées comme la nôtre qui ne respectent pas cette distance, réagit Lisa Eldridge. Ça me semble nécessaire à la survie des animaux marins. J’espère que ça va aider à sensibiliser les gens à la bonne façon de se comporter à proximité des baleines.»

Quoddy Link Marine suit déjà cette consigne depuis 1997, lorsqu’elle a signé le code d’éthique des observateurs de baleines de la baie de Fundy.

Ce dernier prévoit que les entreprises d’excursions restent à plus de 100 mètres des cétacés, ne se regroupent pas à plus de deux bateaux autour d’eux et de laisser seule toute baleine montrant un comportement d’évitement.

Lisa Eldridge souhaite que la mesure soit accompagnée d’un contrôle accru de la part des équipes du ministère. «Il faut respecter leur habitat et leur espace, ce que ne font tous ceux qui manoeuvrent dans la Baie», insiste-t-elle.

Risques pour les baleines

Cette annonce a été faite mercredi alors que les gens continuaient à affluer vers une zone au large d’Ingonish Beach, au Cap-Breton, pour apercevoir deux bélugas qui batifolent près du rivage depuis environ une semaine. Le duo captive les habitants et les touristes depuis des jours – quelques curieux plongeant même dans l’eau pour nager avec les bélugas.

Des vidéos et des photos sur les médias sociaux montrent des bateaux et des kayaks qui entourent les baleines blanches tachetées remontant à la surface, à portée des petites embarcations. Une vidéo montre un chien nageant près des mammifères, accompagnés d’un individu en combinaison.

Les experts sont unanimes: ces «rencontres du troisième type» peuvent être nocives pour les baleines – et pour les curieux. Catherine Kinsman, du Whale Stewardship Project, qui étudie les bélugas depuis 1998, explique que les baleines pourraient devenir trop familières avec les humains et les bateaux, augmentant ainsi le risque de blessures.

«Ce sont des animaux sauvages et ils doivent rester sauvages pour leur propre protection et leur survie.»

En 2002, un béluga qui s’était habitué aux habitants près de Calvert, à Terre-Neuve-et-Labrador, avait dû être abattu après avoir été heurté par une hélice de bateau.

  • Avec des extraits de la Presse canadienne