Accès à l’avortement: le ministre de la Santé défend son approche

Le gouvernement provincial se défend d’enfreindre une loi fédérale en refusant de couvrir les avortements réalisés à la Clinique 554 de Fredericton, un établissement privé.

Comme le rapportait l’Acadie Nouvelle dans son édition de lundi, des militantes pro-choix estiment que la province contrevient à la Loi canadienne sur la santé en se contenant de financer les avortements effectués dans le système public.

Le gouvernement n’est pas du tout du même avis, affirme l’un des relationnistes du ministère de la Santé, Paul Bradley, dans un courriel envoyé au journal.

«Il nous paraît très important que vous compreniez que l’idée selon laquelle nous contrevenons à une loi est seulement une opinion pour laquelle le gouvernement n’est pas d’accord.»

Le ministre de la Santé, Benoît Bourque, abonde dans le même sens. «Nous nous conformons à Loi canadienne sur la santé. Cette loi stipule que tout acte médical nécessaire doit être payé en tant que service public.»

Au cours des dernières années, le gouvernement provincial a fait tomber certaines barrières à l’accès à l’avortement.

Peu après leur arrivée au pouvoir, les libéraux de Brian Gallant ont amendé le règlement 84-20 de la Loi sur les paiements des services médicaux du Nouveau-Brunswick afin qu’il soit moins restrictif.

Ils ont retiré les passages qui faisaient en sorte que seuls les avortements jugés médicalement nécessaires par deux médecins et effectués par un spécialiste dans un hôpital de la province étaient couverts par l’assurance-maladie.

Le Réseau de santé Horizon a également commencé à offrir des avortements dans l’un de ses établissements, soit l’Hôpital de Moncton.

La procédure était déjà offerte dans deux hôpitaux du Réseau de santé Vitalité, soit l’Hôpital régional Chaleur de Bathurst et le CHU Dumont de Moncton.

S’ajoute à ces mesures la décision du gouvernement provincial de rendre gratuit l’accès au Mifegymiso, une combinaison de médicament destinée à interrompre la grossesse jusqu’à 49 jours de gestation.

Une rencontre qui déçoit les militantes

Des militantes pro-choix ont rencontré des représentants du gouvernement provincial, le week-end dernier, pour parler d’accès à l’avortement.

Elles voulaient notamment tenter de convaincre la province d’abroger l’annexe 2 du règlement 84-20 de la Loi sur le paiement des services médicaux.

Cette annexe stipule que seuls les avortements pratiqués dans un hôpital public sont couverts par l’assurance-maladie.

La directrice de la Clinique 554 de Fredericton – la seule clinique privée où les femmes peuvent se faire avorter au Nouveau-Brunswick – Valerie Edelman, était du nombre. Elle est sortie déçue de la rencontre.

«Le gouvernement n’envisage pas d’apporter des changements en matière d’accessibilité à l’avortement. De notre point de vue, c’est préoccupant» explique-t-elle par voie de courriel.

Elle argumente par ailleurs que la situation n’est pas idéale en ce moment pour les clientes de la clinique. Ces dernières paient de 700$ à 850$ de leur poche, sans appui gouvernemental, pour s’y faire avorter.

«Ce n’est pas un bon signe pour nos clientes qui préfèrent être traitées dans une clinique plutôt que dans un centre hospitalier. Ce n’est pas idéal pour les clientes qui préfèrent se rendre à Fredericton plutôt qu’à Moncton. C’est la même chose pour nos clientes qui perçoivent la réglementation comme un acte misogyne et d’inégalité des genres.»

Mme Edelman estime que le refus de la province d’abroger l’annexe 2 du règlement 84-20 menace la Clinique 554.

«Nous avons rencontré le gouvernement à plusieurs reprises et nous leur avons fait plusieurs suggestions dans le but de travailler en collaboration. Nous leur avons rappelé à plusieurs reprises que le règlement contrevenait à la Loi canadienne sur la santé.»

Selon elle, les militantes ont entre autres proposé de faire de la Clinique 554 un établissement public.

Le ministre de la Santé, Benoît Bourque, confirme que des rencontres ont eu lieu avec les militantes pro-choix. Il se dit déçu d’essuyer ainsi leurs critiques.

«L’égalité des femmes est une priorité pour le gouvernement. Nous reconnaissons l’importance de supprimer les obstacles à la santé génésique (reproductive) pour les femmes.»