Santé mentale : une patiente abandonnée dans la canicule

Une femme de Moncton souffrant d’une maladie mentale est en état catatonique après avoir été laissée seule dans son appartement pendant des jours durant la canicule. Son frère demande au ministère du Développement social de s’assurer que personne d’autre n’ait à vivre un tel enfer.

Paul Ouellet a été secoué, dimanche, en visitant sa soeur Lorette à l’hôpital.

Deux jours plus tôt, le psychiatre de sa soeur l’avait avisé qu’elle ne mangeait plus et ne dormait plus, puis qu’elle était dans un état catatonique. Celle qui souffre de schizophrénie aiguë chronique ne bougeait plus et était devenue insensible au monde extérieur.

«Quand je suis entré dans la salle voir ma soeur la première fois, elle ne me parlait pas. Elle me fixait dans les yeux. Je lui parlais, mais elle ne répondait pas. Elle ne bouge pas, et ses yeux sont glacés.»

La mésaventure de Mme Ouellet remonte au 12 juillet, quand elle a avisé son frère que son appartement, un logement subventionné, était infesté de puces de lit.

Paul Ouellet veut s’assurer qu’aucune autre victime de troubles de santé mentale ne traverse une mésaventure comme sa soeur, Lorette. – Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

M. Ouellet a tenté de contacter le travailleur social responsable du dossier de sa soeur le lendemain – et plusieurs fois les jours suivants – mais a seulement réussi à lui parler le 18 juillet. Il a demandé que sa soeur soit examinée à l’hôpital, puis transportée dans un centre de crise temporairement en attendant que son logement reçoive un traitement d’extermination de puces. On lui a demandé de patienter.

Les jours suivants, M. Ouellet a appris que les voisins de sa soeur avaient aussi un problème de puces, puis que son appartement du troisième étage serait traité le 28 juillet. Il a informé le travailleur social, qui lui a répondu qu’il n’y avait pas de lit disponible dans les centres de crise de la région.

Peu après, les intervenants qui administraient les médicaments de sa soeur, en plus de la nourrir et la laver, ont commencé à refuser d’aller dans l’appartement en raison des puces.

«Lorette était laissée à elle même. Pendant une semaine et demie, elle n’a pas été lavée. Elle n’a pas reçu ses médicaments pour sa santé mentale. Et elle a arrêté de chercher sa nourriture dans son congélateur parce qu’elle était en psychose.»

Ne sachant plus vers où se tourner, M. Ouellet a appelé le Centre communautaire de traitement des dépendances et de santé mentale.

«Je leur ai dit que le ministère de Développement social ne respectait pas ses responsabilités. La directrice du centre m’a dit que s’il n’y avait toujours rien de fait (par le 28 juillet), que son équipe et elle emporteraient ma soeur à la clinique pour la journée.»

«Si ce n’était pas pour la bonté de la clinique, ma soeur aurait été mise à la rue, en plein état de psychose», a-t-il affirmé, la voix tremblant d’émotion.

La journée du 28 juillet s’est bien déroulée. Des employés du centre de santé mentale ont transporté Mme Ouellet à leur clinique. Elle a été examinée par une infirmière, lavée, puis retournée à son appartement une fois le traitement aux puces complété.

Lorette Ouellet souffre de schizophrénie aiguë chronique et dépend d’intervenants pour sa médicamentation, son hygiène et son alimentation. Elle a été laissée seule dans son appartement pendant plusieurs jours, en fin juillet, ce qui l’a plongée dans un état catatonique. – Gracieuseté

La situation s’aggrave

C’est par la suite que la situation s’est vraiment aggravée, explique M. Ouellet.

Le frère de Lorette Ouellet était sous l’impression que les intervenants qui s’occupaient d’elle reprendraient leurs tâches immédiatement après que le traitement antipuce.

Or, les entreprises privées qui emploient ces intervenants ont revendiqué un document de la compagnie d’extermination confirmant qu’il n’y avait plus de puces. Une telle lettre pouvait seulement être préparée deux semaines plus tard.

Les intervenants auraient informé le ministère du Développement social qu’ils n’allaient pas reprendre leurs services jusqu’à ce qu’ils reçoivent la confirmation qu’il n’y avait plus de puces dans l’appartement de Mme Ouellet.

Le travailleur social responsable du cas n’aurait cependant pas trouvé de solution et n’aurait pas informé M. Ouellet de la situation.

«Il ne m’a pas téléphoné pour me le dire, et n’a pas téléphoné la clinique de santé mentale du psychiatre de ma soeur. Personne ne savait que les intervenants n’avaient pas repris leur travail.»

Presque trois jours se sont écoulés avant que M. Ouellet découvre que sa soeur avait été abandonnée. Il a immédiatement appelé l’Équipe mobile d’intervention d’urgence des Services de santé mentale et de traitement des dépendances.

«Quinze minutes plus tard, on m’a rappelé de l’appartement pour me dire que j’avais essentiellement sauvé la vie de ma soeur. On m’a dit qu’elle était dans un état lamentable. Elle n’aurait pas traversé la nuit. Elle était nue, assise sur le bord du lit. Ses yeux étaient glacés, elle ne regardait pas les intervenants et elle laissait sa tête pencher.»

Lorette Ouellet a été transportée à l’hôpital. Elle y est toujours, mercredi après-midi. Son frère croise ses doigts et espère que son état de santé va s’améliorer.

Il raconte publiquement son histoire en se disant qu’il y a probablement plusieurs autres personnes qui traversent des situations comme celle de sa soeur. Il demande au ministère du Développement social de prendre des mesures pour prévenir ces mésaventures.

Jointe par l’Acadie Nouvelle, mercredi, une porte-parole du ministère du Développement social, Anne Mooers, a affirmé par courriel que «la santé et la sécurité de nos clients sont une priorité absolue du ministère du Développement social».

«Développement social travaille quotidiennement avec d’autres ministères et organismes gouvernementaux pour s’assurer que les besoins des clients sont satisfaits. Chaque fois qu’il y a une interruption du service à l’un de nos clients, nous travaillons avec le client, sa famille, le propriétaire et d’autres partenaires, tels que les services de santé mentale, pour rétablir la prestation de services à domicile le plus rapidement possible.»