Voler en paramoteur: à la fois «grisant et effrayant»

«J’ai toujours eu envie de voler. D’aussi loin que je me souvienne, c’était en moi.» Retraité depuis peu, Pierre Brideau réalise son rêve grâce au paramoteur. Chaque fois qu’il se retrouve dans les airs, la sensation qu’il éprouve l’exalte.

«C’est indescriptible. C’est en même temps grisant et effrayant.»

Plus précisément, cela le plonge dans un état de contemplation.

«Ça me fait voir la Terre et la vie sous un autre angle. Quand je suis là-haut, je suis concentré sur le moment présent. Toutes mes préoccupations restent en bas. Je ne divague pas dans mes pensées. Ça me vide la tête. C’est un sentiment de liberté et de contrôle à la fois.»

Lors de notre rencontre avec Pierre Brideau, à Rivière-du-Portage, les conditions météo ne lui permettaient pas de s’envoler. Le vent était trop instable. – Acadie Nouvelle: Vincent Pichard
– Acadie Nouvelle: Vincent Pichard

Harnaché à son moteur à hélice, sa voile toute grande déployée, ce résident de Tracadie-Beach se sent pousser des ailes. Il ne se croit pas indestructible pour autant.

«Je reste conscient du danger. On pense toujours à ce qui peut arriver: une jambe cassée, un écrasement… Mais ça reste une activité sécuritaire. Depuis que j’en fais, j’ai eu près de 20 pannes de moteur. Quand ça arrive, c’est toujours possible de se laisser planer et de se diriger.»

Une seule fois, Pierre Brideau a fini son envol empêtré dans des arbres. Par chance, il ne s’est pas gravement blessé. Il n’a même pas déchiré sa toile.

Rien ne prédestinait ce père de famille à se passionner pour le paramoteur. Avant un rassemblement organisé il y a trois ans à Tracadie, il ne savait pas que cette activité existait.

Pierre Brideau, de Tracadie-Beach, s’est initié au paramoteur il y a trois ans. Depuis ses débuts, il a effectué plus de 150 vols. – Acadie Nouvelle: Vincent Pichard
– Acadie Nouvelle: Vincent Pichard

«J’y suis allé par curiosité.»

Sur place, il a rencontré le Québécois Éric Dufour. L’ancien champion du monde l’a fait tomber amoureux de sa discipline. Au point que quelques jours plus tard, notre interlocuteur partait pour Carignan, près de Montréal, suivre une formation.

Pendant une dizaine de jours, il s’est gavé de cours théoriques et pratiques: règlements dictés par Transports Canada, maniement de la voile au sol, apprentissage des techniques d’atterrissage, etc. Ce déluge de savoir ne l’a pas découragé. Bien au contraire!

– Acadie Nouvelle: Vincent Pichard

«J’étais un élève qui en voulait toujours plus.»

Jusqu’à son premier vrai décollage avec moteur et sous la supervision de son formateur: «À ce moment-là, je n’étais plus sûr de rien. Je m’imaginais le pire. C’est la même chose pour tout le monde. Mais c’était tellement impressionnant et exceptionnel. C’est fantastique de voler.»

Été comme hiver, Pierre Brideau prend de l’altitude. Survoler le phare de Miscou l’a particulièrement marqué. Longer la côte de Val-Comeau jusqu’à Tracadie l’émerveille tout autant.

Parfois, l’ancien enseignant se retrouve sur le terrain de Rivière-du-Portage qu’il utilise comme piste de décollage avec des amis de Tracadie, initiés eux aussi.

«On est quatre ou cinq. J’aimerais qu’il y ait plus de pilotes au Nouveau-Brunswick. Je connais quelqu’un à Fredericton. Il me semble qu’il y en a du côté de Sussex.»

La province ne compte pas de club ou d’association. Au Québec, des écoles et des centres de formation sont en activité un peu partout sur le territoire.

En attendant que la situation évolue par chez nous, Pierre Brideau prépare celles et ceux qui veulent passer leur certification. Et ce, en partenariat avec l’école montréalaise où il a appris. Il s’est installé un simulateur chez lui. Il a présentement un élève; un deuxième a manifesté son intérêt.

En parallèle, il alimente sa chaîne YouTube et sa page Facebook de photos et de vidéos enregistrées pendant ses vols. Une autre manière de promouvoir sa passion.

Féru mais pas intrépide

Le réservoir d’essence du paramoteur de Pierre Brideau lui procure deux heures d’autonomie. Féru mais pas intrépide, il ne reste pas plus d’une heure en vol. La sécurité avant tout! L’hiver, ses sorties ne dépassent pas les 15 minutes.

«Mes doigts gèlent au bout d’un moment. J’ai tout essayé: double paire de mitaines, gants chauffants… Rien n’y fait.»

Il lui est déjà arrivé de dépasser 4000 pieds de hauteur. En moyenne, il surplombe le sol à près de 1000 pieds.

«Trop haut, on ne distingue rien.»

Pierre Brideau a littéralement le paramoteur dans la peau. Il y a deux mois, il s’est fait tatouer son engin sur l’intérieur de son biceps droit.

«Ce tatouage me représente. Il définit qui je suis aujourd’hui.»

– Acadie Nouvelle: Vincent Pichard