Shediac : le crabe vert revient en force

La quantité de crabes verts est à la hausse dans la baie de Shediac. Après une diminution, en 2017, le stock de cette espèce invasive qui colonise tranquillement la côte est du Nouveau-Brunswick se rapproche des niveaux records de 2016 dans le Sud-Est.

Chaque mois d’été depuis 2013, Jim Weldon vérifie une dizaine de casiers à crabe vert répartis dans la baie de Shediac. Certaines années, il en prend beaucoup. D’autres, il en capture un peu moins. Mais en général, il observe une tendance à la hausse.

«Nous n’allons pas les éradiquer, ça c’est certain», affirme M. Weldon, consultant à l’Association du bassin versant de la baie de Shediac (ABVBS).

En 2015, le crabe vert semblait avoir été éradiqué de la baie de Shediac par un hiver particulièrement rude. En juillet, M. Weldon avait seulement capturé cinq crabes, comparativement à 67 en juillet 2014.

L’année suivante, le crustacé y est retourné en force. Les casiers de l’ABVBS contenaient 275 crabes verts, un record.

Après avoir reculé à 116, en 2017, le stock de crabes verts rebondit en 2018. Au total, 222 spécimens ont été pris par M. Weldon, un employé du ministère des Pêches et des Océans à la retraite.

Les points rouges représentent les endroits où des crabes verts ont été observés. Les points noirs sont les centres d’observation où aucun crabe vert n’a été observé. – Gracieuseté

M. Weldon est heureux de constater que le nombre demeure stable depuis quelques années. Il est tout de même conscient que les chiffres sont 10 fois plus élevés qu’ils l’étaient quand il a commencé son étude, en 2013.

«C’est un bon signe que c’est stable, mais on pourrait encore voir une augmentation en août», avertit-il.

«À Shediac, nous voyons les crabes grimper les herbes marines. Quand on fait de la plongée, on en voit des centaines et des centaines. C’est assez dramatique», mentionne pour sa part Angela Douglas, directrice générale de la Coalition pour la viabilité du sud du golfe du Saint-Laurent.

Le crabe vert est l’une des dix espèces les plus indésirables au monde, selon le ministère des Pêches et des Océans. L’espèce envahissante a notamment détruit 98% des herbiers de zostère (eelgrass) au parc national Kejimkujik en bord de mer, dans le sud de la Nouvelle-Écosse, en 2010 (voir encadré).

Les crabes verts pourraient déjà avoir eu des impacts sur les zostères de Shediac – un habitat important pour plusieurs espèces de crustacés et de poissons -, mais il y a peu de données de référence permettant d’évaluer l’état actuel de la biomasse.

L’équipe de Mme Douglas réalisera une cartographie de la zostère dans la baie en utilisant de la technologie sonar, la semaine prochaine. Elle servira de point de référence pour l’évolution des herbes marines au cours des prochaines années.

Selon des observations anecdotiques des membres de l’ABVBS, les crabes verts n’ont «pas encore commencé à détruire les herbiers de zostère», assure M. Weldon.«Les herbiers jouent le rôle de pouponnière. Nous ne voulons pas perdre cet habitat. Si ça commence à arriver, nous nous retrouverons dans une situation vraiment nuisible, affirme-t-il.

Le crabe vert est résilient aux changements d’environnement, pouvant survivre en dehors de l’eau pendant cinq jours. Il est agressif et il a un appétit vorace, consommant de nombreuses espèces de mollusques et de crustacés. La femelle peut pondre 185 000 oeufs d’un coup, une à deux fois par année.

Le crabe vert a été vu la première fois dans la baie de Fundy en 1950. Il a depuis monté la côte, s’installant un peu partout dans le sud du golfe du Saint-Laurent. En 2017, il a été vu jusqu’à Shippagan.

Situation bouleversante

La situation au parc national Kejimkujik en bord de mer, dans le sud de la Nouvelle-Écosse, illustre à quel point le crabe vert peut bouleverser un écosystème. Par 2010, il ne restait plus que 2% des herbiers de zostères à comparer au niveau de référence de 1987.

La disparition des herbes marines a eu des effets sur toute la chaîne alimentaire. Le stock de jeunes myes (coques) a été décimé. Les oiseaux de rivage ont quitté la région, leur source d’alimentation n’étant plus disponible.

Les dirigeants du parc national ont lancé un effort massif de rétablissement en se servant de casiers pour éliminer les crabes. Plus de 2 millions de crabes ont été sortis de l’eau. En 2015, 34% de la superficie originale des herbiers a été rétablie.

Une telle solution pourrait être difficile à implanter dans la baie de Shediac ou dans d’autres estuaires de régions rurales du Nouveau-Brunswick qui ne sont pas aussi bien organisés qu’un parc national. Des chercheurs mènent ainsi des moyens à transformer le crustacé afin qu’il puisse un jour faire l’objet d’une pêche commerciale.