Temps sec: d’autres municipalités s’inquiètent

Bien qu’une pluie timide dans la nuit de mardi à mercredi ait légèrement atténué l’impact d’une sécheresse dans la Péninsule acadienne, des municipalités lancent un appel à la prudence.

Après l’instauration récente de restrictions provisoires sur l’utilisation de l’eau potable à Tracadie en raison de la sécheresse qui touche la région, voilà que Caraquet souhaite conscientiser sa population à l’importance d’éviter de nettoyer son asphalte ou d’arroser son gazon et son jardin excessivement.

Une annonce a notamment été publiée mardi sur la page Facebook de la municipalité.

Le maire de Caraquet, Kevin Haché, se fait rassurant. Les réserves d’eau à Caraquet demeurent bonnes pour l’instant, mais l’objectif est d’encourager la population à prendre de mesures pour mieux préserver l’eau potable.

«On se trouve encore dans les niveaux normaux, mais si jamais les niveaux d’eau tombent en dessous d’une certaine limite, la municipalité a des arrêtés en place pour limiter son utilisation à certaines heures», explique Kevin Haché.

La pluie s’est aussi faite rare à Shippagan depuis le début printemps. À l’instar de Caraquet, la municipalité souligne qu’elle a de bonnes réserves, bien que des employés continuent de surveiller la situation, signale Anita Savoie Robichaud, mairesse de Shippagan.

«À l’époque de la grosse pêche, la Ville fournissait quand même six usines en eau, donc la réserve est bonne. Nos employés municipaux font quand même des vérifications régulières pour s’assurer que tout va bien.»

De leur côté, les résidents de Saint-Isidore, près de Tracadie, s’approvisionnent en eau par des puits individuels. La sécheresse de 2017 les a donc poussés a adopté de bonnes habitudes de consommation, indique Oscar Roussel, maire de la municipalité.

«On a connu une sécheresse l’an denier et les gens ont fait attention. Je pense que le même principe s’applique cette année. Les gens sont très raisonnables et ils comprennent l’importance de ne pas abuser.»

Des foreurs occupés

L’automne 2017 s’est avéré une saison particulièrement occupé pour Sacha Noël, propriétaire de Modern Well Drilling, à Sainte-Rose.

Plusieurs clients ont contacté le foreur afin d’approfondir leurs puits. Les faibles précipitations des mois précédents les avaient asséchés.

«C’est vraiment à partir de la fin août que la sécheresse a commencé à se faire ressentir. Le niveau d’eau dans les puits avait vraiment baissé. (…) Dans la Péninsule, il y a beaucoup de puits d’une vingtaine de pieds. Ils sont soutenus par la pluie et la fonte des neiges.»

Cette année, jusqu’à maintenant, l’entreprise de Sacha Noël ne manque pas de travail, mais pas en raison de la sécheresse. La situation pourrait cependant évoluer au cours des prochaines semaines si rien ne change.

«On n’a pas encore vu de différence. La sécheresse n’a pas encore affecté les puits on dirait. Je ne peux pas parler au nom des autres entreprises du domaine, mais si la sécheresse continue de cette façon, je peux imaginer que les gens vont commencer à nous appeler à ce sujet.»

Le mois de juillet le plus sec depuis 1889?

René Gionet, de Bas-Caraquet, est observateur climatologique bénévole chez Environnement Canada depuis 40 ans.

Sa tâche principale consiste à mesurer les précipitations dans la région de Bas-Caraquet. Ses données concernent principalement la partie nord de la Péninsule acadienne, soit Bas-Caraquet, Caraquet, Bertrand et les communautés environnantes.

«La sécheresse n’est pas exactement la même partout. La pluie c’est quelque chose d’assez local, alors je ne peux pas parler au nom de la partie sud, soit la région de Tracadie. Ils ont reçu un peu plus de pluie que nous, bien que la région se trouve aussi en période de sécheresse. La nôtre est cependant pire.»

D’après M.Gionet, la région du Grand Caraquet vogue vers son mois de juillet le plus sec depuis 1889. En date du 18 juillet, seuls 5,6 mm de pluie sont tombés, soit un déficit d’environ 90% par rapport à la norme.

«Jusqu’ici, le mois de juillet le plus sec a été en 1991. Il était tombé 20,8 mm de pluie. Évidemment, il va falloir attendre à la fin du mois pour savoir si on a éclipsé le record. Par contre, même s’il pleut, on est quand même en sérieux déficit. Je ne sais pas si la tendance va se maintenir, mais on s’enligne sans doute vers des problèmes de pluie comme l’an dernier. Il y a aussi le danger de feux de forêt.»

Bien que la région ait reçu des quantités de neige abondante durant l’hiver, l’impact de la sécheresse de 2017 se fait toujours sentir.

«Les gens l’ont peut-être oublié, mais il y a eu 5 mois de sécheresse l’an dernier. Les mois de juin, juillet, août, septembre et octobre étaient tous déficitaires en pluie. Il y a eu un peu plus de neige que d’habitude, mais ça n’a pas permis de combler le déficit qui a été causé par la sécheresse.»

Les prochains jours s’annoncent également chauds et secs. Les prochaines averses pourraient seulement tomber dimanche prochain.

«C’est encore de l’inconnu et ça peut changer d’ici à dimanche.»