EXCLUSIF: Les dessous de l’arrestation musclée du Hells Emery “Pit” Martin

Vitres fracassées, utilisation de poivre de Cayenne et de gaz lacrymogène, adolescent bousculé, voilà quelques-uns des détails entourant l’arrestation récente et spectaculaire du Hells Angels Emery “Pit” Martin.

Des propos recueillis par l’Acadie Nouvelle au cours des derniers jours auprès de plusieurs sources révèlent que l’arrestation du motard par les policiers ne s’est pas faite dans la dentelle.

Divers témoignages livrés au sujet de l’intervention policière musclée effectuée le 25 juin dernier sur l’autoroute transcanadienne s’apparente à un scénario d’un film d’action hollywoodien ou à un épisode de la populaire télésérie District 31.

Selon ce qu’a appris le journal, l’individu âgé de 57 ans, et son fils (14 ans), circulaient tous deux à bord de son véhicule utilitaire en matinée lorsqu’une camionnette a brusquement fait son apparition sur l’autoroute.

Des agents de la GRC prenaient place dans le véhicule banalisé qui se trouvait à la hauteur du village de Rivière-Verte, tout près d’Edmundston.

Les policiers auraient alors intercepté le camion du membre en règle des Hells Angels le plus en vue au Nouveau-Brunswick.

Après avoir fracassé les vitres du véhicule, les membres de l’escouade policière d’élite auraient aspergé de gaz lacrymogène et de poivre de Cayenne les deux occupants qui furent par la suite menottés.

«Les motards peuvent être parfois des gens craintifs, il est fort possible qu’Emery Martin craignait pour sa sécurité et celle de son fils et ignorait au départ qu’il avait affaire à des policiers», a expliqué à l’Acadie Nouvelle un spécialiste des renseignements criminels et des Hells Angels au pays.

Selon lui, il est même fréquent que des motards d’envergures et leurs proches fassent l’objet d’une protection offerte par un «prospect» d’un club-école qui a tout à prouver à l’organisation mère en protégeant des lieux privés et des personnes clés.

«Selon ce qu’on m’a raconté, le fils aurait été sorti du camion par les policiers avec force. Une vidéo de l’arrestation pourrait sûrement nous éclairer», a pour sa part indiqué Me Jocelyne Moreau-Bérubé, avocate d’Edmundston qui représente Emery Martin.

Puisqu’une enquête policière est toujours en cours, cette dernière a été prudente dans ses commentaires, question de ne pas nuire à son client qui est actuellement incarcéré à Shediac.

La GRC préfère également ne pas entrer dans les détails.

«Je ne peux pas préciser de quelle manière cette arrestation a été effectuée afin de ne pas dévoiler les tactiques que nous utilisons. Je peux cependant dire que lors d’une arrestation, en général, nous avons recours au degré de force jugée nécessaire afin de diminuer les risques pour le public et les policiers», a affirmé la caporale Jullie Rogers-Marsh.

Cette arrestation d’Emery « Pit » Martin découle de l’enquête J-Thunder visant à mettre un frein au trafic de cocaïne dans la Péninsule acadienne et dans les comtés de Restigouche, Madawaska et de Victoria, a fait savoir la GRC.

Il est le premier membre des Hells Angels arrêté dans le cadre de cette enquête, qui a déjà mené à l’arrestation et à la mise en accusation de plusieurs individus.

Un motard surveillé de près

Emery Martin, l’unique membre en règle des Hells Angels d’origine acadienne, savait fort bien qu’il faisait l’objet depuis un bon moment d’une étroite surveillance de la part de plusieurs corps policiers.

L’homme ne s’en est d’ailleurs jamais caché.

Ses moindres rencontres, conversations et déplacements au Madawaska et ailleurs à travers le monde étaient constamment surveillés par les autorités qui le considèrent depuis longtemps comme une personne d’intérêt.

«Pour la GRC au Nouveau-Brunswick, ce membre Nomad des Hells Angels est certainement quelqu’un de grand intérêt. Il a été vu dans plusieurs évènements», raconte une source policière qui est bien au courant des faits et gestes du motard de Sainte-Anne-de-Madawaska.

«Pour d’autres corps policiers, c’est quelqu’un qui a toujours de bons liens avec les motards au Québec et qui a largement contribué à l’établissement des Hells Angels au Nouveau-Brunswick et dans les autres provinces maritimes», a confié cette même source.

Sa longue feuille de route témoigne d’un homme qui est somme toute respecté dans le milieu interlope.

«Sans être une tête dirigeante, c’est quelqu’un de la vieille garde des Hells qui est influent et qui jouit d’un statut et d’une crédibilité certaine parmi ses pairs».

Une preuve béton?

Emery Joseph Martin demeure incarcéré au Centre correctionnel régional du sud-est, à Shediac.

La Couronne, qui est représentée par l’avocat-conseil du Service des poursuites pénales du Canada Bernard Roux et deux de ses acolytes, aurait en main à ce jour un dossier plutôt bien étoffé contenant 1000 pages de divers documents reliées de près au membre des Hells Angels.

L’avocate d’Emery Martin, Me Jocelyne Moreau-Bérubé, aura la lourde tâche de passer en revue cette volumineuse montagne de documents d’enquêtes amassée au fil des mois.

Celle-ci pourra alors prendre connaissance de l’ensemble des faits qui sont reprochés à son client.

Rappelons que le Groupe fédéral des crimes graves et du crime organisé de la GRC au N.-B. a récemment porté des accusations à l’endroit du quinquagénaire, dont celles de trafic de cocaïne, recyclage et possession de produits de la criminalité et de perpétration d’une infraction au profit d’une organisation criminelle.

“Pit” Martin comparaîtra en cour provinciale à Bathurst le 31 juillet prochain.

Le tribunal devrait alors fixer une date où l’accusé pourra subir son enquête sur remise en liberté provisoire.