La pionnière féministe Corinne Gallant n’est plus

La professeure, auteure et militante acadienne Corinne Gallant n’est plus. Cette pionnière du mouvement féministe est décédée mardi au CHU Dumont de Moncton à l’âge de 96 ans.

L’Acadie perd une militante avant-gardiste qui n’avait pas froid aux yeux et qui n’hésitait pas à battre de nouveaux sentiers.

«Elle a semé beaucoup, beaucoup, beaucoup de graines qui ont donné énormément de résultats», affirme sa biographe et proche complice, Simone LeBlanc-Rainville, en entrevue téléphonique.

Née à Moncton en 1922, Corinne Gallant a été soeur au sein de la congrégation des religieuses de Notre-Dame du Sacré-Coeur pendant 26 ans avant de se laïciser en 1970.

Elle a par la suite enseigné la philosophie à l’Université de Moncton pendant de nombreuses années, jusqu’à sa retraite en 1994.

Animée par de profondes convictions, elle s’est servie de sa tribune académique pour faire avancer le mouvement féministe en Acadie, selon Simone LeBlanc-Rainville.

«C’est elle qui a créé le premier cours sur la philosophie du féminisme, le premier cours sur le féminisme à l’Université. Elle a eu comme étudiantes – et étudiants aussi – de nombreuses personnes qui sont devenues des féministes elles aussi.»

Elle a aussi fait avancer la cause de plusieurs autres façons, notamment en coprésidant le comité de travail qui a mené à la création du Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick et en aidant à mettre sur pied un refuge pour victimes de violence conjugale à Moncton.

Son militantisme n’a pas seulement été en faveur de l’égalité des genres de l’amélioration de la situation des femmes, selon sa biographe.

«Elle était féministe, oui, mais elle défendait aussi les droits de l’Acadie, les droits des noirs. Elle était contre le racisme, contre la guerre. Elle s’est beaucoup beaucoup impliquée dans toutes sortes de causes.»

Elle peint le portrait d’une femme qui n’hésitait pas à surmonter sa timidité pour lever la voix et pour dénoncer diverses injustices.

«Elle bégayait un petit peu et elle le disait elle-même; “même si je bégaye, je vais me lever et je vais dire ce que j’ai à dire”. C’était une femme avec beaucoup beaucoup de courage. Un courage admirable.»

La contribution de Corinne Gallant a été soulignée à plus d’une reprise au cours des dernières années. Elle a entre autres été nommée membre de l’Ordre du Canada en 1989 et membre de l’ordre de Moncton en 2012.

Elle a reçu le Prix du Gouverneur général en commémoration de l’affaire «personne» en 2012 et le Prix des droits de la personne du Nouveau-Brunswick en 2014.

Plusieurs individus et organismes ont salué son départ et l’important impact qu’elle a eu sur la société néo-brunswickoise au cours de sa vie, mercredi.

La présidente du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, Lyne Chantal Boudreau, était du nombre.

«Ce sont des femmes comme Corinne Gallant qui provoquent les grandes avancées que nous avons connues dans les dernières décennies. Au RFNB, on sait que son engagement, son dynamisme et son courage continueront d’inspirer d’autres générations de féministes», a-t-elle dit dans une déclaration écrite envoyée à l’Acadie Nouvelle.

Au lieu de funérailles, une célébration de la vie de Corinne Gallant sera organisée samedi afin de permettre à ses proches de se recueillir. Le rassemblement aura lieu samedi matin, à 10h, à la Maison funéraire Chartersville de Dieppe (au 363 rue Amirault).