20% des municipalités ont dû faire face au départ de leur directeur général

Le monde municipal est en transition au Nouveau-Brunswick. Près de 20% des 104 municipalités du Nouveau-Brunswick ont vu partir leur directeur général, depuis le début de l’an dernier.

Bas-Caraquet, Tracadie, Néguac, Beaubassin-Est, Bathurst, Grande-Anse, Moncton… ne sont que quelques-unes des municipalités qui ont changé de directeur général depuis le début de 2017.

D’autres, comme Bouctouche et Saint-Antoine, ont un employé intérimaire qui dirige leur administration publique. Le conseil municipal de Dalhousie, lui, a tout simplement éliminé son poste de directeur général.

Près d’une vingtaine de municipalités du Nouveau-Brunswick ont dû réagir au départ de leur directeur général dans la dernière année et demie, selon Danielle Carron, directrice générale de l’Association des administrations municipales du N.-B.

Les raisons sont multiples. Dans bien des cas, il s’agit de directeurs généraux de la génération des baby-boomers qui prennent leur retraite. Dans d’autres cas, ce sont des conflits de personnalités entre les élus et l’administration ou le départ du directeur général pour une autre communauté lui offrant un salaire plus élevé.

«Il y a beaucoup de mouvement chez le personnel des municipalités, que ce soit du côté francophone ou anglophone», mentionne Mme Carron.

«Dans les plus grandes municipalités, on le remarque peut-être moins au quotidien parce qu’il y a des centaines d’employés. Mais si on pense à des petites communautés, où il y a sept ou huit employés, le fait d’avoir un nouveau chef de l’administration a un gros impact», ajoute Paul Lang, directeur général de la Commission des services régionaux de Kent.

Pour ces municipalités qui oeuvrent avec un directeur général par intérim ou qui l’ont fait entre le départ d’un DG et l’embauche d’un nouveau, la situation est comparable à celle d’une équipe de hockey en infériorité numérique.

«C’est certain que quand tu joues en désavantage numérique, c’est un peu plus difficile pour tout le monde. On essaie simplement de couvrir ses angles et de garder la rondelle en dehors du filet. L’analogie est un peu boiteuse, mais c’est quand même ça. Quand il y a un départ, le reste du personnel doit combler le vide. La personne qui prend le poste par intérim garde habituellement les fonctions de son poste régulier», affirme Frédérick Dion, directeur général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick.

Un tel scénario est celui d’Émilie Doiron Gaudet. En plus d’exercer la fonction de directrice des finances de Bouctouche, elle est directrice générale par intérim depuis le départ de Daniel LeBlanc, le 19 juin.

M. LeBlanc avait été embauché à peine quelques mois plus tôt. Le conseil municipal n’a pas l’intention d’embaucher un nouveau directeur général à court terme.
«C’est certain que je suis occupée, mais j’ai toujours été pas mal occupée. On ne s’ennuie jamais!»

Défi de recrutement

Les municipalités font face à un défi de recrutement. Comme il n’existe pas de formation postsecondaire francophone en gouvernance locale, dans les Provinces maritimes, les individus qui souhaitent se lancer dans le domaine doivent étudier en anglais à la Dalhousie University de Halifax ou suivre une formation au Québec.

«Les directeurs généraux de municipalités, ça ne court pas les rues. Ce n’est pas une expertise qui existe tellement, parce qu’on n’offre pas la formation. La plupart du temps, ce sont des gens qui ont appris sur le tas», explique M. Dion, qui a récemment été nommé directeur général de Petit-Rocher.

Selon M. Lang, la maîtrise en administration publique à l’Université de Moncton offre plusieurs compétences qui conduisent au travail de directeur général.
La plupart des diplômés décrochent cependant des emplois de fonctionnaire auprès des gouvernements provincial ou fédéral.

D’autres individus découvrent le domaine de l’administration municipale en complétant une formation en récréologie, avant d’obtenir un poste de directeur des loisirs ou un emploi semblable. Ils ont alors l’occasion de travailler de près avec le directeur général de leur communauté, puis de se familiariser avec ses tâches. Par la suite, ils suivent des formations additionnelles – en comptabilité par exemple – avant d’être nommés eux-mêmes au poste de directeur général.

Malgré les défis, Danielle Carron vante les mérites du travail de directeur général. En étant «le premier point de contact avec les citoyens», les administrateurs municipaux ont un niveau de proximité avec la communauté qui n’existe pas dans les paliers de gouvernement provincial et fédéral.

«On a vraiment l’impression de faire une différence pour les gens. On travaille pour la communauté et il y a une proximité incroyable.»