Service ambulancier réduit: une situation amplifiée par les vacances et les congés de maladie

Les élus du Restigouche ont-ils sauté trop rapidement aux conclusions lors de leur sortie publique visant à dénoncer l’absence de plusieurs ambulances sur leur territoire le 4 août dernier?

Mardi, les maires de Campbellton, Dalhousie, Kedgwick et une conseillère représentant la Ville de Saint-Quentin ont vivement critiqué le gouvernement et Ambulance NB en lien avec l’absence alléguée d’une présence ambulancière adéquate samedi dernier. Citant une source crédible, la mairesse de Campbellton a prétendu que seulement une ambulance était en fonction cette journée pour assurer la couverture de Saint-Quentin à Belledune.

Interpellé directement par les élus, le ministre et député de Restigouche-Ouest, Gilles LePage, a réagi mercredi.

«Il y avait bien des défis de personnel, mais pas pour l’ensemble du territoire. Ça n’a touché que Kedgwick/Saint-Quentin et Belledune, et non pas tout le Restigouche. Les ambulances de Campbellton et Dalhousie étaient en service», précise le ministre, disant tenir ses informations d’Ambulance NB.

Le ministre Lepage a par ailleurs souligné que la situation n’en est pas moins grave et inacceptable pour les citoyens de Belledune et de Kedgwick/Saint-Quentin.

«C’est déplorable d’avoir des manques à ce niveau-là. De ce que je comprends, la situation est attribuable à la prise de congés de maladie. Et quand cela se produit, ça devient un problème difficile à gérer pour Ambulance NB, car on se retrouve avec des ambulances, mais pas d’ambulanciers pour les faire fonctionner. Malgré tout, on (Ambulance NB) m’a assuré que nos régions avaient été couvertes même s’il y manquait des ambulances», précise-t-il.

Le maire de Dalhousie, Normand Pelletier, n’achète pas du tout la version officielle. Il demeure persuadé que le service était également réduit dans l’est et le centre du Restigouche samedi dernier.

«Peut-être qu’à un moment de la journée le service régulier était fonctionnel à Campbellton et Dalhousie. Mais en soirée par contre, là où se produisent généralement les accidents, il n’y avait qu’une ambulance non seulement pour nous, mais aussi pour Belledune et le secteur de Kedgwick/Saint-Quentin», réitère-t-il.

Vérifications faites, celui-ci semble dire vrai. Selon l’horaire de travail du week-end, il apparaît effectivement sur les registres que seulement une ambulance – celle de Campbellton – se trouvait en physiquement dans la région (entre Saint-Quentin à Belledune) durant la nuit. Un employé désirant conserver l’anonymat a en effet glissé au journal que l’ambulance de Campbellton couvrait alors pour la région de Dalhousie, et celle de Bathurst pour la région de Belledune.

Rejoint en toute fin de journée, Jean-Pierre Savoie, directeur des opérations chez ANB n’a pu confirmer ou infirmer ces détails. Il est toutefois catégorique, la région avait une couverture ambulancière grâce au plan de redéploiement mis en place lorsque les effectifs sont réduits.

«Si on avait eu besoin des ambulances, elles auraient été là pour les citoyens», assure-t-il.

«Durant la longue fin de semaine, plusieurs de nos unités étaient hors service pour différentes raisons, dont la prise de congés de maladie. C’est un travail exigeant au point de vue physique et mental, alors les risques de blessures sont assez élevés», a-t-il admis.

Améliorer la situation

Le ministre LePage affirme par ailleurs très bien saisir l’ampleur du problème du manque d’ambulances en service sur le territoire du Restigouche.

«On le vit depuis plusieurs années, et c’est pourquoi notre gouvernement a agi dans le dossier», souligne-t-il, notant l’offre du programme de formation de Paramédicaux en français à Campbellton et Grand-Sault, question de mettre plus de personnel sur le terrain et d’alléger la pénurie de main-d’œuvre. Il cite également l’annonce de la création d’une unité d’intervention rapide afin d’accroître la rapidité d’intervention dans les zones plus rurales. Il s’agit, en fait, d’un véhicule avec un seul ambulancier à bord. Ce dernier ne pourra transporter de patients, il aura plutôt la tâche de les stabiliser en attendant la véritable ambulance.

Avec ces deux initiatives, le gouvernement espère ainsi atténuer la crise qui sévit actuellement dans le domaine paramédical.

Unités d’intervention rapide, pas une solution dit le syndicat

Bien que les ministres Benoit Bourque et Gilles LePage encensent la création des unités d’intervention rapide et voient en elles une partie de la solution du manque de ressource sur le terrain, le syndicat représentant les travailleurs paramédicaux voit la chose d’un tout autre angle.

«Les gens croient que c’est une ambulance qui va arriver sur les lieux, mais dans les faits c’est un ambulancier. C’est beau stabiliser un patient en attendant l’ambulance, mais si c’est d’un transfert à l’hôpital dont il a besoin ça n’aide pas. Peut-être que c’est utile en zone urbaine, mais pas vraiment en zone rurale. Ici, ce dont les gens ont besoin, c’est des ambulances qui arrivent dans un délai raisonnable, pas qu’un travailleur paramédical arrive plus rapidement pour attendre l’ambulance avec eux», estime Simon Ouellette du Syndicat de la fonction publique.

Ce dernier se questionne aussi sur la provenance des effectifs de ce nouveau programme.

«Il manque déjà une centaine de paramédicaux dans le système, où est-ce qu’on va aller chercher les ressources pour ces 15 nouveaux postes pour ces unités? On a l’impression qu’on va simplement déplacer du personnel afin de donner l’impression qu’on règle un problème», estime-t-il.