Manifestation des travailleurs saisonniers: pique-nique estival sur fond de frustration

Les travailleurs saisonniers de la Péninsule acadienne sont prêts à se faire entendre à tout prix.

Mardi matin, plusieurs centaines d’entre eux se sont rassemblés devant le Centre culturel de Caraquet, là où est situé le bureau du député fédéral d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier. La manifestation pourrait être de longue durée. Certains participants avaient l’intention d’y passer la nuit.

«Aujourd’hui (mardi), ç’a été organisé à la demande des gens qui veulent lancer un cri d’alarme. On a invité les gens à amener leurs tentes et leurs roulottes, parce qu’assez, c’est assez», a signalé Fernand Thibodeau, porte-parole du Comité d’action de l’assurance-emploi de la Péninsule acadienne.

La journée s’annonçait cependant très chaude et humide. Les températures se sont élevées à plus de 35 degrés Celsius. En après-midi, plusieurs se sont faufilés dans les rares zones ombragées autour du Centre culturel pour se mettre à l’abri du soleil.

Alors que l’événement a parfois pris les allures d’un pique-nique estival, la colère était tout de même palpable.

Steve Hachey, de la région de Tracadie, fait partie de ceux qui prévoient rester sur place le plus longtemps possible. Il a prévu de passer la soirée dans un tipi qui a été érigé devant le Centre culturel de Caraquet.

Le travailleur en construction, âgé de 34 ans, mise particulièrement sur les prestations d’assurance-emploi depuis qu’il a été victime d’un accident en 2011. Bien qu’il ait cumulé des emplois depuis ce temps, sa santé ne lui permet pas de travailler comme il le voudrait, dit-il.

«Les gens sont tannés. L’assurance-emploi est une nécessité, pas un loisir. Les ministres du fédéral doivent changer la loi pour que l’assurance-emploi marche comme auparavant, soit 14 semaines et 420 heures de travail pour 30 à 35 semaines de prestations.»

De son côté, le député Serge Cormier n’y sera pas avant mercredi au plus tôt. Étant à Ottawa, il a contacté deux représentants du Comité d’action pour leur demander de reporter la manifestation à mercredi, a écrit Serge Cormier dans un communiqué envoyé aux médias dimanche soir. Le Comité d’action a toutefois décidé d’aller de l’avant.

Des changements qui frustrent

Le Comité d’action a organisé plusieurs manifestations et rassemblements au cours des derniers mois. Bien que leurs actions aient poussé des élus fédéraux et provinciaux à prendre des engagements en leur faveur, la mise à jour récente des données de la Région économique de l’assurance-emploi de Restigouche-Albert en frustre plusieurs.

Depuis le 8 juillet, les gens doivent travailler au moins 525 heures assurables pour toucher à un minimum de 21 semaines de prestations régulières. Il y a seulement une année, une personne devait travailler 455 heures pour obtenir un minimum de 24 semaines de prestations.

La diminution s’explique par une baisse généralisée du taux de chômage dans la zone Restigouche-Albert, qui couvre la majorité du Nouveau-Brunswick, y compris les villes de Campbellton, de Bathurst, de Tracadie, de Miramichi et de Shediac.

Plusieurs craignent cependant de ne pas arriver à accumuler un nombre suffisant d’heures assurables avant la fin de l’automne.

«Il faut faire quelque chose tout de suite. On est dans une situation urgente!», a lancé Fernand Thibodeau.

L’un des objectifs de l’événement de mardi demeurait l’organisation d’un tête-à-tête avec Jean-Yves Duclos, ministre fédéral responsable du dossier de l’assurance-emploi. M. Thibodeau espère que M. Duclos participera à la prochaine réunion de la Table de concertation sur l’assurance-emploi, qui aura lieu jeudi à Bathurst.

«Notre objectif est que Jean-Yves Duclos se présente. On a déjà manifesté au bureau du député Serge Rousselle et on avait demandé que son collègue Gilles LePage soit là. Il ne voulait pas venir tout de suite, mais il est venu. Ça fait depuis septembre 2017 qu’on demande à avoir une rencontre avec M. Duclos.»